| publié le 1er mai 2008 |
[Deutsch]
[English]
témoignages des mouvements dans les centres du Mesnil-Amelot, Vincennes et ailleurs.
informations envoyées sur la liste zpajol, principalement par l’adresse de contact fermeturetention@yahoo.fr
Refus d’entrer dans les chambres, refus d’être compté, refus de manger, chambres brûlées, altercation avec la police. Ces actes quotidiens de révoltes se construisent dans un rapport à l’organisation du centre et à tous les moments de contrôles et d’humiliations qui lui sont liés. Ils n’ont aucune fin, aucune limite. Ils sont repris par chaque nouveau arrivant. Seul l’isolement et la répression parviendra à arrêter la révolte de Vincennes. Mais elle durera si nous continuons de téléphoner et de visiter régulièrement les détenus et d’ informer sur ce qu’il se passe à l’intérieur. Elle durera si nous continuons de manifester devant le centre. Elle durera si les initiiatives se multiplient provenant de différents groupes, collectifs, individus (actions, affiches, stickers, etc). Elle durera si la révolte s’étend aux autres centres, aux autres villes, à la société toute entière. Elle durera et s’étendra si nous nous révoltons avec eux.
Nous continuons de téléphoner quotidiennement au centre de rétention de Vincennes.
On nous a confirmé que la semaine dernière dans un pavillon, une vingtaine de personnes ont refusé de s’alimenter pendant au moins trois jours. Personne n’en a rien a su. Nous n’avons jamais réussi à prendre contact avec elles. Nous avons plusieurs fois appelé sur les cabines téléphoniques. Mais à chaque fois, nous sommes tombés sur les mêmes réponses : « Ici tout va bien. Tout le monde mange. La police est correcte avec nous. » Crainte de la police ou réponses dictées par elle ? Nous n’en sauront rien. Ce qui est sûr, c’est que les autorités du centre voudraient que rien ne sorte. Elles organisent des visites guidées aux médias pour nous faire croire que rien ne se passe à l’intérieur. Les grévistes de la faim s’arrêteront devant le silence qui les entoure. Mais la lutte ne s’arrête pas pour autant. Les médias ne portent attention qu’à des événements bien identifiés comme au mois de décembre ou 150 personnes à Vincennes et au Mesnil-Amelot se sont déclarés en grève de la faim. Mais la résistance est quotidienne dans les centres de rétention. Résister c’est se réunir pour discuter quand les flics et leurs caméras en permanence vous surveillent. C’est protester quand la bouffe est périmée. C’est porter plainte quand la police tabasse. C’est gueuler ensemble pour obtenir qu’une personne malade puisse voir un médecin. Et cette résistance a lieu tous les jours de l’année.
Les détenus commencent par nous raconter, le passage des journalistes d’Envoyé spécial dans le centre de rétention de Vincennes. Les détenus voulaient leur dire la manière dont ils ont été arrêtés, les conditions dans lesquelles ils sont détenus et dénoncer la politique du chiffre dont ils sont victimes. Mais les « envoyés spéciaux » de TF1 ne semblaient pas s’intéresser à ce qu’ils disaient. Ils auraient dit aux détenus qu’ils ne sont pas là pour cela. Le commandant leur a fait visiter le centre, ils ont pris des images et sont partis.
Ils continuent de se réunir. Ils dénoncent la manière dont la police leur attribue arbitrairement une nationalité, comment les détenus sub-sahariens sans passeport sont présentés aux ambassades de Guinée, du Mali ou du Sénégal qui délivrent des laissez-passer sans preuve de leur nationalité.Ils dénoncent les arrestations abusives devant les ambassades.
Quand nous leur avons posé la question des soins, les détenus nous ont répondu que les médecins donnaient toujours le même cachet d’aspirine qu’il s’agisse d’un mal de ventre ou d’une irritation.
À l’intérieur du centre, les fouilles répétées continuent. Avant-hier, on leur a servi de la nourriture périmée depuis le 25 décembre 2007.
Les détenus nous racontent que la veille, deux personnes ont été transférées au CRA de Vincennes. Toutes les deux victimes d’un malaise, les pompiers sont intervenus et les ont emmenés. Lorsque les détenus ont demandé des nouvelles d’eux, le commandant n’a pas voulu leur répondre.
Un détenu témoigne de ce à quoi peut ressembler une journée au centre de rétention de Vincennes.
Tous les matins on nous fouille.
On descend au réfectoire vers 9 h. Il n’y a pas d’eau chaude pour le café.
Lorsqu’on le signale, les policiers nous répondent qu’ils ne sont pas là pour ça, qu’ils sont juste là pour nous surveiller.
Ils ne veulent pas s’occuper de ça.Ce midi, on nous a servi des haricots blancs périmés depuis le 5 janvier.
Quand on l’a signalé, on nous a répondu qu’ils n’étaient pas là pour regarder les dates. Qu’ils ne voulaient rien savoir.
On l’a signalé à la CIMADE qui elle a écrit un texte pour en témoigner.Pendant la journée on peut circuler mais on doit rester dans les chambres.
Quand on veut se reposer, les policiers veulent fouiller les chambres.La nuit, ils sont dans le couloir.
Lorsque q’on doit se rendre aux toilettes, ils nous suivent et laissent la porte ouverte
Ils nous provoquent.
Ils nous dérangent la nuit en mettant l’alarme entre minuit 1 heures, pour qu’on ne dorme pasMalgré tout, on doit se réunir pour communiquer
Il ne faut pas qu’on lâche.
Il faut que tout le monde soit d’accord pour relancer la lutte.
Dans nos discussions avec les détenus du centre de rétention de Vincennes, nous portons une attention particulière aux détails : deux par chambre, l’eau est froide, l’alarme sonne tous les soirs entre minuit et une heure, hier la nourriture était périmée, aujourd’hui, il n’y a pas de places dans le centre et deux personnes doivent dormir par terre, etc ... Notre volonté n’est pas de dénoncer les conditions de rétentions pour réclamer leurs améliorations. Il n’y a aucun aménagement possible de ces lieux sinon leur destruction. Les détails nous aident à comprendre la nature de ces lieux. Ils nous aident à comprendre que la volonté de l’administration va au-delà de la stricte application de la loi, que le système relatif aux étrangers a pour but de casser, d’humilier, de fragiliser moralement et physiquement des hommes et des femmes.
Je suis fatigué
On n’a aucune communication à l’extérieur.
Rien ne sort de ce qu’il se passe ici.Il n’y a pas d’eau chaude dans les douches.
Le ballon d’eau n’est pas suffisant pour tout le monde.
Si tu ne te laves pas ça ne va pas.
On ne peut pas laver nos affaires.
Il n’y a pas de chauffage dans certaines chambres.
Mais le commandant s’en fout.
On est 250 personnes dans le centre.
On est écœuré.Les gens qui ne sont pas rentrés dans le centre ne savent pas ce qu’il s’y passe
La police emmène les médias là où ils ont fait des travaux pour montrer aux Français à la télé, à la radio que tout va bien, que l’on est calme, tranquille et qu’ils s’occupent bien de nous. Mais c’est l’inverseNotre mouvement a été sans conséquences.
On continue de discuter entre nous.
On fait des réunions entre les deux pavillons : une personne se rend au grillage pour raconter aux autres ce qu’il se passe dans l’autre pavillon et vice-versa.Personne de la Cimade ne veut monter dans les chambres pour se rendre compte de la situation et de nos problèmes.
Les recours qu’ils font ne changent rien.Parce que j’essaye d’organiser des choses, beaucoup de flics sont contre moi. Quand je parle avec les autres, ils interviennent et demandent de quoi je parle, qu’est ce que je trafique encore là.
On a fait une réunion.
On s’est parlé pour relancer le mouvement.
Beaucoup de personnes n’ont pas le moral.
Certains sont venus nous voir pour demander des avocats.
Il ne faut pas baisser les bras.
Il y a 40 personnes pour qui les ambassades n’ont pas donné de laissez-passer. Elles ne les ont pas reconnus. Ils doivent quand même rester 32 jours dans le centre. On proteste contre cela.
Si on n’a pas de réponse vendredi, on reprend le mouvement.Hier, ils ont ramené deux gars.
Il n’y avait plus de place, plus chambre, plus de matelas.
Ils ont dû dormir par terre dans le couloir
Le centre est plein, mais ils continuent à ramener des gens
Ils envoient les nouveaux en disant : « Va voir tes collègues ! ils te trouveront une place ! »
Si on proteste ils disent : « On verra demain »
Je n’ai pas dormi.
Je suis souffrant.
J’ai été voir le médecin.
Il m’a donné un médicament pour dormir.Quand un flic cherche un gars, il l’appelle par le haut-parleur au lieu de se déplacer. Tous les matins, le haut-parleur nous réveille. Ce matin, j’ai été réveillé à cinq heure.
À minuit nous recevons un coup de téléphone d’une personne avec qui nous sommes en communication depuis le début des événements au centre de rétention de Vincennes.
La police est venue me voir pour me dire que demain matin à sept heure, ils m’emmenaient devant le juge.
Quel juge ?
Je suis là depuis 28 jours et je n’ai aucun juge à aller voir. Ils veulent m’expulser sans rien me dire. J’en suis sûr. Ils n’ont même pas mis mon nom sur le tableau des départs.
À six heures, elle nous rappelle.
Je suis à Roissy. Ils sont venus me chercher à cinq heure ce matin. Ils m’ont menti sur la destination et sur l’heure.
Elle refusera d’embarquer. Elle sera placée en garde-à-vue. Elle passera en comparution immédiate le lendemain. Son avocat soulèvera une nullité. Son procès sera renvoyé. Elle sera finalement libérée sous contrôle judiciaire en attendant son prochain jugement. Elle risque 3 mois ferme et 3 ans d’interdiction de territoire.
