France : témoignages de l’intérieur des centres de rétention 11 janv-21 juin 2008

témoignages des mouvements dans les centres du Mesnil-Amelot, Vincennes et ailleurs.
informations envoyées sur la liste zpajol, principalement par l’adresse de contact fermeturetention@yahoo.fr

Refus d’entrer dans les chambres, refus d’être compté,
refus de manger, chambres brûlées, altercation avec la
police. Ces actes quotidiens de révoltes se
construisent dans un rapport à l’organisation du
centre et à tous les moments de contrôles et
d’humiliations qui lui sont liés. Ils n’ont aucune
fin, aucune limite. Ils sont repris par chaque nouveau
arrivant. Seul l’isolement et la répression parviendra
à arrêter la révolte de Vincennes. Mais elle durera si
nous continuons de téléphoner et de visiter
régulièrement les détenus et d’ informer sur ce qu’il
se passe à l’intérieur. Elle durera si nous continuons
de manifester devant le centre. Elle durera si les
initiiatives se multiplient provenant de différents
groupes, collectifs, individus (actions, affiches,
stickers, etc). Elle durera si la révolte s’étend aux
autres centres, aux autres villes, à la société toute
entière. Elle durera et s’étendra si nous nous
révoltons avec eux.

Nous continuons de téléphoner quotidiennement au centre de rétention de Vincennes.

On nous a confirmé que la semaine dernière dans un pavillon, une vingtaine de personnes ont refusé de s’alimenter pendant au moins trois jours. Personne n’en a rien a su. Nous n’avons jamais réussi à prendre contact avec elles. Nous avons plusieurs fois appelé sur les cabines téléphoniques. Mais à chaque fois, nous sommes tombés sur les mêmes réponses : « Ici tout va bien. Tout le monde mange. La police est correcte avec nous. » Crainte de la police ou réponses dictées par elle ? Nous n’en sauront rien. Ce qui est sûr, c’est que les autorités du centre voudraient que rien ne sorte. Elles organisent des visites guidées aux médias pour nous faire croire que rien ne se passe à l’intérieur. Les grévistes de la faim s’arrêteront devant le silence qui les entoure. Mais la lutte ne s’arrête pas pour autant. Les médias ne portent attention qu’à des événements bien identifiés comme au mois de décembre ou 150 personnes à Vincennes et au Mesnil-Amelot se sont déclarés en grève de la faim. Mais la résistance est quotidienne dans les centres de rétention. Résister c’est se réunir pour discuter quand les flics et leurs caméras en permanence vous surveillent. C’est protester quand la bouffe est périmée. C’est porter plainte quand la police tabasse. C’est gueuler ensemble pour obtenir qu’une personne malade puisse voir un médecin. Et cette résistance a lieu tous les jours de l’année.

Vendredi 11 janvier 2008 Vincennes

Les détenus commencent par nous raconter, le passage des journalistes d’Envoyé spécial dans le centre de rétention de Vincennes. Les détenus voulaient leur dire la manière dont ils ont été arrêtés, les conditions dans lesquelles ils sont détenus et dénoncer la politique du chiffre dont ils sont victimes. Mais les « envoyés spéciaux » de TF1 ne semblaient pas s’intéresser à ce qu’ils disaient. Ils auraient dit aux détenus qu’ils ne sont pas là pour cela. Le commandant leur a fait visiter le centre, ils ont pris des images et sont partis.

Ils continuent de se réunir. Ils dénoncent la manière dont la police leur attribue arbitrairement une nationalité, comment les détenus sub-sahariens sans passeport sont présentés aux ambassades de Guinée, du Mali ou du Sénégal qui délivrent des laissez-passer sans preuve de leur nationalité.Ils dénoncent les arrestations abusives devant les ambassades.

Quand nous leur avons posé la question des soins, les détenus nous ont répondu que les médecins donnaient toujours le même cachet d’aspirine qu’il s’agisse d’un mal de ventre ou d’une irritation.

À l’intérieur du centre, les fouilles répétées continuent.
Avant-hier, on leur a servi de la nourriture périmée depuis le 25 décembre 2007.

Dimanche 13 janvier 2008 Vincennes

Les détenus nous racontent que la veille, deux personnes ont été transférées au CRA de Vincennes. Toutes les deux victimes d’un malaise, les pompiers sont intervenus et les ont emmenés. Lorsque les détenus ont demandé des nouvelles d’eux, le commandant n’a pas voulu leur répondre.

Un détenu témoigne de ce à quoi peut ressembler une journée au centre de rétention de Vincennes.

Tous les matins on nous fouille.
On descend au réfectoire vers 9 h. Il n’y a pas d’eau chaude pour le café.
Lorsqu’on le signale, les policiers nous répondent qu’ils ne sont pas là pour ça, qu’ils sont juste là pour nous surveiller.
Ils ne veulent pas s’occuper de ça.

Ce midi, on nous a servi des haricots blancs périmés depuis le 5 janvier.
Quand on l’a signalé, on nous a répondu qu’ils n’étaient pas là pour regarder les dates. Qu’ils ne voulaient rien savoir.
On l’a signalé à la CIMADE qui elle a écrit un texte pour en témoigner.

Pendant la journée on peut circuler mais on doit rester dans les chambres.
Quand on veut se reposer, les policiers veulent fouiller les chambres.

La nuit, ils sont dans le couloir.
Lorsque q’on doit se rendre aux toilettes, ils nous suivent et laissent la porte ouverte
Ils nous provoquent.
Ils nous dérangent la nuit en mettant l’alarme entre minuit 1 heures, pour qu’on ne dorme pas

Malgré tout, on doit se réunir pour communiquer
Il ne faut pas qu’on lâche.
Il faut que tout le monde soit d’accord pour relancer la lutte.

Dans nos discussions avec les détenus du centre de rétention de Vincennes, nous portons une attention particulière aux détails : deux par chambre, l’eau est froide, l’alarme sonne tous les soirs entre minuit et une heure, hier la nourriture était périmée, aujourd’hui, il n’y a pas de places dans le centre et deux personnes doivent dormir par terre, etc ... Notre volonté n’est pas de dénoncer les conditions de rétentions pour réclamer leurs améliorations. Il n’y a aucun aménagement possible de ces lieux sinon leur destruction. Les détails nous aident à comprendre la nature de ces lieux. Ils nous aident à comprendre que la volonté de l’administration va au-delà de la stricte application de la loi, que le système relatif aux étrangers a pour but de casser, d’humilier, de fragiliser moralement et physiquement des hommes et des femmes.

Mardi 15 janvier 2008 Vincennes

Je suis fatigué
On n’a aucune communication à l’extérieur.
Rien ne sort de ce qu’il se passe ici.

Il n’y a pas d’eau chaude dans les douches.
Le ballon d’eau n’est pas suffisant pour tout le monde.
Si tu ne te laves pas ça ne va pas.
On ne peut pas laver nos affaires.
Il n’y a pas de chauffage dans certaines chambres.
Mais le commandant s’en fout.
On est 250 personnes dans le centre.
On est écœuré.

