Immigration : le cri d’alarme de l’Espagne

Madrid réclame plus de moyens contre les clandestins

Près de 19 000 clandestins africains ont atteint les Iles Canaries depuis le début de l’année. Mercredi, ils étaient encore plus d’une centaine à y accoster. Les autorités espagnoles, par la voix de la vice-première ministre Maria Teresa Fernandez de la Vega, appellent l’Europe à réagir face aux flux, toujours plus nombreux, de clandestins voulant rejoindre le Vieux Continent. La responsable espagnole réclame la tenue d’une réunion de crise, ainsi qu’une réelle protection des frontières européennes.

Par Akim Kossoko :

L’Espagne met l’Union Européenne dos au mur. Le gouvernement espagnol a durci le ton face à la commission européenne, en appelant les 25 à prendre leurs responsabilités face aux clandestins. Maria Teresa Fernandez de la Vega, la vice-présidente espagnole a réclamé plus de moyens pour juguler le nombre d’Africains candidats à l’exil. Elle s’est insurgée contre la lenteur et l’inefficacité de l’aide européenne. 18 954 clandestins sont arrivés aux Canaries depuis début 2006, soit un nombre équivalent à celui de l’année 2005 tout entière. Le gouvernement régional des Canaries parle de « catastrophe humanitaire ». Près de 500 clandestins sont déjà morts en mer. Madrid estime que le problème n’est pas « celui d’un pays, mais d’un Continent ».

Maria Teresa Fernandez de la Vega, l’envoyée du gouvernement espagnol, s’est rendue à Bruxelles, pour la deuxième fois en quatre mois, afin de pousser la commission européenne à aider l’Espagne à faire face au problème de l’immigration clandestine. La numéro deux du gouvernement Zapatero a réclamé à l’Union Européenne (UE) plus de moyens et plus d’implication de la part des pays de l’Union. « Les immigrés clandestins qui entrent en Espagne, à Malte et en Italie, posent un problème à l’ensemble du Vieux Continent », a-t-elle souligné. Elle a également plaidé, auprès de Franco Frattini, le commissaire européen à la justice, pour une réunion des pays européens bordant la Méditerranée.

« Je pense que si chaque pays met un peu de moyens, et si tous les pays contribuent, alors nous aurons, à n’en pas douter, tous les moyens suffisants. Pour ce travail de contrôle et de sécurité des frontières il faut plus de bateaux, de patrouilles, d’avions, et de personnel », a expliqué Maria Teresa Fernandez de la Vega. A ce jour, seuls la Finlande, qui préside actuellement l’UE, le Portugal et l’Italie ont fait un geste dans ce sens. Rien d’étonnant à ce que la France, l’Allemagne et la Grande-Bretagne soient montrées du doigt pour leur absence de réactions.

Un soutien insuffisant de l’UE de 800 millions d’euros
La commission européenne a, en outre, annoncée la création d’un groupe de travail pour définir une stratégie commune sur les questions d’immigration. Le gouvernement régional des Canaries s’en prend aux autorités de Madrid, qui elles s’en prennent à l’Union Européenne. En dépit des risques, et des qualités d’accueil, les candidats sont toujours plus nombreux, surtout qu’en cette période la mer est jugée calme. La Frontex, l’agence européenne de contrôles des frontières s’avère inefficace à en croire la numéro deux espagnole.

Depuis que les autorités marocaines ont opté pour le renforcement de la surveillance des zones proches des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, les îles Canaries offrent à tous ceux en quête d’une vie meilleure un espoir de fuite du Continent. L’exaspération du gouvernement Zapatero, poussée par une partie de la population espagnole, va contraindre les candidats à l’émigration à effectuer des traversées de plus en plus longues et de plus en plus dangereuses. L’Espagne avait déjà bénéficié d’un soutien de l’Union à hauteur de 800 millions d’euros, une somme 20 fois inférieure à l’aide dont le Maroc avait bénéficié.

L’immigration clandestine y aurait baissé de 65%.