Pendant la manifestation les détenus sont sortis dehors. Ils ont accroché des draps aux barbelés. Le soir même, la police est entrée dans les chambres pour fouiller et retourner les matelas.
Grève de la faim au Centre de Rétention de Palaiseau Depuis ce matin 22 janvier 2008, 20 sans-papiers
(sur les 30 présents)retenus au CRA de Palaiseau
sont en grève de la faim pour obtenir leur
libération.
Vincennes
Pendant la grande manifestation de samedi, la police filmait ceux qui étaient sur la grille. J’ai sorti un drap que nous avons accroché à la grille. Les CRS sont rentrés à l’intérieur du centre. Ils ont fouillés les chambres, ensuite ils nous ont obligés à rentrer à l’intérieur.
Il y a un Tunisien qui refuse de manger. Le médecin lui a dit qu’il ne le soignerait tant qu’il refuse de manger.
On ne dort pas. On est constamment réveillé par le haut-parleur. Ils appellent pour le comptage, les visites, les expulsions, quand on passe devant le juge. Cela ne s’arrête jamais.
Il n’y a pas d’accès directe à la Cimade. Il faut passer deux portes contrôlées par la police.
Nantes Des personnes en grève de la faim au centre de rétention de Nantes
Leur sort dépend aussi de notre solidarité !
Rassemblement mercredi 23 janvier à 17h30
devant le centre de rétention (Commissariat central place Waldeck Rousseau à Nantes)
Vincennes
Hier soir, à minuit, on a refusé d’être comptés et de rentrer dans les chambres. On a essayé de dormir dehors. Tout le monde criait L-I-B-E-R-T-É. On a essayé de parler avec le chef de la police, mais il a appelé les CRS. La police disait : « Dégagez ! on ne veut pas de vous ici ! » Un policier m’a dit : « Je suis chez moi ici ! » Ils nous ont dit : « Si vous ne rentrez pas, on vous fait rentrer de force » Ils nous ont obligés à rentrer dans les chambres en nous poussant avec les casques.
On discute ensemble. Mais c’est difficile. Ils nous contrôlent tout le temps avec les caméras. Ils nous contrôlent la nuit et le jour.
Il faut faire des manifestations à l’extérieure. Cela nous fait du bien. On sort. On crie. Si on manifeste une, deux, trois fois par semaine, ils vont comprendre.
Ce soir, des gars ont mis le feu à leur chambre en brûlant des papiers. Les pompiers sont intervenus pour éteindre le feu. La police n’a pris personne. Ils veulent peut-être brûler le centre.
Aujourd’hui, nous avons refusé de manger. Nous avons jeté la nourriture par terre dans le réfectoire.
La police filme ceux qui se révoltent. Ils les séparent et les mettent dans l’autre bâtiment. Aujourd’hui, ils ont pris deux personnes. Parmis eux, il y a un tunisien qui n’a pas mangé depuis plus de dix jours. Il a perdu 9 kg
Aujourd’hui ils ont expulsé un algérien, demain ils expulseront des chinois. Le soir, ils inscrivent sur un tableau le nom, la destination, l’horaire de départ et l’aéroport des gens qui vont être expulsé le lendemain. Il arrive que des gens soient expulsés sans que leur nom ne soient inscrits sur le tableau. C’est souvent le cas pour ceux qui foutent le bordel. Le matin, la gendarmerie vient les chercher et les emmène à l’aéroport.
Hier soir, ils ont fermés les cabines téléphoniques à minuit juste après l’agitation. Ils ne les ont ouvertes que ce matin.
Nous parvenons à joindre la personne en grève de la faim qui a été transférée dans la journée.
Hier, 4 policiers m’ont sauté dessus. Ils m’ont déchiré ma veste. Ils m’ont dit que je ne saurais pas soigné tant que je ne mangerai pas. Ils m’ont changé de bâtiment.
Ça fait 18 jours que je ne mange pas. J’ai perdu 10 kg. Je ne mange parce que la nourriture n’est pas hallal. De toute façon, je ne veux pas m’alimenter. Je ne bois que de l’eau et du café. Aujourd’hui, encore le médecin a refusé de me donner des médicaments si je ne mangeais pas. Je veux sortir du centre. Je veux être libre.
La Cimade a refusé de faire mon recours. Ils ont dit que les 24 h étaient passées alors que c’est faux.
18h30
Un détenu nous informe qu’ils ont brûlé une chambre,
que les pompiers sont intervenus et que la majorité
des détenus ont refusé de manger.
21h
Un détenu nous raconte que Brard (député-maire de
Montreuil) est venu dans le centre de rétention. Il a
promis aux détenus de leur apporter des stylos et du
papier pour décrire leurs situations. « Il nous a dit
qu’il fallait respecter les policiers. Il nous a dit
qu’ils n’étaient pas responsables et que les décisions
venaient de plus haut. Les gens lui ont répondu qu’ils
ne cherchaient pas améliorer leurs conditions de
détention, ils veulent la liberté. »
Midi
Un premier feu a pris dans les toilettes. Ensuite, deux chambres ont brûlé.
On a refusé de manger. On a empêché l’accès au réfectoire en bloquant les portes. La police nous a demandé de laisser passer ceux qui voulaient manger. Ils ont fini par nous dégager. Mais seulement une minorité est allé manger.
Pendant le rassemblement (15h)
La police nous empêche l’accès à la passerelle depuis laquelle nous pouvons vous voir. Mais nous pouvons vous entendre.
18h
Une soixantaine de CRS sont entrés dans le centre. Ils ont fouillé toutes les chambres. Ils nous ont fouillé. Ils ont trouvé un briquet. Ils ont transféré deux personnes dans l’autre bâtiment.
Aujourd’hui, dans le bâtiment deux, le feu a pris dans une chambre de quatre personnes. Les pompiers sont entrés pour éteindre le feu. Ils nous ont enfermé dans le réfectoire. 20 policiers sont venues chercher 4 personnes violement. Ils sont en garde-à-vue pour avoir mis le feu au centre.
Vincennes liste zpajol
un retenu tunisien s’est ouvert les veines, il a été
transporté à l’Hôtel Dieu
4 retenus sont en isolement : motif , ils parlent trop avec les
"agitateurs " de l’extérieur !
Celui qui est en isolement, s’était mis en colère car il attendait ma
visite, lorsque les flics lui ont annoncé que ma visite était supprimée :
Il s’est mis en colère, direction "l’isolement" , son portable supprimé,
effectivement j’ai attendu 4h dehors pour le visiter et sans pouvoir
rentrer. Il a été menotté , il a reçu une forte claque en prime. Comme il y a des
caméras, ce retenu a dit qu’il allait porter plainte.
Le commandant (seul interlocuteur avec les medias
et députés) est venu le voir, en lui disant que tout cela n’était pas
grave," qu’il fallait qu’il comprenne etc etc que lui "l’intello" devait
etre protégé des agitateurs et retenus en révolte.
Il ne peut plus rentrer en contact avec les autres retenus, pas de
distributeur de café.
4 retenus passeraient en comparution immédiate, et seraient transférés
en GAV.
Considérés comme meneurs, et mise à feu des chambres.
Commissariat Waldeck à Nantes
Un des grévistes de la faim a été libéré vendredi 25/1 ; un autre considéré comme
un des meneurs a été envoyé sur Rennes ; un camarade turc, Mohammed Aslan
continue courageusement la grève de la faim entamée le 20 janvier. Plus que
jamais le soutien est nécessaire et contrairement à ce qui a été dit, les
détenus nous entendent quand nous lançons des slogans au rythme des tôles
ondulées du chantier. Ce lundi soir 28/1, nous étions une vingtaine présents
seulement ; n’hésitez pas à nous rejoindre, de Nantes bien sûr mais aussi de
St Nazaire ou d’Angers comme nous !
TouTEs à partir de 17h30, TOUS LES SOIRS,
devant le CRA au commissariat Waldeck-Rousseau
Rennes
Au CRA de St Jacques de la Lande une grève de la faim a débuté ; nos amis
sans papiers ripostent avec les seules armes dont ils disposent.
Nous continuons de téléphoner au centre de rétention de Vincennes. Jour après jour, nous comprenons un peu mieux, la nature de ce lieu et de la résistance qui s’y joue - ces continuels refus qui prennent selon les jours, selon les semaines des intensités différentes. Ces appels nous donnent à penser comment nous pouvons agir dans cette situation spécifique. L’enjeu principal pour nous à l’extérieur est de durer. Jeudi alors que rien ne semblait se passer, un détenu nous a patiemment expliqué comment la vie du centre s’organisait autour de la carte. Carte que l’on n’a pas dehors mais que l’on vous donne à l’intérieur pour avoir accès à la bouffe, au médecin, à la Cimade. Mais, carte qui sert surtout à vous contrôler à chaque instant et finalement à vous compter à minuit. Le lendemain un autre détenu nous informait qu’une quinzaine de détenus déchiraient leurs cartes et les jetaient dans le couloir. Dimanche 3 février au Cra 2, des détenus se sont réunis pour écrire une lettre au commandant du centre. La police a voulu isoler la personne qu’il jugeait être à l’initiative de cette lettre. Les détenus s’y sont opposés. Deux détenus ont été mis en isolement, un autre a le doigt cassé.
Lundi, il y a eu trois tentatives de suicide. Mais ce n’était pas dans notre pavillon. On en a entendu parler mais c’est tout. Par contre mardi, il y a eu le soir une tentative de suicide dans notre pavillon. Il a essayé de se pendre avec sa ceinture.
Plein de nouveaux détenus sont arrivés, des Indiens, des Africains.
Aujourd’hui deux personnes ont été expulsées. Rien ne se passe, personne ne bouge. On mange, on dort. Chaque communauté est dans son coin, les gens discutent entre eux sans se mélanger.