Les gens qui ne sont pas rentrés dans le centre ne savent pas ce qu’il s’y passe
La police emmène les médias là où ils ont fait des travaux pour montrer aux Français à la télé, à la radio que tout va bien, que l’on est calme, tranquille et qu’ils s’occupent bien de nous. Mais c’est l’inverse

Notre mouvement a été sans conséquences.
On continue de discuter entre nous.
On fait des réunions entre les deux pavillons : une personne se rend au grillage pour raconter aux autres ce qu’il se passe dans l’autre pavillon et vice-versa.

Personne de la Cimade ne veut monter dans les chambres pour se rendre compte de la situation et de nos problèmes.
Les recours qu’ils font ne changent rien.

Parce que j’essaye d’organiser des choses, beaucoup de flics sont contre moi. Quand je parle avec les autres, ils interviennent et demandent de quoi je parle, qu’est ce que je trafique encore là.

Mercredi 16 janvier 2008 Vincennes

On a fait une réunion.
On s’est parlé pour relancer le mouvement.
Beaucoup de personnes n’ont pas le moral.
Certains sont venus nous voir pour demander des avocats.
Il ne faut pas baisser les bras.
Il y a 40 personnes pour qui les ambassades n’ont pas donné de laissez-passer. Elles ne les ont pas reconnus. Ils doivent quand même rester 32 jours dans le centre. On proteste contre cela.
Si on n’a pas de réponse vendredi, on reprend le mouvement.

Hier, ils ont ramené deux gars.
Il n’y avait plus de place, plus chambre, plus de matelas.
Ils ont dû dormir par terre dans le couloir
Le centre est plein, mais ils continuent à ramener des gens
Ils envoient les nouveaux en disant : « Va voir tes collègues ! ils te trouveront une place ! »
Si on proteste ils disent : « On verra demain »

Je n’ai pas dormi.
Je suis souffrant.
J’ai été voir le médecin.
Il m’a donné un médicament pour dormir.

Quand un flic cherche un gars, il l’appelle par le haut-parleur au lieu de se déplacer. Tous les matins, le haut-parleur nous réveille. Ce matin, j’ai été réveillé à cinq heure.

Jeudi 17 janvier 2008 Vincennes

À minuit nous recevons un coup de téléphone d’une personne avec qui nous sommes en communication depuis le début des événements au centre de rétention de Vincennes.

La police est venue me voir pour me dire que demain matin à sept heure, ils m’emmenaient devant le juge.
Quel juge ?
Je suis là depuis 28 jours et je n’ai aucun juge à aller voir. Ils veulent m’expulser sans rien me dire. J’en suis sûr. Ils n’ont même pas mis mon nom sur le tableau des départs.

Vendredi 18 janvier 2008

À six heures, elle nous rappelle.

Je suis à Roissy. Ils sont venus me chercher à cinq heure ce matin. Ils m’ont menti sur la destination et sur l’heure.

Elle refusera d’embarquer. Elle sera placée en garde-à-vue. Elle passera en comparution immédiate le lendemain. Son avocat soulèvera une nullité. Son procès sera renvoyé. Elle sera finalement libérée sous contrôle judiciaire en attendant son prochain jugement. Elle risque 3 mois ferme et 3 ans d’interdiction de territoire.

Samedi 19 janvier Vincennes


Pendant la manifestation les détenus sont sortis dehors. Ils
ont accroché des draps aux barbelés. Le soir même, la police est entrée
dans les chambres pour fouiller et retourner les matelas.

mardi 22 janvier

- Grève de la faim au Centre de Rétention de Palaiseau Depuis ce matin 22 janvier 2008, 20 sans-papiers
(sur les 30 présents)retenus au CRA de Palaiseau
sont en grève de la faim pour obtenir leur
libération.

- Vincennes

Pendant la grande manifestation de samedi, la police
filmait ceux qui étaient sur la grille. J’ai sorti un
drap que nous avons accroché à la grille. Les CRS sont
rentrés à l’intérieur du centre. Ils ont fouillés les
chambres, ensuite ils nous ont obligés à rentrer à
l’intérieur.

Il y a un Tunisien qui refuse de manger. Le médecin
lui a dit qu’il ne le soignerait tant qu’il refuse de
manger.

On ne dort pas. On est constamment réveillé par le
haut-parleur. Ils appellent pour le comptage, les
visites, les expulsions, quand on passe devant le
juge. Cela ne s’arrête jamais.

Il n’y a pas d’accès directe à la Cimade. Il faut
passer deux portes contrôlées par la police.

mercredi 23 janvier

- Nantes Des personnes en grève de la faim au centre de rétention de Nantes
Leur sort dépend aussi de notre solidarité !
Rassemblement mercredi 23 janvier à 17h30
devant le centre de rétention (Commissariat central place Waldeck Rousseau à Nantes)

- Vincennes

Hier soir, à minuit, on a refusé d’être comptés et de
rentrer dans les chambres.
On a essayé de dormir dehors. Tout le monde criait
L-I-B-E-R-T-É.
On a essayé de parler avec le chef de la police, mais
il a appelé les CRS.
La police disait : « Dégagez ! on ne veut pas de vous
ici ! »
Un policier m’a dit : « Je suis chez moi ici ! »
Ils nous ont dit : « Si vous ne rentrez pas, on vous
fait rentrer de force »
Ils nous ont obligés à rentrer dans les chambres en
nous poussant avec les casques.

On discute ensemble. Mais c’est difficile.
Ils nous contrôlent tout le temps avec les caméras.
Ils nous contrôlent la nuit et le jour.

Il faut faire des manifestations à l’extérieure.
Cela nous fait du bien. On sort. On crie. Si on
manifeste une, deux, trois fois par semaine, ils vont
comprendre.

Ce soir, des gars ont mis le feu à leur chambre en
brûlant des papiers.
Les pompiers sont intervenus pour éteindre le feu.
La police n’a pris personne.
Ils veulent peut-être brûler le centre.

Jeudi 24 janvier

Aujourd’hui, nous avons refusé de manger. Nous avons
jeté la nourriture par terre dans le réfectoire.

La police filme ceux qui se révoltent. Ils les
séparent et les mettent dans l’autre bâtiment.
Aujourd’hui, ils ont pris deux personnes. Parmis eux,
il y a un tunisien qui n’a pas mangé depuis plus de
dix jours. Il a perdu 9 kg

Aujourd’hui ils ont expulsé un algérien, demain ils
expulseront des chinois. Le soir, ils inscrivent sur
un tableau le nom, la destination, l’horaire de départ
et l’aéroport des gens qui vont être expulsé le
lendemain. Il arrive que des gens soient expulsés sans
que leur nom ne soient inscrits sur le tableau. C’est
souvent le cas pour ceux qui foutent le bordel.
Le matin, la gendarmerie vient les chercher et les
emmène à l’aéroport.

Hier soir, ils ont fermés les cabines téléphoniques
à minuit juste après l’agitation. Ils ne les ont
ouvertes que ce matin.

Nous parvenons à joindre la personne en grève de la
faim qui a été transférée dans la journée.

Hier, 4 policiers m’ont sauté dessus. Ils m’ont
déchiré ma veste. Ils m’ont dit que je ne saurais pas
soigné tant que je ne mangerai pas. Ils m’ont changé
de bâtiment.

