Malte propose à une UE réticente un partage des migrants sauvés en mer.

Malte propose à une UE réticente un partage des migrants sauvés en mer.

Accusée d’avoir manqué à ses obligations de secours en mer, Malte proposera
mardi aux 27 de se partager l’accueil des immigrants sauvés en haute mer mais la petite île
méditerranéenne aura du mal à convaincre les ministres de l’Intérieur de l’UE réunis à Luxembourg.

Depuis la mi-mai, plusieurs naufrages dramatiques d’embarcations surchargées ont été signalés
entre la Libye et Malte et plusieurs dizaines d’immigrants ont péri en tentant de gagner ainsi
l’Europe.

Des photos ont montré des personnes dans l’eau accrochées à des cages d’élevage de thon
et Malte a été accusée de les avoir laissés dans cette situation, sous prétexte qu’ils étaient
dans la zone de sauvetage libyenne.
Pour la même raison, Malte a également refusé l’accostage à un chalutier espagnol qui avaient
sauvé des clandestins, une attitude dénoncée par Madrid qui a dû porter assistance au navire.

S’estimant injustement critiqué, le ministre maltais de l’Intérieur Tonio Borg veut proposer
des règles pour le "partage du fardeau" des immigrants.

M. Borg souhaite que "tous les pays membres de l’UE soient collectivement responsables de
l’accueil des immigrants sauvés en dehors des zones maritimes sous responsabilit� des pays
de l’Union dans le cas où les pays responsables de la zone de sauvetage refusent de les accueillir".

Cette proposition vise la Libye d’où partent de très nombreux immigrants africains et qui
refuse de les reprendre quand ils ont été sauvés par des navires étrangers dans sa zone de
secours.

Selon M. Borg, Malte "ne peut être responsable de toute la frontière sud de l’Europe" et
chaque pays devrait "s’engager à recevoir tour à tour ces immigrants en proportion de sa population".

Si les ministres devraient rappeler l’obligation de sauver les personnes en péril et convenir
une nouvelle fois que l’immigration est un problème européen, il est peu probable que l’idée
maltaise soit fortement soutenue, notamment par les grands pays comme l’Allemagne, le Royaume-Uni
ou la France.

"Cette question de la répartition du fardeau a toujours été difficile", souligne un diplomate
rappelant que l’UE en discute sans succès depuis les années 90 lorsque l’Allemagne a dû faire
face seule à l’afflux de réfugiés provoquées par la guerre de Bosnie.

"Il est difficile de voir comment le partage du fardeau va résoudre le problème. Cela peut
aussi avoir un effet d’attraction", juge un autre diplomate pour qui il faut mieux "travailler
avec les pays d’Afrique du Nord".

"Tout le monde a heureusement assez d’humanité pour sauver les gens en mer, mais personne
n’en veut ensuite", résume un troisième diplomate.

Une clarification des responsabilités sur la prise en charge des immigrants sauvés est pourtant
nécessaire car l’agence européenne de contrôle des frontières Frontex espère lancer une mission
vers le 20 juin en Méditerranée avec probablement cinq pays (Grèce, France, Allemagne, Malte
et Italie).

Le commissaire à l’immigration Franco Frattini a d’ailleurs accusé les Etats membres de
n’avoir pour l’instant fourni des moyens à Frontex que sur le papier.

"Sur 115 bateaux promis, nous n’en avons pour l’instant qu’une vingtaine de disponibles.
Sur 25 hélicoptères, seulement trois", a-t-il regretté en prévoyant un été "aussi tragique"
que le précédent, avec un "foisonnement de tentatives désespérées".

Les patrouilles de Frontex ont pourtant "un effet de dissuasion", a-t-il plaidé, soulignant
que ces opérations avaient permis de réduire le nombre de traversées depuis l’Afrique vers
les îles espagnoles des Canaries, dans l’Atlantique, autre grande voie d’immigration maritime.