Quand on passe devant le juge des libertés à Cité, un premier groupe part à 7 h du matin un deuxième à 10 h. Tu ne connais que la veille l’heure à laquelle tu pars pour le tribunal.
Quand tu rentres dans le centre, on te donne une carte avec un numéro, ta photo, ton nom, ton prénom et ta nationalité. Pour manger, tu dois te pointer au guichet et présenter ta carte pour qu’ils te donnent un ticket. Pour aller à la Cimade, tu te pointes au guichet et tu donnes ta carte. Ensuite, quand c’est ton tour de passer, ils t’appellent par le haut-parleur. S’il y a trop de monde, ils te donnent un rendez-vous plus tard. Quand tu as besoin de voir un médecin, tu te pointes au guichet avec ta carte. Ensuite, ils t’appellent par le haut-parleur quand c’est ton tour de passer. Le médecin est là le matin, l’infirmière le soir. Je suis allé voir l’infirmière une fois. Elle m’a donné des calmants et j’ai pris un rendez-vous avec le médecin pour le lendemain.
On t’appelle par le haut-parleur aussi pour passer devant le juge ou devant le consul de l’ambassade.
Aujourd’hui, deux personnes ont été expulsées, une a été libérée.
Samedi pendant la manifestation, on a crié liberté, liberté.
Hier, une quinzaine de personnes ont déchiré leurs cartes et les ont jetés dans le couloir.
La police nous parle mal.
Un flic m’a dit quelque chose, je n’ai pas, bien entendu, mais j’ai compris que c’était insultant. Je lui ai dit de répéter. Il est parti.
Les rasoirs qu’ils nous donnent, je ne sais pas ce qu’ils ont. Parfois, je me demande s’ils n’ont pas déjà servi. Tous les gens qui s’en servent ont des boutons. Hier soir, un nouveau retenu est arrivé, les flics ne lui ont pas donné de chambre, ils lui ont dit : « trouve-toi une chambre ». Ils font cela quand il n’y plus de place dans le centre.
Les refus de comptage, je dirais que c’est presque tous les jours. Parfois, on refuse un peu. Parfois, on refuse beaucoup.
Ils vérifient avec nos cartes que nous sommes tous bien présents.
Cra 2
Il n’y a toujours pas de chauffage. Le soir, il fait froid dans les chambres.
Ça fait 11 jours que je suis ici.
C’est la première fois que je rentre dans un centre de rétention
C’est une prison, ça rend les gens dépressifs.
Moi, je ne m’alimente pas depuis 11 jours.Hier soir, les flics ont éteint la télé. Un jeune a demandé aux flics de la rallumer.
La policière lui a répondu : « Va te faire enculer ! »
Il lui a sauté dessus. Ils se sont battus.
Ils l’ont placé en isolement.
On a manifesté pendant 20 minutes pour qu’il en sorte.
Ils l’ont sorti de l’isolement.
Aujourd’hui, il a été libéré.Aujourd’hui, il y a eu 3 expulsions et 5 libérations.
Ils écrivent sur un tableau les noms des gens qui vont se faire expulser.
On connaît les libérations parce qu’ils appellent au haut-parleur les gens qui vont être libérés.Ils m’ont retiré mon portable parce qu’il y avait une caméra.
On n’a pas le droit d’avoir de stylos ni de papier.
Je suis passé hier devant le Juge des Libertés et de la Détention.
On était sept. C’était décidé d’avance.
On a tous pris 15 jours de plus.Un jeune a été mis en isolement
Il vient d’avoir 18 ans, il est arrivé en France à l’âge de six ans.
Il a fait sa scolarité en France. Il est diplômé.
Je me suis bougé pour qu’il sorte. Je l’ai mis en contact avec un journaliste qui est venu le voir. La Cimade a finalement téléphoné à la préfecture. Il a été libéré.On est isolé.
Il y a eu 3 expulsions d’algériens et personne n’a bougé.
En principe, quand il y a des expulsions, l empêche le comptage...
Cra 1
Dimanche, on a refusé de manger le midi et le soir. _ La nourriture était périmée.
On a décidé d’écrire une lettre au commandant.
Pendant qu’on l’écrivait un policier est passé dans le couloir pour demander ce qu’on faisait. Il a ajouté que c’était n’importe quoi.
Quelqu’un lui a répondu « ta gueule ! »
Il est parti et il est revenu avec 5 collègues.
Ils ont voulu le prendre récupérer la lettre.
On a refusé. On a dit qu’il n’avait rien fait qu’il ne faisait qu’écrire une lettre.
On a manifesté pour qu’il laisse le monsieur.
Alors, une quarantaine de policiers du centre ont débarqué et nous ont frappé.
Un monsieur a le doigt cassé. Il a un certificat médical.
Il a porté plainte contre le policier avec la Cimade.
Ce soir on a une réunion tous ensemble.
On a voulu écrire une lettre au commandant.
À ce moment-là, un monsieur égyptien est venu me voir pour me demander s’il pouvait dormir avec des gens qui parlent la même langue que lui.
Le policier était pressé de le ramener dans sa chambre.
J’ai répondu au policier de nous laisser nous entraider et de se taire.
Cinq autres policiers sont revenus pour m’enmener.
Les autres retenus s’y sont opposés.
Ils sont alors revenus à vingt pour m’emmener.
Les autres retenus s’y sont opposés. Ils ont cassé le doigt à un monsieur et ils ont gardé deux personnes.
Pendant tout ce temps, on s’est mobilisé pour qu’ils les libèrent.
Ils ont finalement été relâchés.Toute à l’heure, le commandant m’a reçu dans le couloir.
Je lui ai parlé de nos préoccupations.
Ils nous ramènent des jeunes policiers qui nous insultent.
Nous avons des problèmes pour accéder aux soins.
Des personnes sont expulsées sans être averti à l’avance.
Ils viennent les chercher tôt le matin pour les emmener.
Les gens du guichet ne nous respectent pas. Quand nous avons besoin de leur demander quelque chose, ils ne nous répondent pas. Ils restent à parler au téléphone.
La nourriture est périmée.
Les briquets sont interdits. Si nous voulons fumer, il faut demander du feu aux policiers qui disent ne pas en avoir.Les policiers se moquent de nous. Ils nous disent qu’ici on est nourri et logé et nous demande ce que l’on veut de plus. Ils nous manquent de respect. Parmis les policiers certains sont racistes. Ils disent qu’ils sont chez eux et pas nous.
Ils veulent créer des problèmes entre les ethnies.
Lorsqu’on refuse de manger, ils nous disent de laisser manger les Chinois, de laisser manger les Congolais. Mais nous sommes tous d’accord pour ne pas manger et personne n’est forcé.Nous, on veut notre liberté.
On n’est pas venu en France pour aller en Prison.
On a dit au commandant qu’aujourd’hui nous attendions des réponses à notre lettre.
Nous continuons d’appeler. D’autres rendent régulièrement visite aux détenus. Nous nous rassemblons devant le CRA de Vincennes tous les samedis. A chaque fois, il s’agit de rentrer en contact avec eux. Nous devons approcher le centre au plus près. Nous faire voir, se faire entendre. Pour les détenus, le seul lieu accesible pour voir dehors au delà du mur est une passerelle sur laquelle ils peuvent se rassembler. Pour nous, la seule manière d’être visible est d’accéder au milieu du parking de l’hippodrome. À chaque rassemblement, la police nous empêche d’atteindre ce point. Et souvent, la police du centre les empêchent de se réunir sur cette passerelle. Quand nous y parvenons, nous échangeons des cris, des gestes. Ces échanges sont ce qui nous tient eux et nous. Alors la répression s’accentue contre ceux qui manifestent dehors. Et la répression à l’intérieur continue.
J’ai été voir le médecin. J’ai un problème aux yeux. Ils n’ont pas les médicaments. Ça fait 4 jours que je les attends.
J’ai parlé au commandant au sujet de la lettre.
Il m’a dit l’avoir faxée au préfet. Mais il n’y a toujours pas de résultats.
Il a donné des explications pour la nourriture périmée. Il a dit ne pas pouvoir garder la nourriture.Des gens ont été libérés.
Des nouveaux arrivent dans le centre. Je ne peux pas leur parler de la lutte tout de suite.
Je dois d’abord leur expliquer comment fonctionne le centre.
Ils doivent d’abord trouver une chambre où dormir. Ils doivent d’abord régler leurs affaires avec l’ambassade.
C’est dur de les convaincre.
J’ai parlé au commandant pour le problème de la cigarette.
Nous n’avons pas le droit d’avoir de briquet. Je lui ai demandé que les policiers en aient pour qu’on puisse allumer nos cigarettes. Mais je n’ai toujours pas de réponse.Hier, un monsieur a été frappé au visage par les policiers. _ Je ne sais pas ce qu’il s’est passé il ne m’ont pas laissé le voir. Ils l’ont mis dans une chambre fermée. Je sais juste qu’il avait mal à son pied.
Je dois vous laisser. Des nouveaux sont arrivés. Ils m’ont demandé de leur expliquer comment ça se passe dans le centre.
CRA 1
Il y a un peu de calme. La plupart des anciens, les plus combattants ont été libérés. Il y a beaucoup de nouveaux. Il ne peuvent pas tout de suite se mettre à protester. Il faut qu’ils voient et qu’ils comprennent. Ceux qui sortent de garde-à-vue, ils ont faim, on ne peut pas leur dire de ne pas manger.
Pour l’instant, il n’y a pas de cœur à faire des choses. _ Moi aussi, j’ai senti que j’étais en danger. Mais, je sais qu’il est important que nous exprimions notre colère.
Il y a un nouveau, il est handicapé. Il ne sait même pas parler. Quand il marche, il se tord dans tous les sens. On dirait qu’il est un peu fou.
On a toujours pas eu de réponse à la lettre que nous avons écrite.
On ne voit jamais ceux qui sont dans l’autre centre sauf par les grilles ou quand on passe devant le juge.