Ça fait 18 jours que je ne mange pas. J’ai perdu 10
kg. Je ne mange parce que la nourriture n’est pas
hallal. De toute façon, je ne veux pas m’alimenter. Je
ne bois que de l’eau et du café. Aujourd’hui, encore
le médecin a refusé de me donner des médicaments si je
ne mangeais pas. Je veux sortir du centre. Je veux
être libre.

La Cimade a refusé de faire mon recours. Ils ont dit
que les 24 h étaient passées alors que c’est faux.

vendredi 25 janvier Vincennes

- 18h30
Un détenu nous informe qu’ils ont brûlé une chambre,
que les pompiers sont intervenus et que la majorité
des détenus ont refusé de manger.

- 21h
Un détenu nous raconte que Brard (député-maire de
Montreuil) est venu dans le centre de rétention. Il a
promis aux détenus de leur apporter des stylos et du
papier pour décrire leurs situations. « Il nous a dit
qu’il fallait respecter les policiers. Il nous a dit
qu’ils n’étaient pas responsables et que les décisions
venaient de plus haut. Les gens lui ont répondu qu’ils
ne cherchaient pas améliorer leurs conditions de
détention, ils veulent la liberté. »

Samedi 26 janvier Vincennes

- Midi

Un premier feu a pris dans les toilettes. Ensuite,
deux chambres ont brûlé.

On a refusé de manger. On a empêché l’accès au
réfectoire en bloquant les portes. La police nous a
demandé de laisser passer ceux qui voulaient manger.
Ils ont fini par nous dégager. Mais seulement une
minorité est allé manger.

- Pendant le rassemblement (15h)

La police nous empêche l’accès à la passerelle
depuis laquelle nous pouvons vous voir. Mais nous
pouvons vous entendre.

- 18h

Une soixantaine de CRS sont entrés dans le centre.
Ils ont fouillé toutes les chambres. Ils nous ont
fouillé. Ils ont trouvé un briquet. Ils ont transféré
deux personnes dans l’autre bâtiment.

dimanche 27 janvier Vincennes 15h

Aujourd’hui, dans le bâtiment deux, le feu a pris
dans une chambre de quatre personnes. Les pompiers
sont entrés pour éteindre le feu. Ils nous ont enfermé
dans le réfectoire. 20 policiers sont venues chercher
4 personnes violement. Ils sont en garde-à-vue pour
avoir mis le feu au centre.

mardi 29 janvier

- Vincennes liste zpajol
un retenu tunisien s’est ouvert les veines, il a été
transporté à l’Hôtel Dieu
4 retenus sont en isolement : motif , ils parlent trop avec les
"agitateurs " de l’extérieur !
Celui qui est en isolement, s’était mis en colère car il attendait ma
visite, lorsque les flics lui ont annoncé que ma visite était supprimée :
Il s’est mis en colère, direction "l’isolement" , son portable supprimé,
effectivement j’ai attendu 4h dehors pour le visiter et sans pouvoir
rentrer. Il a été menotté , il a reçu une forte claque en prime. Comme il y a des
caméras, ce retenu a dit qu’il allait porter plainte.
Le commandant (seul interlocuteur avec les medias
et députés) est venu le voir, en lui disant que tout cela n’était pas
grave," qu’il fallait qu’il comprenne etc etc que lui "l’intello" devait
etre protégé des agitateurs et retenus en révolte.
Il ne peut plus rentrer en contact avec les autres retenus, pas de
distributeur de café.
4 retenus passeraient en comparution immédiate, et seraient transférés
en GAV.
Considérés comme meneurs, et mise à feu des chambres.

- Commissariat Waldeck à Nantes
Un des grévistes de la faim a été libéré vendredi 25/1 ; un autre considéré comme
un des meneurs a été envoyé sur Rennes ; un camarade turc, Mohammed Aslan
continue courageusement la grève de la faim entamée le 20 janvier. Plus que
jamais le soutien est nécessaire et contrairement à ce qui a été dit, les
détenus nous entendent quand nous lançons des slogans au rythme des tôles
ondulées du chantier. Ce lundi soir 28/1, nous étions une vingtaine présents
seulement ; n’hésitez pas à nous rejoindre, de Nantes bien sûr mais aussi de
St Nazaire ou d’Angers comme nous !
TouTEs à partir de 17h30, TOUS LES SOIRS,
devant le CRA au commissariat Waldeck-Rousseau

- Rennes
Au CRA de St Jacques de la Lande une grève de la faim a débuté ; nos amis
sans papiers ripostent avec les seules armes dont ils disposent.

30/01/08-05/02/08

Nous continuons de téléphoner au centre de rétention de Vincennes. Jour après jour, nous comprenons un peu mieux, la nature de ce lieu et de la résistance qui s’y joue - ces continuels refus qui prennent selon les jours, selon les semaines des intensités différentes. Ces appels nous donnent à penser comment nous pouvons agir dans cette situation spécifique. L’enjeu principal pour nous à l’extérieur est de durer. Jeudi alors que rien ne semblait se passer, un détenu nous a patiemment expliqué comment la vie du centre s’organisait autour de la carte. Carte que l’on n’a pas dehors mais que l’on vous donne à l’intérieur pour avoir accès à la bouffe, au médecin, à la Cimade. Mais, carte qui sert surtout à vous contrôler à chaque instant et finalement à vous compter à minuit. Le lendemain un autre détenu nous informait qu’une quinzaine de détenus déchiraient leurs cartes et les jetaient dans le couloir. Dimanche 3 février au Cra 2, des détenus se sont réunis pour écrire une lettre au commandant du centre. La police a voulu isoler la personne qu’il jugeait être à l’initiative de cette lettre. Les détenus s’y sont opposés. Deux détenus ont été mis en isolement, un autre a le doigt cassé.

Mercredi 30 janvier

Lundi, il y a eu trois tentatives de suicide. Mais ce n’était pas dans notre pavillon. On en a entendu parler mais c’est tout. Par contre mardi, il y a eu le soir une tentative de suicide dans notre pavillon. Il a essayé de se pendre avec sa ceinture.

Plein de nouveaux détenus sont arrivés, des Indiens, des Africains.

Jeudi 31 janvier

Aujourd’hui deux personnes ont été expulsées.
Rien ne se passe, personne ne bouge.
On mange, on dort.
Chaque communauté est dans son coin, les gens discutent entre eux sans se mélanger.

Quand on passe devant le juge des libertés à Cité, un premier groupe part à 7 h du matin un deuxième à 10 h. Tu ne connais que la veille l’heure à laquelle tu pars pour le tribunal.

Quand tu rentres dans le centre, on te donne une carte avec un numéro, ta photo, ton nom, ton prénom et ta nationalité. Pour manger, tu dois te pointer au guichet et présenter ta carte pour qu’ils te donnent un ticket. Pour aller à la Cimade, tu te pointes au guichet et tu donnes ta carte. Ensuite, quand c’est ton tour de passer, ils t’appellent par le haut-parleur. S’il y a trop de monde, ils te donnent un rendez-vous plus tard. Quand tu as besoin de voir un médecin, tu te pointes au guichet avec ta carte. Ensuite, ils t’appellent par le haut-parleur quand c’est ton tour de passer. Le médecin est là le matin, l’infirmière le soir. Je suis allé voir l’infirmière une fois. Elle m’a donné des calmants et j’ai pris un rendez-vous avec le médecin pour le lendemain.

On t’appelle par le haut-parleur aussi pour passer devant le juge ou devant le consul de l’ambassade.

Aujourd’hui, deux personnes ont été expulsées, une a été libérée.

Lundi 4 février

Samedi pendant la manifestation, on a crié liberté, liberté.
Hier, une quinzaine de personnes ont déchiré leurs cartes et les ont jetés dans le couloir.
La police nous parle mal.
Un flic m’a dit quelque chose, je n’ai pas, bien entendu, mais j’ai compris que c’était insultant. Je lui ai dit de répéter. Il est parti.
Les rasoirs qu’ils nous donnent, je ne sais pas ce qu’ils ont. Parfois, je me demande s’ils n’ont pas déjà servi. Tous les gens qui s’en servent ont des boutons.
Hier soir, un nouveau retenu est arrivé, les flics ne lui ont pas donné de chambre, ils lui ont dit : « trouve-toi une chambre ». Ils font cela quand il n’y plus de place dans le centre.
Les refus de comptage, je dirais que c’est presque tous les jours. Parfois, on refuse un peu. Parfois, on refuse beaucoup.
Ils vérifient avec nos cartes que nous sommes tous bien présents.

Mardi 5 février

- Cra 2

Il n’y a toujours pas de chauffage. Le soir, il fait froid dans les chambres.
Ça fait 11 jours que je suis ici.
C’est la première fois que je rentre dans un centre de rétention
C’est une prison, ça rend les gens dépressifs.
Moi, je ne m’alimente pas depuis 11 jours.

Hier soir, les flics ont éteint la télé. Un jeune a demandé aux flics de la rallumer.
La policière lui a répondu : « Va te faire enculer ! »
Il lui a sauté dessus. Ils se sont battus.
Ils l’ont placé en isolement.
On a manifesté pendant 20 minutes pour qu’il en sorte.
Ils l’ont sorti de l’isolement.
Aujourd’hui, il a été libéré.

Aujourd’hui, il y a eu 3 expulsions et 5 libérations.
Ils écrivent sur un tableau les noms des gens qui vont se faire expulser.
On connaît les libérations parce qu’ils appellent au haut-parleur les gens qui vont être libérés.

Ils m’ont retiré mon portable parce qu’il y avait une caméra.
On n’a pas le droit d’avoir de stylos ni de papier.

***

Je suis passé hier devant le Juge des Libertés et de la Détention.
On était sept. C’était décidé d’avance.
On a tous pris 15 jours de plus.

Un jeune a été mis en isolement
Il vient d’avoir 18 ans, il est arrivé en France à l’âge de six ans.
Il a fait sa scolarité en France. Il est diplômé.
Je me suis bougé pour qu’il sorte. Je l’ai mis en contact avec un journaliste qui est venu le voir. La Cimade a finalement téléphoné à la préfecture. Il a été libéré.

On est isolé.
Il y a eu 3 expulsions d’algériens et personne n’a bougé.
En principe, quand il y a des expulsions, l empêche le comptage...

- Cra 1

Dimanche, on a refusé de manger le midi et le soir. _ La nourriture était périmée.
On a décidé d’écrire une lettre au commandant.
Pendant qu’on l’écrivait un policier est passé dans le couloir pour demander ce qu’on faisait. Il a ajouté que c’était n’importe quoi.
Quelqu’un lui a répondu « ta gueule ! »
Il est parti et il est revenu avec 5 collègues.
Ils ont voulu le prendre récupérer la lettre.
On a refusé. On a dit qu’il n’avait rien fait qu’il ne faisait qu’écrire une lettre.
On a manifesté pour qu’il laisse le monsieur.
Alors, une quarantaine de policiers du centre ont débarqué et nous ont frappé.
Un monsieur a le doigt cassé. Il a un certificat médical.
Il a porté plainte contre le policier avec la Cimade.
Ce soir on a une réunion tous ensemble.

***

On a voulu écrire une lettre au commandant.
À ce moment-là, un monsieur égyptien est venu me voir pour me demander s’il pouvait dormir avec des gens qui parlent la même langue que lui.
Le policier était pressé de le ramener dans sa chambre.
J’ai répondu au policier de nous laisser nous entraider et de se taire.
Cinq autres policiers sont revenus pour m’enmener.
Les autres retenus s’y sont opposés.
Ils sont alors revenus à vingt pour m’emmener.
Les autres retenus s’y sont opposés.
Ils ont cassé le doigt à un monsieur et ils ont gardé deux personnes.
Pendant tout ce temps, on s’est mobilisé pour qu’ils les libèrent.
Ils ont finalement été relâchés.

Toute à l’heure, le commandant m’a reçu dans le couloir.
Je lui ai parlé de nos préoccupations.
Ils nous ramènent des jeunes policiers qui nous insultent.
Nous avons des problèmes pour accéder aux soins.
Des personnes sont expulsées sans être averti à l’avance.
Ils viennent les chercher tôt le matin pour les emmener.
Les gens du guichet ne nous respectent pas. Quand nous avons besoin de leur demander quelque chose, ils ne nous répondent pas. Ils restent à parler au téléphone.
La nourriture est périmée.
Les briquets sont interdits. Si nous voulons fumer, il faut demander du feu aux policiers qui disent ne pas en avoir.

Les policiers se moquent de nous. Ils nous disent qu’ici on est nourri et logé et nous demande ce que l’on veut de plus. Ils nous manquent de respect. Parmis les policiers certains sont racistes. Ils disent qu’ils sont chez eux et pas nous.

Ils veulent créer des problèmes entre les ethnies.
Lorsqu’on refuse de manger, ils nous disent de laisser manger les Chinois, de laisser manger les Congolais. Mais nous sommes tous d’accord pour ne pas manger et personne n’est forcé.

Nous, on veut notre liberté.
On n’est pas venu en France pour aller en Prison.
On a dit au commandant qu’aujourd’hui nous attendions des réponses à notre lettre.

du 7 au 12 février 2008

Nous continuons d’appeler. D’autres rendent régulièrement visite aux détenus. Nous nous rassemblons devant le CRA de Vincennes tous les samedis. A chaque fois, il s’agit de rentrer en contact avec eux. Nous devons approcher le centre au plus près. Nous faire voir, se faire entendre. Pour les détenus, le seul lieu accesible pour voir dehors au delà du mur est une passerelle sur laquelle ils peuvent se rassembler. Pour nous, la seule manière d’être visible est d’accéder au milieu du parking de l’hippodrome. À chaque rassemblement, la police nous empêche d’atteindre ce point. Et souvent, la police du centre les empêchent de se réunir sur cette passerelle. Quand nous y parvenons, nous échangeons des cris, des gestes. Ces échanges sont ce qui nous tient eux et nous. Alors la répression s’accentue contre ceux qui manifestent dehors. Et la répression à l’intérieur continue.

Jeudi 7 février 2008

J’ai été voir le médecin. J’ai un problème aux yeux. Ils n’ont pas les médicaments. Ça fait 4 jours que je les attends.