Aux guichets, ce ne sont pas des policiers. Ils ont des blousons rouges. Certains sont gentils mais d’autres vous humilient. Ils parlent avec leur téléphone, ils ne vous répondent pas, ils vous font attendre une demi-heure.
Le centre est plein, il y a toujours de nouveaux arrivants.
Aujourd’hui, plus de six nouvelles personnes sont arrivées. Cinq ont été libérées. Depuis hier, je dirais que sept personnes ont été expulsées.
On s’est un peu arrêté. Quand nous faisons des choses à l’intérieur notre but est de mobiliser les associations. Si elles ne se mobilisent pas, c’est difficile.
Nous les informons de la manif du lendemain.
C’est bien, cela va nous faire plaisir. On va essayer de sortir et de manifester avec vous.
Nous leurs expliquons que la police nous empêche d’approcher trop proche du centre..
Nous aussi, elle nous empêche de venir vous voir.
CRA 2
Nous sommes très nombreux. Il y a toujours de nouveaux arrivants.
Certaines chambres n’ont pas de chauffage, alors les gens se regroupent dans les chambres où il y a du chauffage. Les hindous, les chinois se regroupent par nationalité, ils peuvent dormir à sept par chambre. Cela veut dire que certains dorment par terre.Je suis arrivé Mardi et j’avoue que depuis mon arrivée, c’est plutôt calme.
Sauf un garçon malade. Il était dans une chambre en bas proche de l’infirmerie. Quatre policiers sont venus pour l’emmener de force dans une chambre en haut. Nous sommes tous sortis des chambres et nous avons dit aux policiers de l’emmener à l’hôpital ou de le laisser dans la chambre proche de l’infirmerie. Ils l’ont finalement emmené à l’hôpital.
Nous appelons depuis le rassemblement devant le centre de rétention de Vincennes.
CRA 1
On vous entend. Nous aussi, on a manifesté à l’intérieur pour vous accompagner. Une personne a été mise en isolement. On s’est tous rassemblé. Une personne de chaque communauté est présente. On discute de ce que l’on peut faire dans les prochains jours. Il faut que vous restiez mobilisé.
CRA 2
On est sorti dehors. On vous a vu. On s’est tous mis à la grille et on a crié liberté. J’ai l’impression qu’en France tout le monde devient « bleu ». Les policiers étaient plus nombreux que vous les manifestants.
récit subjectif de la visite au centre de rétention de Vincennes
Nous étions environ 25 à nous être donnés rendez-vous pour partir
collectivement au rassemblement appelé à 16h au CRA.
Arrivés au RER de
joinville nous avons changé notre chemin habituel pour contourner le
centre par derrière. Nous avons donc longé le centre jusqu’à nous en
rapprocher au maximum, excitant les chiens (c’est pas une métaphore !)
du chenil de l’Ecole de police et prenant par surprise les flics
arrivant petit à petit gazeuze à la main très énervés par notre
présence. Nous avons stationné un long moment derrière, de l’endroit où
nous étions les sans papiers ne nous voyaient pas mais nous entendaient
et répondaient à nos slogans.
Puis nous avons été "raccompagnés" sur le
parking où nous avons désormais l’habitude d’aller, ça tombait bien de
passer par là ! Les CRS nous ont laissés à peu près dix minutes face au
petit corridor d’où les retenus peuvent nous voir.
Echange de salut et
slogans, les retenus sortent dans le corridor de plus en plus
nombreux, avant que les CRS aient l’ordre de nous repousser sur le
lieu du rassemblement déposé en pref c’est à dire dans la petite rue qui
mène à l’entrée de l’Ecole de police.
L’énervement des forces de l’ordre
était très perceptible hier suite à cette énième visite et ils avaient
décidés de ne pas nous laisser en "contact" avec les retenus. Et pour
cause, les actes de résistance à l’intérieur du centre n’ont pas cessé
ces derniers jours.
Encerclés dans la petite rue, ayant rejoint les
autres manifestants venus pour le rassemblement au centre, (nous étions
donc une quarantaine) nous avons été en contact avec des familles qui
entraient ou sortaient pour des visites. Une d’entres elles, sortant
de visite, nous raconte ce que leur a dit le retenu « nombreux refus de
s’alimenter hier et aujourd’hui, une tentative de suicide le matin même,
une forte tension dans le centre ». Encouragements de leur part pour
notre action de soutien aux retenus.
Un camarade téléphone dans le
centre, les retenus du CRA n°1 organisent une réunion et nous demandent
de rester mobilisés. Par la suite, dans une tension permanente nous
avons été raccompagnés quasiment jusqu’au RER.
Certes, nous n’étions pas nombreux, mais il est impressionnant de voir
comment même à quelques dizaines, notre présence a un sens du moment que
notre visite est perceptible de l’intérieur du centre, de plus les flics
pris par surprise multipliaient les ordres contradictoires et
improvisaient, ce qui rendait les situations un peu comiques par moment !
Nous n’avons pas le rapport de force et nous ne l’aurons pas de sitôt.
Surtout s’il s’agît bêtement de compter le nombre de manifestants.
Certains jours les retenus ne sont probablement pas plus de trois à
commettre un acte de résistance quelconque. Il n’y en aurait plus
qu’un, cela vaudrait toujours le coup de le soutenir plutôt que rien.
Nathalie
Ce midi, nous avons refusé de manger. La date de péremption de la nourriture est aujourd’hui. Nos proches ne peuvent pas nous amener à manger dans le centre. Les policiers disent que c’est interdit. C’est marqué dans le règlement.
Nous devons aussi acheter nos cigarettes dans le centre. _ On ne peut pas nous en amener de l’extérieur.
Nous devons tout consommer dans le centre.
Il y a un distributeur de café, de soda et d’autres bricoles à grignoter.
On en dépense de l’argent ici.
Aujourd’hui, ils ont ramenés des gens, ils en ont libéré d’autres.
Hier ils ont contrôlé toutes les chambres pour savoir s’il restait de la place de libre.
Ils disent que certains lits ne sont pas occupés.
Je ne les crois pas. Le centre est plein et ils le savent.
Hier midi personne n’a mangé. Ils nous ont donné des tomates, des cornichons et de la viande qui n’était pas hallal.
Les gens n’ont pas le moral.
Plus personne ne descend dans les salles communes. Le réfectoire et la salle télé sont vides.
Les gens restent dans leur chambre. On sort s’asseoir dehors entre 14 et 16 heures quand il y a du soleil.
Je suis là depuis 18 jours et je suis fatigué.
J’ai envie de sortir.
A 1h25 du matin, nous recevons un coup de téléphone de quelqu’un avec qui nous sommes en contact à l’intérieur du centre
Tout a commencé vers 11h30 suite à une provocation de la police.
Nous étions dans la télé. La police a éteint la télé sans rien dire, sans explication.
On a demandé qu’ils la rallument. Ils n’ont pas voulu. Le ton est monté très vite.
Ils ont voulu prendre une personne pour la mettre en isolement. On a empêché la police de le prendre.
Ils nous ont demandé de monter dans les chambres pour le comptage, on a refusé.
Alors, ils sont revenus en nombre. Ils étaient plus de 50. Ils y avaient des CRS et des policiers.
Ils nous ont séparé en deux groupes puis ils nous ont tabassés dans l’escalier, dans le couloir dans les chambres. Je dirais qu’il y a cinq personnes blessées dont deux graves. L’un semble avoir le bras cassé, l’autre le nez cassé.
Pour celui qui a le nez cassé, ils sont rentrés dans sa chambre et ils l’ont tabassé. Il y a plein de sang dans sa chambre et dans le couloir. L’infirmier est venu et il a dit qu’il ne pouvait rien faire et qu’il fallait appeler les pompiers. Les pompiers sont venus. Ils ont emporté cinq ou six personnes. Certains sont à l’hôpital, d’autres sont en isolement, on ne sait pas trop.
Témoignage recueilli ce matin mardi 12 février 2008 à 11 h
Entre 3h30 et 4h, ils sont venus nous fouiller. Ils nous ont tous sortis dehors. Certains n’ont pas eu le temps de s’habiller. On a attendu une demi-heure dans le froid. Pendant ce temps-là, ils ont fouillé les chambres. Puis, ils nous ont fouillé 10 par 10. Quand nous sommes rentrés dans les chambres, on a trouvé un Coran déchiré et piétiné. Des chargeurs de portables détruits, les files coupés, des téléphones avaient disparus.
La personne que nous avons au téléphone nous explique qu’elle a été libérée. Avec elle, 17 autres personnes ont été libérées pour recevoir les résidents raflés du foyer de la terre aux curés.
J’ai parlé avec une personne arrêté au foyer dans le XIIIe. Il ne vivait pas au foyer, il était venu voir son cousin. Il m’a dit que la police a défoncé toutes les portes.
Cette nuit lors du comptage, ils ont appelé les CRS de peur que l’on se révolte à nouveau. Il ne s’est rien passé.
Aujourd’hui, la police des polices (IGS) est venue dans le centre. On a témoigné contre les policiers qui ont tabassé les mecs et pour le coran déchiré. On attend maintenant de voir comment ça se passe.
Quatre personnes sont toujours en isolement. Ils les ont pris quand il y a eu les violences. On ne peut pas les voir. On ne peut pas leur parler.
Depuis l’arrivée des gens du foyer, le centre est archi-plein.
Tous les soirs, les CRS et un inspecteur sont présents pour le comptage.
Pour l’instant, c’est plutôt calme.
Rien de nouveau. C’est calme.
Deux personnes ont été libérées aujourd’hui.
Il y a des gens qui dorment par terre.Les CRS ne viennent plus pour le comptage. Il y a seulement les policiers.
Ils ne restent que trois anciens qui ont participé à presque toute la mobilisation. Les autres ont pour la plupart été libéré. C’est difficile de parler avec les nouveaux. Ils sont déprimés. Ils viennent de garde à vue. Ils ont peur.