J’ai parlé au commandant au sujet de la lettre.
Il m’a dit l’avoir faxée au préfet. Mais il n’y a toujours pas de résultats.
Il a donné des explications pour la nourriture périmée. Il a dit ne pas pouvoir garder la nourriture.

Des gens ont été libérés.
Des nouveaux arrivent dans le centre. Je ne peux pas leur parler de la lutte tout de suite.
Je dois d’abord leur expliquer comment fonctionne le centre.
Ils doivent d’abord trouver une chambre où dormir. Ils doivent d’abord régler leurs affaires avec l’ambassade.
C’est dur de les convaincre.
J’ai parlé au commandant pour le problème de la cigarette.
Nous n’avons pas le droit d’avoir de briquet. Je lui ai demandé que les policiers en aient pour qu’on puisse allumer nos cigarettes. Mais je n’ai toujours pas de réponse.

Hier, un monsieur a été frappé au visage par les policiers. _ Je ne sais pas ce qu’il s’est passé il ne m’ont pas laissé le voir. Ils l’ont mis dans une chambre fermée. Je sais juste qu’il avait mal à son pied.

Je dois vous laisser. Des nouveaux sont arrivés. Ils m’ont demandé de leur expliquer comment ça se passe dans le centre.

Vendredi 8 février 2008

CRA 1

Il y a un peu de calme. La plupart des anciens, les plus combattants ont été libérés. Il y a beaucoup de nouveaux. Il ne peuvent pas tout de suite se mettre à protester. Il faut qu’ils voient et qu’ils comprennent. Ceux qui sortent de garde-à-vue, ils ont faim, on ne peut pas leur dire de ne pas manger.

Pour l’instant, il n’y a pas de cœur à faire des choses. _ Moi aussi, j’ai senti que j’étais en danger. Mais, je sais qu’il est important que nous exprimions notre colère.

Il y a un nouveau, il est handicapé. Il ne sait même pas parler. Quand il marche, il se tord dans tous les sens. On dirait qu’il est un peu fou.

On a toujours pas eu de réponse à la lettre que nous avons écrite.

On ne voit jamais ceux qui sont dans l’autre centre sauf par les grilles ou quand on passe devant le juge.

Aux guichets, ce ne sont pas des policiers. Ils ont des blousons rouges. Certains sont gentils mais d’autres vous humilient. Ils parlent avec leur téléphone, ils ne vous répondent pas, ils vous font attendre une demi-heure.

Le centre est plein, il y a toujours de nouveaux arrivants.
Aujourd’hui, plus de six nouvelles personnes sont arrivées. Cinq ont été libérées. Depuis hier, je dirais que sept personnes ont été expulsées.
On s’est un peu arrêté. Quand nous faisons des choses à l’intérieur notre but est de mobiliser les associations. Si elles ne se mobilisent pas, c’est difficile.

Nous les informons de la manif du lendemain.

C’est bien, cela va nous faire plaisir. On va essayer de sortir et de manifester avec vous.

Nous leurs expliquons que la police nous empêche d’approcher trop proche du centre..

Nous aussi, elle nous empêche de venir vous voir.

CRA 2

Nous sommes très nombreux. Il y a toujours de nouveaux arrivants.
Certaines chambres n’ont pas de chauffage, alors les gens se regroupent dans les chambres où il y a du chauffage. Les hindous, les chinois se regroupent par nationalité, ils peuvent dormir à sept par chambre. Cela veut dire que certains dorment par terre.

Je suis arrivé Mardi et j’avoue que depuis mon arrivée, c’est plutôt calme.

Sauf un garçon malade. Il était dans une chambre en bas proche de l’infirmerie. Quatre policiers sont venus pour l’emmener de force dans une chambre en haut. Nous sommes tous sortis des chambres et nous avons dit aux policiers de l’emmener à l’hôpital ou de le laisser dans la chambre proche de l’infirmerie. Ils l’ont finalement emmené à l’hôpital.

Samedi 9 Février 2008

Nous appelons depuis le rassemblement devant le centre de rétention de Vincennes.

CRA 1

On vous entend. Nous aussi, on a manifesté à l’intérieur pour vous accompagner. Une personne a été mise en isolement. On s’est tous rassemblé. Une personne de chaque communauté est présente. On discute de ce que l’on peut faire dans les prochains jours. Il faut que vous restiez mobilisé.

CRA 2

On est sorti dehors. On vous a vu. On s’est tous mis à la grille et on a crié liberté. J’ai l’impression qu’en France tout le monde devient « bleu ». Les policiers étaient plus nombreux que vous les manifestants.

récit subjectif de la visite au centre de rétention de Vincennes

Nous étions environ 25 à nous être donnés rendez-vous pour partir
collectivement au rassemblement appelé à 16h au CRA.
Arrivés au RER de
joinville nous avons changé notre chemin habituel pour contourner le
centre par derrière. Nous avons donc longé le centre jusqu’à nous en
rapprocher au maximum, excitant les chiens (c’est pas une métaphore !)
du chenil de l’Ecole de police et prenant par surprise les flics
arrivant petit à petit gazeuze à la main très énervés par notre
présence. Nous avons stationné un long moment derrière, de l’endroit où
nous étions les sans papiers ne nous voyaient pas mais nous entendaient
et répondaient à nos slogans.
Puis nous avons été "raccompagnés" sur le
parking où nous avons désormais l’habitude d’aller, ça tombait bien de
passer par là ! Les CRS nous ont laissés à peu près dix minutes face au
petit corridor d’où les retenus peuvent nous voir.
Echange de salut et
slogans, les retenus sortent dans le corridor de plus en plus
nombreux, avant que les CRS aient l’ordre de nous repousser sur le
lieu du rassemblement déposé en pref c’est à dire dans la petite rue qui
mène à l’entrée de l’Ecole de police.
L’énervement des forces de l’ordre
était très perceptible hier suite à cette énième visite et ils avaient
décidés de ne pas nous laisser en "contact" avec les retenus. Et pour
cause, les actes de résistance à l’intérieur du centre n’ont pas cessé
ces derniers jours.
Encerclés dans la petite rue, ayant rejoint les
autres manifestants venus pour le rassemblement au centre, (nous étions
donc une quarantaine) nous avons été en contact avec des familles qui
entraient ou sortaient pour des visites. Une d’entres elles, sortant
de visite, nous raconte ce que leur a dit le retenu « nombreux refus de
s’alimenter hier et aujourd’hui, une tentative de suicide le matin même,
une forte tension dans le centre ». Encouragements de leur part pour
notre action de soutien aux retenus.
Un camarade téléphone dans le
centre, les retenus du CRA n°1 organisent une réunion et nous demandent
de rester mobilisés. Par la suite, dans une tension permanente nous
avons été raccompagnés quasiment jusqu’au RER.
Certes, nous n’étions pas nombreux, mais il est impressionnant de voir
comment même à quelques dizaines, notre présence a un sens du moment que
notre visite est perceptible de l’intérieur du centre, de plus les flics
pris par surprise multipliaient les ordres contradictoires et
improvisaient, ce qui rendait les situations un peu comiques par moment !
Nous n’avons pas le rapport de force et nous ne l’aurons pas de sitôt.
Surtout s’il s’agît bêtement de compter le nombre de manifestants.
Certains jours les retenus ne sont probablement pas plus de trois à
commettre un acte de résistance quelconque. Il n’y en aurait plus
qu’un, cela vaudrait toujours le coup de le soutenir plutôt que rien.

Nathalie

Dimanche 10 février 2008

Ce midi, nous avons refusé de manger. La date de péremption de la nourriture est aujourd’hui. Nos proches ne peuvent pas nous amener à manger dans le centre. Les policiers disent que c’est interdit. C’est marqué dans le règlement.
Nous devons aussi acheter nos cigarettes dans le centre. _ On ne peut pas nous en amener de l’extérieur.
Nous devons tout consommer dans le centre.
Il y a un distributeur de café, de soda et d’autres bricoles à grignoter.
On en dépense de l’argent ici.

Lundi 11 février 2008

Aujourd’hui, ils ont ramenés des gens, ils en ont libéré d’autres.
Hier ils ont contrôlé toutes les chambres pour savoir s’il restait de la place de libre.
Ils disent que certains lits ne sont pas occupés.
Je ne les crois pas. Le centre est plein et ils le savent.
Hier midi personne n’a mangé. Ils nous ont donné des tomates, des cornichons et de la viande qui n’était pas hallal.
Les gens n’ont pas le moral.
Plus personne ne descend dans les salles communes. Le réfectoire et la salle télé sont vides.
Les gens restent dans leur chambre. On sort s’asseoir dehors entre 14 et 16 heures quand il y a du soleil.
Je suis là depuis 18 jours et je suis fatigué.
J’ai envie de sortir.

nuit du 11 au 12 février 2008

A 1h25 du matin, nous recevons un coup de téléphone de quelqu’un avec qui nous sommes en contact à l’intérieur du centre

Tout a commencé vers 11h30 suite à une provocation de la police.
Nous étions dans la télé. La police a éteint la télé sans rien dire, sans explication.
On a demandé qu’ils la rallument. Ils n’ont pas voulu. Le ton est monté très vite.
Ils ont voulu prendre une personne pour la mettre en isolement. On a empêché la police de le prendre.
Ils nous ont demandé de monter dans les chambres pour le comptage, on a refusé.
Alors, ils sont revenus en nombre. Ils étaient plus de 50. Ils y avaient des CRS et des policiers.
Ils nous ont séparé en deux groupes puis ils nous ont tabassés dans l’escalier, dans le couloir dans les chambres. Je dirais qu’il y a cinq personnes blessées dont deux graves. L’un semble avoir le bras cassé, l’autre le nez cassé.
Pour celui qui a le nez cassé, ils sont rentrés dans sa chambre et ils l’ont tabassé. Il y a plein de sang dans sa chambre et dans le couloir. L’infirmier est venu et il a dit qu’il ne pouvait rien faire et qu’il fallait appeler les pompiers. Les pompiers sont venus. Ils ont emporté cinq ou six personnes. Certains sont à l’hôpital, d’autres sont en isolement, on ne sait pas trop.

Témoignage recueilli ce matin mardi 12 février 2008 à 11 h

Entre 3h30 et 4h, ils sont venus nous fouiller. Ils nous ont tous sortis dehors. Certains n’ont pas eu le temps de s’habiller. On a attendu une demi-heure dans le froid. Pendant ce temps-là, ils ont fouillé les chambres. Puis, ils nous ont fouillé 10 par 10. Quand nous sommes rentrés dans les chambres, on a trouvé un Coran déchiré et piétiné. Des chargeurs de portables détruits, les files coupés, des téléphones avaient disparus.

Mardi 12 février 2008

La personne que nous avons au téléphone nous explique qu’elle a été libérée. Avec elle, 17 autres personnes ont été libérées pour recevoir les résidents raflés du foyer de la terre aux curés.

J’ai parlé avec une personne arrêté au foyer dans le XIIIe. Il ne vivait pas au foyer, il était venu voir son cousin. Il m’a dit que la police a défoncé toutes les portes.

Cette nuit lors du comptage, ils ont appelé les CRS de peur que l’on se révolte à nouveau. Il ne s’est rien passé.

Mercredi 13 février 2008

Aujourd’hui, la police des polices (IGS) est venue dans le centre. On a témoigné contre les policiers qui ont tabassé les mecs et pour le coran déchiré. On attend maintenant de voir comment ça se passe.

Quatre personnes sont toujours en isolement. Ils les ont pris quand il y a eu les violences. On ne peut pas les voir. On ne peut pas leur parler.

Vendredi 15 février 2008

Depuis l’arrivée des gens du foyer, le centre est archi-plein.
Tous les soirs, les CRS et un inspecteur sont présents pour le comptage.
Pour l’instant, c’est plutôt calme.

Lundi 18 février 2008

Rien de nouveau. C’est calme.
Deux personnes ont été libérées aujourd’hui.
Il y a des gens qui dorment par terre.

Les CRS ne viennent plus pour le comptage. Il y a seulement les policiers.

Ils ne restent que trois anciens qui ont participé à presque toute la mobilisation. Les autres ont pour la plupart été libéré. C’est difficile de parler avec les nouveaux. Ils sont déprimés. Ils viennent de garde à vue. Ils ont peur.

Dans l’autre bâtiment les gens crèvent de froid. Il n’y a plus de chauffage.

Mardi 19 février

CRA 1

On s’est réuni aujourd’hui, les représentants de chaque communauté étaient présentes. On pense faire une grève de la faim de quatre jours. Mais on veut que tous les retenus suivent.

Mercredi 20 février

A midi l’ensemble des détenus du centre n°1 ont refusé de manger,
débutant ainsi leur grève de la faim. Ils se sont réunis pour écrire un
communiqué qui sera remis à la Cimade avec la signature de l’ensemble
des retenus et qui nous a été dicté au téléphone.

Hier soir, on a fait une réunion, on est resté longtemps, on a parlé de la grève de la faim. Ce matin on a parlé avec les maliens, parcequ’il faut qu’on soit tous solidaires. On essaie d’organiser les choses.

On s’est mis d’accord sur quatre jours pour le grève.

Après on a fait la lettre pour la cimade et là ma chambre c’est comme un bureau, tout le monde vient la signer !

On essaye de contacter les gens de l’autre centre pour qu’ils suivent.

On a commencé la grève de la faim ce midi. Personne n’est allé manger. Six policiers sont allés voir les Chinois pour leur dire de manger. Ils ont refusé. Après, on s’est regardés et on a rigolé.