Dans l’autre bâtiment les gens crèvent de froid. Il n’y a plus de chauffage.
CRA 1
On s’est réuni aujourd’hui, les représentants de chaque communauté étaient présentes. On pense faire une grève de la faim de quatre jours. Mais on veut que tous les retenus suivent.
A midi l’ensemble des détenus du centre n°1 ont refusé de manger, débutant ainsi leur grève de la faim. Ils se sont réunis pour écrire un communiqué qui sera remis à la Cimade avec la signature de l’ensemble des retenus et qui nous a été dicté au téléphone.
Hier soir, on a fait une réunion, on est resté longtemps, on a parlé de la grève de la faim. Ce matin on a parlé avec les maliens, parcequ’il faut qu’on soit tous solidaires. On essaie d’organiser les choses.
On s’est mis d’accord sur quatre jours pour le grève.
Après on a fait la lettre pour la cimade et là ma chambre c’est comme un bureau, tout le monde vient la signer !
On essaye de contacter les gens de l’autre centre pour qu’ils suivent.
On a commencé la grève de la faim ce midi. Personne n’est allé manger. Six policiers sont allés voir les Chinois pour leur dire de manger. Ils ont refusé. Après, on s’est regardés et on a rigolé.
Communiqué des grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes, le mercredi 20 février 2007
Nous avons l’honneur de vous informer que l’on vit une situation très difficile et catastrophique. Le manque de la moindre des choses, la nourriture, les chambres sans chauffage, pas d’eau chaude, l’hygiène, les provocations des services de l’ordre et la chose la plus importante : la privation de notre liberté. Dans le centre de rétention des chambres ont été incendiées. Un coran a été déchiré par les CRS. On a pas eu de réponse satisfaisante à notre égard de monsieur le procureur de la république. Après notre témoignage, c’est comme si rien ne s’était passé. Quand nous sommes malades, les médecins ne nous donnent que du doliprane et des cachets pour dormir. On a 90% des détenus qui sont musulmans, ils nous servent de la viande pas hallal. Après trop de demande et des grèves, personne ne nous a écouté. Le manque de courtoisie bien que nous sommes dans un centre de rétention et pas pénitentiaire, mais c’est le contraire qu’on subit et de cela on garde un sentiment de mépris. Pour toutes ces raisons nous demandons à tous les medias qu’ils soient au courant et qu’ils écoutent les témoignages des retenus. Nous exigeons notre libération et nous commençons une grève de la faim qui durera un délai de 4 jours. Notre place n’est pas ici mais dehors.
Les grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes
(texte dicté au téléphone depuis le centre de rétention de Vincennes)
Matin
Cette nuit, ils ont déchiré ma carte. Ma chambre est devenu un bureau. Les gens viennent pour signer le texte ou quand ils ont besoin d’un renseignement, d’une information. Alors, j’ai collé ma carte sur la porte avec de la confiture pour que les gens sachent que c’est içi. Le matin, je l’ai retrouvée par terre déchirée. Ils ne m’aiment pas. Un policier m’a bousculé dans les escaliers. Je lui est demandé de s’excuser. Ils m’ont mis en isolement.
Après-midi
On a arrêté la grève. La police est venu parler aux gens. Une trentaine de personnes est allée manger, cela a cassé le moral des autres.
Un sénateur UMP et un journaliste sont venus nous voir.
On s’est mobilisés parce qu’une personne a dépassé les trente deux jours et ils ne le libéraient pas. On est passés dans toutes les chambres pour expliquer la situation. On est tous descendu à l’accueil. On a tapé sur les tables, on a crié « liberté ». Le chef du centre est descendu et il a demandé pourquoi on faisait cela. On a expliqué le cas. Il a dit qu’il allait téléphoner à la préfecture. Une heure après il est redescendu et il a dit : « Tu peux aller chercher tes affaires, tu es libre ».
MELUN, - Intervention des gendarmes mobiles au centre de rétention du Mesnil-Amelot (AFP)
Plusieurs dizaines de retenus du centre de rétention du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) ont refusé dimanche soir de regagner leurs dortoirs, ce qui a occasionné une intervention des gendarmes mobiles, a-t-on appris lundi de sources concordantes. Environ 70 retenus selon l’un d’eux, une quarantaine selon une source officielle, ont refusé peu avant 20h de rentrer à l’intérieur des bâtiments. "Hier, nous nous sommes installés dehors avec des matelas pour passer la nuit, le commandant a dit qu’il ne voulait pas qu’on dorme dehors. On a dit qu’on ne voulait pas rentrer parce que les locaux sont infects", a raconté par téléphone à l’AFP un retenu. Des gendarmes mobiles sont intervenus vers 22h pour faire réintégrer leurs dortoirs aux retenus, en les "poussant" selon la préfecture, en les "frappant" selon le même retenu. Deux d’entre eux ont été conduits à l’hôpital, l’un parce qu’il se plaignait de "maux de tête", l’autre en raison d’un "problème à l’épaule, où il avait déjà une broche", selon la préfecture. "Ils ont réintégré le bâtiment à 3h avec un certificat attestant de la compatibilité de leur état de santé avec la rétention", a-t-on assuré de même source.
Les retenus du centre de rétention de Vincennes CRA 2 ont commencé une grève de la faim. Ils ont écrit une lettre au commandant où ils demandent leur libération et dénoncent les conditions de rétention. Ils ont crié et manifesté toute la nuit.
Plusieurs sénateurs sont venus nous voir. Il y avait aussi François Hollande. Nous avons parlé avec lui.
Lettre des retenus du CRA 2 au commandant du centre de rétention de Vincennes
Monsieur le chef du centre,
La France a toujours été un pays d’asile et il le restera pour toujours. Elle a payé trop cher pour défendre les droits de l’homme et la liberté. Voilà le sujet de notre demande Monsieur le chef de centre. Nous sommes tous des travailleurs et nous participons à l’enrichissement de notre deuxième pays qui est la France. Nous avons tous la volonté de s’intégrer dans son système économique et social car nos attaches à la France sont énormes donc nous demandons par le billet de cette lettre notre liberté pour que nous puissions régler nos problèmes extérieurs avec sérieux, pour demander notre régularisation et le traitement attentif et humanitaire de nos dossiers. En conclusion, nous vous informons que les conditions sont pénibles. La nourriture est immangeable et presque périmée. Il y a un seul traitement pour toutes les maladies qui est le Di-antalvic. On compte beaucoup monsieur le chef sur votre côté humanitaire en attendant une réponse favorable, veuillez agréer monsieur les salutations les plus distinguées. Merci, les détenus du centre.
dictée par téléphone depuis le centre de rétention de Vincennes le 26/02/08
19h CRA1
Aujourd’hui, 2 maliens se sont fait expulser au CRA 1. Ils viennent d’afficher que demain, il y aura 12 expulsions vers le Mali, l’Algérie et la Turquie.
Hier, nous avons été 18 personnes à être convoquées devant le consul. Ils nous ont emmenés jusqu’au centre de rétention du Mesnil-Amelot où se trouvait déjà le consul. Ils nous ont transféré en car, mais ils ne nous ont pas attaché pendant le transport. Nous ne sommes restés que 2-3 minutes chacun avec le consul. Pour l’instant ils ne nous ont rien dit.J’attends de voir ce qu’il va se passer pour moi. J’en suis à mon 15ème jours de rétention. Je passe vendredi ou samedi devant le juge car le précédent m’avait maintenu jusqu’à samedi 16h40. Le tribunal administratif a déjà refusé mon recours.
Nous lisons l’article de Libération du 25 janvier 2008
C’est la deuxième fois que je passe par ce centre. La première fois j’y suis entré le 29 novembre et sorti le 31 décembre. Je confirme les violences qui ont été commises par les policiers.
Hier soir la plupart de ceux qui ont entamé une grève de la faim, ont mangé. Il reste une vingtaine de personnes en grève.
Des journalistes sont passés au centre suite aux manifestations que nous avons faites jusqu’au 25 février.Je connais un monsieur ici qui est malade. Il a mal au ventre depuis qu’il est entré dans le centre. Il a des enfants nés en France. Il est passé devant le juge des libertés mais il ne l’a pas libéré. Il est passé devant le tribunal administratif mais il est toujours là. De toutes manières le juge n’écoute même pas les avocats.
CRA 2
Tout le monde ici est déprimé. Cela fait 4 jours que je suis en grève de la faim.
Hier, on a parlé avec le commandant. On veut soit être libéré, soit être expulsé, mais nous ne voulons plus être prisonnier dans le centre. Il a bien eu notre lettre de doléances et l’a envoyé au préfet.
Il y a beaucoup d’expulsion par jour.
Nous n’avons peut être pas de papiers mais nous avons des droits.À l’infirmerie, quoi qu’on ait comme maladie, ils nous donnent toujours le même médicament : diantalvic.
Personne ne nous donne de renseignements.
La police est partout.
À minuit, ils nous comptent. Ils tapent dans les portes. Ils entrent. Ils fouillent les chambres. Ils se foutent de savoir si les gens dorment. Certains ne savent même pas qu’ils vont être expulsés. En principe ils doivent prévenir les gens 72 heures avant. Mais nous ne sommes prévenus que la veille. Et il arrive que les policiers viennent chercher les gens à 5 heures du matin pour les emmener à l’aéroport et les expulser sans qu’ils le sachent.
70 % des personnes du centre sont expulsées. Dans mon bâtiment, ils expulsent surtout des Maghrébins .Au sujet du texte que nous avons rédigé hier, le commandant nous a affirmé l’avoir envoyé au préfet. Il nous a dit qu’il n’y aura pas de réponses favorables.
On a demandé à voir un responsable mais personne ne répond à notre demande.
On essaye avec des collègues de faire exister une mobilisation.