Communiqué des grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes, le mercredi 20 février 2007

Nous avons l’honneur de vous informer que l’on vit une situation très difficile et catastrophique. Le manque de la moindre des choses, la nourriture, les chambres sans chauffage, pas d’eau chaude, l’hygiène, les provocations des services de l’ordre et la chose la plus importante : la privation de notre liberté. Dans le centre de rétention des chambres ont été incendiées. Un coran a été déchiré par les CRS. On a pas eu de réponse satisfaisante à notre égard de monsieur le procureur de la république. Après notre témoignage, c’est comme si rien ne s’était passé. Quand nous sommes malades, les médecins ne nous donnent que du doliprane et des cachets pour dormir. On a 90% des détenus qui sont musulmans, ils nous servent de la viande pas hallal. Après trop de demande et des grèves, personne ne nous a écouté. Le manque de courtoisie bien que nous sommes dans un centre de rétention et pas pénitentiaire, mais c’est le contraire qu’on subit et de cela on garde un sentiment de mépris.
Pour toutes ces raisons nous demandons à tous les medias qu’ils soient au courant et qu’ils écoutent les témoignages des retenus. Nous exigeons notre libération et nous commençons une grève de la faim qui durera un délai de 4 jours. Notre place n’est pas ici mais dehors.

Les grévistes de la faim du centre de rétention de Vincennes

(texte dicté au téléphone depuis le centre de rétention de Vincennes)

Jeudi 21 février

Matin

Cette nuit, ils ont déchiré ma carte. Ma chambre est devenu un bureau. Les gens viennent pour signer le texte ou quand ils ont besoin d’un renseignement, d’une information. Alors, j’ai collé ma carte sur la porte avec de la confiture pour que les gens sachent que c’est içi. Le matin, je l’ai retrouvée par terre déchirée. Ils ne m’aiment pas. Un policier m’a bousculé dans les escaliers. Je lui est demandé de s’excuser. Ils m’ont mis en isolement.

Après-midi

On a arrêté la grève. La police est venu parler aux gens. Une trentaine de personnes est allée manger, cela a cassé le moral des autres.

Vendredi 22 février

Un sénateur UMP et un journaliste sont venus nous voir.

Samedi 23 février

On s’est mobilisés parce qu’une personne a dépassé les trente deux jours et ils ne le libéraient pas. On est passés dans toutes les chambres pour expliquer la situation. On est tous descendu à l’accueil. On a tapé sur les tables, on a crié « liberté ». Le chef du centre est descendu et il a demandé pourquoi on faisait cela. On a expliqué le cas. Il a dit qu’il allait téléphoner à la préfecture. Une heure après il est redescendu et il a dit : « Tu peux aller chercher tes affaires, tu es libre ».

dimanche 24 février 2008

MELUN, - Intervention des gendarmes mobiles au centre de
rétention du Mesnil-Amelot (AFP)

Plusieurs dizaines de retenus du centre de rétention
du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) ont refusé dimanche
soir de regagner leurs dortoirs, ce qui a occasionné
une intervention des gendarmes mobiles, a-t-on appris
lundi de sources concordantes. Environ 70 retenus
selon l’un d’eux, une quarantaine selon une source
officielle, ont refusé peu avant 20h de rentrer à
l’intérieur des bâtiments. "Hier, nous nous sommes
installés dehors avec des matelas pour passer la nuit,
le commandant a dit qu’il ne voulait pas qu’on dorme
dehors. On a dit qu’on ne voulait pas rentrer parce
que les locaux sont infects", a raconté par téléphone
à l’AFP un retenu. Des gendarmes mobiles sont
intervenus vers 22h pour faire réintégrer leurs
dortoirs aux retenus, en les "poussant" selon la
préfecture, en les "frappant" selon le même retenu.
Deux d’entre eux ont été conduits à l’hôpital, l’un
parce qu’il se plaignait de "maux de tête", l’autre en
raison d’un "problème à l’épaule, où il avait déjà une
broche", selon la préfecture. "Ils ont réintégré le
bâtiment à 3h avec un certificat attestant de la
compatibilité de leur état de santé avec la
rétention", a-t-on assuré de même source.

Lundi 25 février 2008

Les retenus du centre de rétention de Vincennes CRA 2 ont commencé une grève de la
faim. Ils ont écrit une lettre au commandant où ils demandent leur libération et
dénoncent les conditions de rétention. Ils ont crié et manifesté toute la nuit.

Plusieurs sénateurs sont venus nous voir. Il y avait aussi François Hollande. Nous avons parlé avec lui.

Mardi 26 février 2008

Lettre des retenus du CRA 2 au commandant du centre de rétention de Vincennes

Monsieur le chef du centre,

La France a toujours été un pays d’asile et il le restera pour toujours. Elle a
payé trop cher pour défendre les droits de l’homme et la liberté. Voilà le
sujet de notre demande Monsieur le chef de centre. Nous sommes tous des
travailleurs et nous participons à l’enrichissement de notre deuxième pays qui
est la France. Nous avons tous la volonté de s’intégrer dans son système
économique et social car nos attaches à la France sont énormes donc nous
demandons par le billet de cette lettre notre liberté pour que nous puissions
régler nos problèmes extérieurs avec sérieux, pour demander notre
régularisation et le traitement attentif et humanitaire de nos dossiers. En
conclusion, nous vous informons que les conditions sont pénibles. La nourriture
est immangeable et presque périmée. Il y a un seul traitement pour toutes les
maladies qui est le Di-antalvic. On compte beaucoup monsieur le chef sur votre
côté humanitaire en attendant une réponse favorable, veuillez agréer
monsieur les salutations les plus distinguées. Merci, les détenus du centre.

dictée par téléphone depuis le centre de rétention de Vincennes le 26/02/08

Mercredi 27 février 2008

19h CRA1

Aujourd’hui, 2 maliens se sont fait expulser au CRA 1.
Ils viennent d’afficher que demain, il y aura 12 expulsions vers le Mali,
l’Algérie et la Turquie.
Hier, nous avons été 18 personnes à être convoquées devant le consul. Ils
nous ont emmenés jusqu’au centre de rétention du Mesnil-Amelot où se
trouvait déjà le consul. Ils nous ont transféré en car, mais ils ne nous
ont pas attaché pendant le transport. Nous ne sommes restés que 2-3
minutes chacun avec le consul. Pour l’instant ils ne nous ont rien dit.

J’attends de voir ce qu’il va se passer pour moi. J’en suis à mon 15ème
jours de rétention. Je passe vendredi ou samedi devant le juge car le
précédent m’avait maintenu jusqu’à samedi 16h40. Le tribunal administratif
a déjà refusé mon recours.

Nous lisons l’article de Libération du 25 janvier 2008

C’est la deuxième fois que je passe par ce centre. La première fois j’y
suis entré le 29 novembre et sorti le 31 décembre. Je confirme les
violences qui ont été commises par les policiers.
Hier soir la plupart de ceux qui ont entamé une grève de la faim, ont
mangé. Il reste une vingtaine de personnes en grève.
Des journalistes sont passés au centre suite aux manifestations que nous
avons faites jusqu’au 25 février.

Je connais un monsieur ici qui est malade. Il a mal au ventre depuis qu’il
est entré dans le centre. Il a des enfants nés en France. Il est passé
devant le juge des libertés mais il ne l’a pas libéré. Il est passé devant
le tribunal administratif mais il est toujours là. De toutes manières le
juge n’écoute même pas les avocats.

CRA 2

Tout le monde ici est déprimé. Cela fait 4 jours que je suis en grève de
la faim.
Hier, on a parlé avec le commandant. On veut soit être libéré, soit être
expulsé, mais nous ne voulons plus être prisonnier dans le centre. Il a
bien eu notre lettre de doléances et l’a envoyé au préfet.
Il y a beaucoup d’expulsion par jour.
Nous n’avons peut être pas de papiers mais nous avons des droits.