Une personne fait la grève de la faim depuis 28 jours. Moi je suis en grève depuis 4 jours.Certaines personnes sont en danger dans leur pays. Si elles rentrent, elles risquent d’aller en prison pour des années, d’autres peuvent se faire tuer ?
Les gens ont peur. Ils ne veulent pas se battre. Ils sont trop déprimés.
CRA 2
Avant ils nous réveillaient à 3h du matin pour le comptage ; maintenant c’est à 18h. Certains continuent la grève de la faim, ils sont très fatigués ; moi j’ai fait la grève lundi, mardi, mercredi et j’ai arrêté car il y a eu des pressions du commandant et ils nous disent que de toute façon cela ne sert à rien.
Ce matin 2 maliens du foyer de terres au curé ont été expulsés d’Orly ; ils ont appelé du Sénégal pendant leur transit. Ceux d’hier sont revenus au centre. Demain il y aura 2 autres expulsions. Il a été voir le consul mardi et pour l’instant il n’a pas la réponse ; il sera au TGI demain.
CRA 1
Les détenus parlent d’un climat plutôt calme à l’intérieur du centre. Les
fouilles ne se passent plus au milieu de la nuit, mais au guichet où ils
donnent leur carte pour le dîner. Les fouilles se font donc tous les
soirs, avant le dîner, vers 18h.
Chaque jour il y a des expulsions, le nom des personnes ainsi que le
numéro de vol et l’horaire de départ sont affichés dans un tableau entre
20h00 et 22h00. Aujourd’hui 9 marocains ont été expulsés, demain
l’expulsion de 2 maliens avec escale à Casablanca est prévue.
Hier un jeune Algérien de 27-28 ans a tenté, pour la seconde fois, de se
suicider. Il s’est pendu avec les lacets de son blouson. Il l’a fait dans
la nuit, vers 2h mais il ne c’est pas rendu compte qu’il y avait une
caméra devant lui et donc les policiers sont tout suite intervenus, l’ont
gardé pendant la nuit et puis l’ont laissé retourner dans sa chambre.
Il nous a dit qu’il en avait marre de rester enfermé ; soit ils le relâchent ou soit ils le conduisent au bled, mais c’est ici, enfermé, qu’il ne veut pas rester. Il est dans le centre depuis 12 jours. C’est le harcèlement quotidien dans le centre qui est dur : les personnes qui doivent aller au TGI à 10h00 sont réveillées à 6h du matin.
Tous les détenus du centre de rétention de Vincennes
Objet : Appel d’urgence
Sauver les principes de la France
Au secours, au secours, je suis le droit de l’homme
ma vie est en danger. L’homme est devenu un chiffre.
L’homme est chassé dans les gares, dans son lieu de travail
et dans les lieux publics.
Arrêtons ! Arrêtons la chasse à l’homme ! c’est urgent !
Attention ! j’entends un cri ! D’où vient-il ?
Il approche, c’est un demandeur de secours.
Est ce que j’ai entendu LIBERTÉ ?
Je m’approche de lui, oui c’est la LIBERTÉ qui est en danger.
Qu’est ce qu’elle dit ?
Elle dit « c’est fini ! c’est fini ! ma vie est partie.
Je n’ai plus de vie ici avec un système Sarkozy. »
J’ai pris ma soeur et je suis parti.
Mais on entendait beaucoup de cris de demandeurs de secours.
Tout le monde crie. Les oiseaux crient, la nature aussi.
On dirait un nouveau Tsunami et tout ça dans un pays de fraternité,
d’égalité et de liberté
CRA 2
Il nous raconte qu’il y a déjà 4 personnes du Foyer Terre aux Curés qui
ont été expulsées et que 11 sont toujours à Vincennes.
Je suis passé au TGI de cité de matin. J’ai appelé mon avocat, mais il n’a pas voulu venir. Le juge m’a dit que sans avocat il ne pouvait pas me faire sortir.
La plupart d’entre nous sommes passés par plusieurs tribunaux et nous avons aussi rencontré le Consul.
L’atmosphère au centre est plus calme, même si la nuit, les bruits continuent.
J’ai fait trois jours de grève de la faim, mais si on est que trois, c’est difficile.
Les policiers disaient aux personnes que l’on mangeait alors que nous ne mangions pas.
Il faut être beaucoup pour que les policiers se rendent compte que nous faisons la grève et qu’ils nous écoutent.
Les vols pour demain n’ont pas encore été affichés.
Le contact de Terre aux Curés nous confirme que les derniers sont tous sortis.
Il y a deux jours, un mineur de 16 ans est arrivé
On nous le passe.
J’ai dit aux flics que j’étais mineur et de m’emmener dans un centre pour mineurs, mais ils m’ont emmené à l’hôpital ; le médecin a dit que j’avais 18 ans mais moi je suis mineur. Ils m’ont fait un test osseux pour vérifier
je suis malade, j’ai travaillé 3 ans et demi dans la construction et depuis j’ai mal au dos. Ici j’ai mal.
L’infirmière elle te prend juste la tension. Elle te donne rien du tout.
La nourriture c’est n’importe quoi, ils nous ramènent des trucs périmés.Vendredi, tout le monde a déchiré les cartes d’identification. Samedi ils en ont refait des nouvelles où ils demandent la photo d’identité. Le capitaine a dit qu’il y aurait pas de nourriture, pas de visite et pas de médecin si on prenait pas la carte. Une cinquantaine de personnes n’ont pas mangé samedi.
Moi j’ai été arrêté deux fois. Une fois à la préfecture de Chartres alors que j’allais faire une demande. une autre fois, à la sortie du métro Jules Joffrin.
Ils nous comptent 3 fois par jour.
Dès fois, on est 5 au lieu de 3 dans la chambre.
Ils ont ramené grave de monde ce week-end. Ca a chauffé parce qu’ils voulaient nous mettre à 5 par chambre. Les flics ont sorti leur bâton, il y en a même un qui est rentré avec son pétard. Le capitaine l’a même fait sortir.
2 personnes étaient en train de fumer vendredi soir dans les couloirs. 2 flics sont passés leur ont dit de sortir. Ils ont dit OK. Une flic lui a quand même arraché violemment la cigarette de la main. Le retenu a poussé la flic, et tout de suite l’autre flic lui a mis une droite au visage.
Cette flic-là elle a particulièrement la haine. Elle passe toujours pour créer des problèmes. Même le commandant nous a dit ce week-end qu’elle ne remonterait plus. Ils ont du voir la vidéo où elle a voulu que le mec écrase sa clope sur sa main.
Vendredi tout le monde a déchiré les cartes sauf les Hindous. On les a mis dans un sac et on l’a balancé à la tête des flics à l’accueil. Ils ont mis 2 personnes à l’isolement. Ils les prennent pas au hasard. Ils prennent ceux qui parlent bien français. Pour eux, c’est les meneurs. Par exemple, moi ils ont dit que j’étais un meneur parce que je parlais avec eux au nom de tout le monde. Ceux qui parlent français, c’est comme les haut-parleurs des retenus.
Dès fois, ils les gardent longtemps en isolement, dès fois ils les sortent rapidement. La dernière fois, ils ont relâché un mec parce que tout le monde a refusé de rentrer.
Vendredi, tout le monde a refusé de manger et le lendemain, certains n’ont pas continué donc on a arrêté ça servait à rien.
L’autre jour ils nous ont tous rassemblé dans le réfectoire pour nous compter. il y avait pleins de flics et des chiens. On dirait qu’ils cherchaient quelqu’un qui s’était barré, mais ils nous disent rien, car sinon ça serait la porte ouverte pour nous. Ils le savent.
Pour la première fois, samedi, j’ai entendu l’alarme qui venait du CRA 1. J’ai vu une quinzaine de flics courir par là bas. On sait rien de ce qui s’y passe.
En ce moment ils mettent que des coups de pression. Ils nous traitent comme des chiens, comme si on était là parce qu’on avait fait des conneries. Ils passent dans les chambres la nuit soit disant pour chercher des gens, mais en fait c’est que des coups de pression et de provocations. Au lieu d’aller direct dans la chambre du mec qu’ils cherchent, ils font toutes les chambres, une à une.
Par exemple, ils sont entrés dans ma chambre ; comme j’ai les cheveux longs ils se sont foutus de ma gueule. Quand je leur ai dit que le type qu’il cherchait n’était pas là ; ils ont répondu « fermez vos gueules et montrez vos cartes ». Ici, il y a des flics ils ont la haine. Je sais pas si c’est des fachos ou quoi, mais en tout cas, ils ont vraiment la haine contre les immigrés. Il y en a des gentils et les pires je sais pas pourquoi c’est ceux qui sont d’origine étrangère.
Ici c’est impossible de dormir. Ils passent dans les chambres pendant la nuit, claquent les portes. Il y a la brigade canine, c’est des aboiement des chiens à partir de 4- 5h du matin. Il est situé du côté du CRA1. Eux, ils ne doivent pas dormir de la nuit. Le matin c’est le micro.
Dans les chambres, il y a des odeurs incroyables ; dans les chiottes tu peux attraper n’importe quelle maladie. Tu verrais la douche, les couloirs, le réfectoire tu n’en croirais pas tes yeux.
Voilà ici c’est comme le pénitencier.
CRA 1 Message reçu du CRA de Vincennes dans la nuit de samedi à dimanche
Bonjour,
Je vous informe qu’à partir de demain matin il y aura une grève de la faim au CRA de Vincennes, pour revendiquer le fait que leur dossier soit mieux traité par l’administration, etc., et ceci pour une durée illlimitée dans les deux CRA. Cette décision est issue d’une AG qui a eu lieu ce soir.
Cette AG a dû se tenir à la suite du rassemblement devant le CRA, à l’issue de la manif UCIJ/RESF, de quelques 250 personnes qui sont ensuite parties en manif jusqu’au pont de Joinville - juste de l’autre côté du RER - d’où aurait « sauté » un sans papier poursuivi par la BAC de Nogent.
nouvelles du CRA 1 dimanche matin (Contact avec un retenu du CRA 1)
effectivement il me confirme la décision collective de commencer une grève de la faim mais son sentiment personnel est que ça ne va pas prendre et que ce n’est pas un bon moyen parce que les flics s’en foutent et les laisseront mourir, selon ses propres mots ! Il m’a cité pour exemple comme quoi leur vie ne vaut rien, un évènement d’hier ou d’avant hier matin : il a trouvé un retenu inconscient dans la salle de bain, il a appelé les flics, les flics ont dit que l’infirmerie était fermée et n’ont pas appelé de medecin, et selon ses mots ils l’ont pris comme un « mouton » (j’imagine qu’il voulait dire trainé) ils n’ont pratiqué aucun geste de secourisme malgré l’insistance des retenus, puis ils l’ont mis en cellule et expulsé quelques heures après...
Ils ont essayé ce matin de s’opposer aux expulsions d’aujourd’hui (une dizaine) en manifestant et notamment en déchirant leur carte mais il y a eu une réaction très forte de la part de la police, les flics ont sortis matraque et gazeuse et ils n’ont rien pu faire.
Nouvelles du CRA 2 dimanche après-midi (communiqué du 9ème collectif)
Encore des violences policières au Centre de rétention de Vincennes Une fois de plus. Une fois de trop
Au moment même où, à Joinville-le-Pont, se rendait l’hommage à Monsieur Baba Traoré, sans-papiers mort en tentant d’échapper à la police, nous apprenions qu’à quelques mètres de là, au CRA de Vincennes, soixante personnes en grève de la faim depuis hier, subissaient une répression incroyablement brutale.
Ce soir, la police a décidé de faire cesser la grève de la faim de force. Les grévistes ont été sortis de force de leurs chambres, pour être conduits au réfectoire, et empêchés de sortir dans la cour, et de regagner leurs chambres. Comme il protestaient, les policiers les ont copieusement matraqués. Deux personnes d’origine egyptienne ont été menottées et reconduites ailleurs. Une personne qui se trouvait encore par terre - apparemment victime d’une crise cardiaque - a été transportée à l’hôpital. Trois ont été envoyées à l’infirmerie. L’un aurait le bras cassé. Nombreux ont des bleus, y compris des cocards aux yeux. Etc.
De nouveaux renforts policiers, CRS ou garde-mobiles, casqués, sont arrivés sur les lieux, afin de poursuivre la répression.
Nous dénonçons cette répression et appelons à la solidarité avec les détenus dans les camps de rétention.
Cra 1 Vincennes
Nous téléphonons à un retenu dans le contexte des évènements particuliers qui ont eu lieu ces deux derniers jours dans les deux centres, résistance collective prenant diverses formes : grève de la faim, affrontements avec les flics, tentatives collectives d’empêcher des expulsions...
Tout le monde est fatigué.
On reste dans nos chambres. On sort juste pour aller chercher de l’eau, pour fumer ou pour aller à la Cimade.
Certains d’entre nous sont en grève de la faim. D’autres mangent.
Moi je continue la grève de la faim. On ne sait pas qui continuent et qui a arrêté.
Les gens restent dans leur chambre.On sait qu’il y a eu des blessés dans le Cra 2 hier suite aux affrontements.
Hier après, des égyptiens ont parler à des égyptiens de l’autre centre. _ On a escaladé un muret. On leur a demandé ce qu’il s’était passé. On leur a dit qu’on avait entendu des cris.
Les flics avaient utilisé leur matraque et des gaz lacrymogènes.
Dans notre centre, les flics nous disent qu’il ne s’est rien passé à côté.
Qu’il n’y a pas eu de blessés et que ça ne servait à rien de faire la grève de la faim, que de toutes façons personne ne nous entend dehors et ne saura ce qu’il se passe,de toutes façons, ils s’en foutent.
On leur lit la dépêche sortie dans le 20 minutes du jour même suite aux affrontements
Ça c’est passé dans notre centre.
on leur lit aussi l’article sorti dans Le Parisien
Ca, ça s’est passé dans l’autre bloc.
Le comportement des flics a changé depuis deux jours.
Maintenant, quand on leur demande du feu pour allumer une cigarette, ils ne nous en donnent pas.
Depuis hier matin, ceux qui ont déchiré leur carte sont interdits de visites.
Avant, les flics disaient que ceux qui n’avaient pas de cartes ne pouvaient pas manger au réfectoire. Maintenant qu’on fait la grève de la faim, ils nous interdisent les visites.
Depuis deux jours, les flics sont plus tendus. La situation s’est aggravée.On continue de se réunir. On se parle régulièrement.
On a décidé de se révolter en discutant entre nous. On ne supporte plus la nourriture qu’il nous donne. Elle est dégueulasse.
Le centre est plein en ce moment.
Vincennes Centre de rétention n° 1
On revient un peu plus tranquillement sur les évènements de ce week-end
avec nos contacts au téléphone. Pas si tranquillement finalement parce que
la rage contenue est très perceptible cette fois-ci, dans la voix parfois
nouée de nos interlocuteurs, dans leurs récits par moment de leur
impuissance... Du dedans et au dehors, on tourne en rond, on se cogne contre
les murs, on cherche...
On les a informés de la manif de samedi prochain vers le centre de Vincennes...
La grève de la faim s’est terminée des deux côtés.
Des groupes mangeaient. Les gens ont commencé à en avoir marre. Tout le monde prépare son audience ou sa sortie. Chacun regarde son cas. Ce n’était plus collectif.
Tout s’est fini avec rien au boutNéanmoins, on continue de se réunir même si on n’a plus revu les gens qui avaient organisé la première lutte : les flics ont pris les fortes têtes pour les mettre dans un autre bloc.
Un matin à 4 h, les gens qui savaient qui allait être expulsé nous ont réveillés en passant dans les chambres. Les flics les ont vus avec leur caméra.
Ils ont pris 2 personnes et les ont mises en isolement.
J’en ai revu un au tribunal de Cité quand j’y suis allé pour mon audience.
Quand ils l’ont emmené ce matin-là, ils étaient 5 sur lui.
Ils l’ont mis dans une cellule où il n’y avait que des toilettes. Il a tout cassé dedans. Il a aussi cassé la caméra. Les flics ont flippé.
Ils sont venus frapper à la porte mais lui n’a pas répondu. Ils ont cru qu’il était entrain de se suicider.
Lui a eu peur que les flics le frappent. Il s’est fabriqué un couteau et il a attendu qu’ils ouvrent la porte. Le commandant est intervenu. Il est venu lui parler. Il l’a mis dans une cellule avec 3 autres personnes.Il faut penser la lutte autrement.
Les gens et les flics se foutent de la grève de la faim. Ils s’en foutent des sans-papiers. Ils s’en foutent si on crève. Les gens bouffent des lames de rasoir tous les jours, et on n’entend pas parler d’eux.
Les petits trucs qu’on fait ne valent pas le coup. Il faut vraiment foutre le bordel pour avoir les moyens de leur mettre une vraie pression.
Quand j’étais dehors, je travaillais. Je cherchais juste un moyen d’enlever mon stress. J’allais boire des verres après le travail. Je sortais avec mes amis. Je me foutais du reste.Quand j’ouvrais un journal, je ne m’intéressais qu’aux gros titres. Pour les gens c’est pareil.
Il faut que ça pète pour qu’ils s’y intéressent.Depuis hier, les flics sont plus normaux avec nous mais ils continuent de nous compter. Ils nous comptent à 12h et à 20h.
Ils ont une liste. On doit présenter notre carte à l’appel pour pouvoir aller manger. On doit se représenter devant eux après avoir pris notre plateau.Les gens qui entrent ici n’ont aucune chance. Moi, j’ai 2 avocats, j’écris des lettres, j’essaye de prendre en main mon cas. Mais de toutes manières les juges s’en foutent. Ils ont des objectifs à atteindre. Ils ne cherchent pas à comprendre.
Même si tu n’es pas expulsé, tu restes ici 32 jours alors qu’avant c’était une semaine. Quand tu sors, tu as déjà tout perdu. Les gens n’ont plus d’appartement parce qu’ils n’ont pas pu payer les loyers. Les gens n’ont plus de travail parce qu’ils n’y sont pas allés.Certains parmi nous ne savent ni lire ni écrire le français. Quand ils vont chez le médecin pour un mal de tête ou parce qu’ils ont mal à la jambe, le médecin leur donne un cachet pour les fous qui endormirait un éléphant. Un homme, après en avoir pris, a dormi 24h.
Ils font ça pour nous endormir. Pour qu’on ne réfléchisse plus.
J’ai dit aux gens de ne pas prendre de cachets sans avoir vu la boîte. Il faut que le médecin fasse une ordonnance aux gens pour qu’il existe une trace de ce qu’il a donné. Mais les gens ne savent pas.Beaucoup de flics ici sont des fils d’immigrés. Ils essayent de nous amadouer pour qu’on reste tranquilles. Quand ils viennent me parler en arabe, je leur réponds d’aller se faire foutre.
S’ils n’ont trouvé rien d’autre comme métier, qu’ils aillent se faire foutre.
Aujourd’hui je me suis pris la tête ave un flic à propos de la télé. Je lui ai demandé de changer de chaîne. La télé est en hauteur.Elle est entourée de grillage et de plexiglas. On n’y a pas accès.
Lui m’a répondu : « Mais pourquoi tu veux changé de chaîne ? Tu ne peux pas regarder qu’une seule chaîne ? »La Cimade travaille avec les flics. Pour moi c’est la même chose. Quand les nouveaux arrivent, ils demandent s’ils ont un avocat, s’ils ont fait une demande d’asile etc ... Mais ils bougent tous dans le même système.
Ils ne peuvent rien faire pour nous.
Ils ne sont pas là pour nous défendre ni nous aider à sortir.Aujourd’hui trois personnes du consulat algérien sont venus pour nous reconnaître. On est le seul pays à envoyer trois consuls.
Ils m’ont parlé en arabe mais je leur ai dit que je ne comprenais pas.
Ils ont insisté mais je leur ai répondu que je ne comprenais pas leur charabia.
De toute façon, ils font ce qu’ils veulent, ils ne font que des conneries. Ils ont délivré des laissez-passer pour des marocains et des tunisiens.Un mec pour refuser d’embarquer a eu une idée incroyable.
Il s’est chié dessus. Il s’est tout étalé sur lui-même.
Ils n’ont pas pu l’expulser. Ils l’ont ramené au centre. Le lendemain, ils sont venus le rechercher. Ils l’ont attaché avec du Scotch et ils l’ont enroulé dans du film plastique.
Ils l’ont pris et ils l’ont expulsé comme ça.
S’ils m’expulsent, je ferai tout pour revenir.
Ce week-end, quelqu’un s’est fait frapper à l’infirmerie.
Il avait subi une opération à la jambe. Il devait suivre un traitement.
Mais l’infirmière ne l’a pas cru. Elle n’était pas d’accord. Elle a appelé les policiers à l’aide d’un bouton sous le bureau. Ils sont arrivés à une douzaine. J’étais avec le monsieur dans l’infirmerie pour traduire.
J’ai essayé d’expliquer à la police que le monsieur n’avait rien fait mais il m’ont attrapé et malmené.
Ils ont pris le monsieur. Ils l’ont isolé comme dans une garde-à-vue. Il est sorti trois heures plus tard.
Une brigade est venue relever la première.
Il s’est plaint auprès d’eux que la précédente brigade l’avait frappé.
Ils l’ont jeté. Ils lui ont dit d’aller se plaindre à la Cimade. Un autre gars traduisait à ce moment au monsieur.
Finalement ils sont partis et je me suis endormi.
Je me réveille à 4h30 du matin. Je me lève. Je regarde par la fenêtre. Je vois des policiers qui prennent le traducteur et qui l’emmènent. Ils l’ont transféré dans l’autre centre. On a essayé de s’interposer mais ils ont appelé les CRS.
Quand à 5h30 on a voulu faire notre prière dans un des couloirs du CRA 1, les CRS sont entrés en force. On leur a dit que s’ils ne voulaient pas qu’on fasse la prière ici, on pouvait changer de place. Ils ont lancé des bombes lacrymogènes.
Ceux qui dans les chambres dormaient encore ont presque étouffé.Face à ça, des gars ont allumé un feu dans le centre mais ce ne sont pas les pompiers qui sont intervenus. Ils nous ont envoyé des CRS.
Au CRA 2, des gens sont encore en grève de la faim. J’ai fait la grève de la faim il y a une vingtaine de jours. On était 94 personnes. On a tous arrêté. Parmi nous, une personne est restée 14 jours sans manger. Les flics l’ont frappé. Il a porté plainte auprès de la Cimade.
On reste en contact avec l’autre centre. Quand ils transfèrent l’un d’entre nous, on peut se téléphoner.
Il y a aussi un coin auquel on a accès où on peut se voir et se parler.Après avoir déchiré leur carte, certains n’ont pas pu laver leurs vêtements. Ils n’ont pas pu avoir de savon. Ils font ce qu’ils veulent de nous.
Il n’y a pas de problème entre nous. Même si on ne parle pas la même langue, on est tous unis. On décide ensemble.
Nous avons manifesté samedi vers 17 h., pendant que vous étiez dehors.
On s’est rassemblés, on a crié L-I-B-E-R-T-É.
On a aussi crié des choses contre Sarkozy.
Mais on ne pouvait pas vous voir. Ils ont mis une bâche verte depuis une vingtaine de jours pour qu’on ne puisse plus voir à l’extérieur.
Témoignage d’un retenu du CRA1 de Vincennes
Il décrit d’une part comment les deux centres sont utilisés pour isoler les personnes qui ont subi des violences et pour casser les solidarités entre retenus. D’autre part, il témoigne du seul traitement administré dans le centre de rétention : du doliprane.
Il raconte qu’un retenu s’est fait frapper par une vingtaine de flics
Il mange que hallal, la cuisinière l’a insulté, il a envoyé le plat qui ne l’a pas touchée : il ne pouvait pas l’atteindre, il y a un grillage entre les deux. La cuisinière a dit qu’il lui avait craché dessus ; vingt policiers l’ont tabassé en dehors des caméras, il fait 1m50, il était bien amoché, rangers sur le visage, ils ont essayé de lui casser le poignet. Après, ils l’ont mis une heure en isolement. Ils lui ont mis les menottes, beaucoup trop serrées : il est sorti avec les poignets enflés. On lui a dit de porter plainte mais tout est en dehors des caméras. Il nous a fait de la peine alors on s’est manifestés. Les flics nous ont poussés, ont fermé le sas de protection pour l’administration, ils nous ont dispersés. Après ils l’ont mis dans l’autre bloc (CRA2), on était ensemble solidaires, là-bas il est tout seul avec de nouveaux gens. La chef [de la police] disait que c’était lui qui remontait les gens contre la police, mais c’est pas vrai. A chaque fois que quelqu’un réagit, ils le mettent de l’autre côté.
Après, il raconte le travail de l’infirmière
A chaque affichage [dates des expulsions], c’est la panique, le désespoir. Les gens tombent malades et ils ne veulent pas appeler le Samu. Ils ne donnent que du Doliprane. Pour un Egyptien, il souffrait, avait mal au ventre. L’infirmière a donné un doliprane et a dit qu’il faisait semblant, qu’il avait seulement une crise d’angoisse. Il continuait à avoir mal dans sa chambre, alors on a insisté pour qu’ils appellent le Samu, ils voulaient toujours pas. On a dit qu’il fallait pas qu’il meure, les flics ont répondu qu’il avait vu l’infirmière et qu’elle prendra sur elle si il meurt. On ne voulait pas qu’il meure et finalement ils ont appelé le Samu. Il avait un rein bloqué, qui marchait plus(...). Il y en a un qui est sorti au procès pour dossier médical.
Ils ne veulent pas qu’on rigole, qu’on parle entre nous. Il y a des flics qui nous insultent. Ils cherchaient quelqu’un et ont demandé : « où est-ce qu’il est cet animal ? ».
Aujourd’hui y’a eu un vol pour le Maroc, ils ont scotché le gars comme une chenille. Le commandant de bord a refusé de l’embarquer. Ce soir, ils ont affiché son nom pour le premier vol de demain. Ils étaient une vingtaine pour le prendre. Il fait 60 kilos, deux personnes, ça suffit. Ils l’ont ficelé à 5h du matin, il pouvait pas aller aux toilettes, ni avoir une cigarette, rien.
Hier à la visite, y’a une femme qui venait voir son mari. Ils ont essayé de se suicider, ils ont pris des cachets. Il a été emmené à l’infirmerie puis à l’isolement. On sait pas comment il va maintenant, ils l’ont emmené à l’autre bloc ( CRA2).
De la famille et des amis sont venus informer les passagers de l’expulsion de deux personnes sur le vol de Aigle Azur vers Oran (compagnie française qui effectue de nombreux vols sur le Maghreb avec des expulsés à son bord). De nombreux passagers se sont montrés révoltés et choqués par la politique actuelle d’expulsion des étrangers, dès lors pour nombreux d’entre eux la solidarité semblait aller de soi. Une fois dans l’avion, avec les deux expulsés à bord, des passagers ont donc manifesté leur mécontentement refusant de voyager dans ces conditions, auprès de l’équipage et du commandant de bord, visiblement énervé et difficile à convaincre, afin de faire redescendre les expulsés. Au bout d’un certain temps sous la pression, le commandant a accepté de les débarquer. Un passager à l’avant a raconté qu’il n’a pas vu la scène mais qu’il a compris que c’était bon quand les passagers à l’arrière ont applaudi. Les retenus ont été ramenés au centre de rétention sans passer par la case prison. A partir du moment où le débarquement est demandé par le commandant de bord et que les sans papiers assurent qu’ils n’ont pas refusé l’expulsion, la garde à vue et le procès sont évités. Mais il leur reste encore du temps en rétention...
Encore une fois, la présence à l’aéroport a été efficace : elle a permis de parler aux passagers à l’avance de ce qui les attendaient, de leur dire la possibilité de refuser de voyager avec une expulsion en protestant auprès de l’équipage et du pilote, et aussi de leur permettre d’anticiper de façon plus collective sachant qu’ils étaient quasi tous informés. Elle a aussi permis d’exercer une pression sur les comptoirs de la compagnie aérienne en exigeant que le commandant de bord aille parler aux expulsés au fond de l’avion. Elle nous permet à nous de nous rendre compte que nous ne sommes pas seuls à « penser ce qu’on pense » ! Cette pratique qui enraye concrètement la machine à expulser peut être faite par n’importe qui de façon simple... A nous de la diffuser...
Une centaine de sans-papiers, détenus dans le camp pour étrangers de Vincennes, ont entamé une grève de la faim, aujourd’hui 1er mai à 15h.
Leurs revendications :
libération de tous les détenus ;
arrêt de toutes les procédures juridiques et administratives ;
dédommagement de tous pour le préjudice subi.
Ils expliquent ce troisième point. Leur arrestation suivie de leur détention provoque de nombreux dommages : ils perdent leur travail ; ils sont arrachés à leur famille ; perdant leur travail et leurs revenus, ils peuvent perdre leur logement, etc.
Ils revendiquent également l’accès aux médias pour pouvoir expliquer
leur situation et le sens de leur combat.
Ils demandent aussi une assistance médicale pour le suivi de leur grève
de la faim.