À l’infirmerie, quoi qu’on ait comme maladie, ils nous donnent toujours le
même médicament : diantalvic.
Personne ne nous donne de renseignements.
La police est partout.
À minuit, ils nous comptent. Ils tapent dans les portes. Ils entrent. Ils
fouillent les chambres. Ils se foutent de savoir si les gens dorment.
Certains ne savent même pas qu’ils vont être expulsés. En principe ils
doivent prévenir les gens 72 heures avant. Mais nous ne sommes prévenus
que la veille. Et il arrive que les policiers viennent chercher les gens à
5 heures du matin pour les emmener à l’aéroport et les expulser sans
qu’ils le sachent.
70 % des personnes du centre sont expulsées. Dans mon bâtiment, ils
expulsent surtout des Maghrébins .

Au sujet du texte que nous avons rédigé hier, le commandant nous a affirmé
l’avoir envoyé au préfet. Il nous a dit qu’il n’y aura pas de réponses
favorables.
On a demandé à voir un responsable mais personne ne répond à notre demande.
On essaye avec des collègues de faire exister une mobilisation.
Une personne fait la grève de la faim depuis 28 jours. Moi je suis en
grève depuis 4 jours.

Certaines personnes sont en danger dans leur pays. Si elles rentrent,
elles risquent d’aller en prison pour des années, d’autres peuvent se
faire tuer ?
Les gens ont peur. Ils ne veulent pas se battre. Ils sont trop déprimés.

Jeudi 28 février 2008

CRA 2

Avant ils nous réveillaient à 3h du matin pour le comptage ; maintenant
c’est à 18h. Certains continuent la grève de la faim, ils sont très
fatigués ; moi j’ai fait la grève lundi, mardi, mercredi et j’ai arrêté
car il y a eu des pressions du commandant et ils nous disent que de toute
façon cela ne sert à rien.
Ce matin 2 maliens du foyer de terres au curé ont été expulsés d’Orly ;
ils ont appelé du Sénégal pendant leur transit. Ceux d’hier sont revenus
au centre. Demain il y aura 2 autres expulsions. Il a été voir le consul
mardi et pour l’instant il n’a pas la réponse ; il sera au TGI demain.

CRA 1
Les détenus parlent d’un climat plutôt calme à l’intérieur du centre. Les
fouilles ne se passent plus au milieu de la nuit, mais au guichet où ils
donnent leur carte pour le dîner. Les fouilles se font donc tous les
soirs, avant le dîner, vers 18h.
Chaque jour il y a des expulsions, le nom des personnes ainsi que le
numéro de vol et l’horaire de départ sont affichés dans un tableau entre
20h00 et 22h00. Aujourd’hui 9 marocains ont été expulsés, demain
l’expulsion de 2 maliens avec escale à Casablanca est prévue.
Hier un jeune Algérien de 27-28 ans a tenté, pour la seconde fois, de se
suicider. Il s’est pendu avec les lacets de son blouson. Il l’a fait dans
la nuit, vers 2h mais il ne c’est pas rendu compte qu’il y avait une
caméra devant lui et donc les policiers sont tout suite intervenus, l’ont
gardé pendant la nuit et puis l’ont laissé retourner dans sa chambre.

Il nous a dit qu’il en avait marre de rester enfermé ; soit ils le
relâchent ou soit ils le conduisent au bled, mais c’est ici, enfermé,
qu’il ne veut pas rester. Il est dans le centre depuis 12 jours.
C’est le harcèlement quotidien dans le centre qui est dur : les personnes
qui doivent aller au TGI à 10h00 sont réveillées à 6h du matin.

Texte envoyé par les détenus de CRA 2 de Vincennes

Tous les détenus du centre de rétention de Vincennes
Objet : Appel d’urgence
Sauver les principes de la France

Au secours, au secours, je suis le droit de l’homme
ma vie est en danger. L’homme est devenu un chiffre.
L’homme est chassé dans les gares, dans son lieu de travail
et dans les lieux publics.
Arrêtons ! Arrêtons la chasse à l’homme ! c’est urgent !
Attention ! j’entends un cri ! D’où vient-il ?
Il approche, c’est un demandeur de secours.
Est ce que j’ai entendu LIBERTÉ ?
Je m’approche de lui, oui c’est la LIBERTÉ qui est en danger.
Qu’est ce qu’elle dit ?
Elle dit « c’est fini ! c’est fini ! ma vie est partie.
Je n’ai plus de vie ici avec un système Sarkozy. »
J’ai pris ma soeur et je suis parti.
Mais on entendait beaucoup de cris de demandeurs de secours.
Tout le monde crie. Les oiseaux crient, la nature aussi.
On dirait un nouveau Tsunami et tout ça dans un pays de fraternité,
d’égalité et de liberté

Lundi 3 mars 2008

CRA 2
Il nous raconte qu’il y a déjà 4 personnes du Foyer Terre aux Curés qui
ont été expulsées et que 11 sont toujours à Vincennes.

Je suis passé au TGI de cité de matin. J’ai appelé mon avocat, mais il
n’a pas voulu venir. Le juge m’a dit que sans avocat il ne pouvait pas me
faire sortir.
La plupart d’entre nous sommes passés par plusieurs tribunaux et nous
avons aussi rencontré le Consul.
L’atmosphère au centre est plus calme, même si la nuit, les bruits
continuent.
J’ai fait trois jours de grève de la faim, mais si on est que trois, c’est
difficile.
Les policiers disaient aux personnes que l’on mangeait alors que nous ne
mangions pas.
Il faut être beaucoup pour que les policiers se rendent compte que nous
faisons la grève et qu’ils nous écoutent.
Les vols pour demain n’ont pas encore été affichés.

6 mars 2008, Vincennes CRA 2

Le contact de Terre aux Curés nous confirme que les derniers sont tous sortis.

Il y a deux jours, un mineur de 16 ans est arrivé

On nous le passe.

J’ai dit aux flics que j’étais mineur et de m’emmener dans un centre pour
mineurs, mais ils m’ont emmené à l’hôpital ; le médecin a dit que j’avais
18 ans mais moi je suis mineur. Ils m’ont fait un test osseux pour
vérifier

je suis malade, j’ai travaillé 3 ans et demi dans la construction et
depuis j’ai mal au dos. Ici j’ai mal.
L’infirmière elle te prend juste la tension. Elle te donne rien du tout.
La nourriture c’est n’importe quoi, ils nous ramènent des trucs périmés.

Vendredi, tout le monde a déchiré les cartes d’identification. Samedi ils
en ont refait des nouvelles où ils demandent la photo d’identité. Le
capitaine a dit qu’il y aurait pas de nourriture, pas de visite et pas de
médecin si on prenait pas la carte. Une cinquantaine de personnes n’ont
pas mangé samedi.

Moi j’ai été arrêté deux fois. Une fois à la préfecture de Chartres alors
que j’allais faire une demande. une autre fois, à la sortie du métro Jules
Joffrin.

Ils nous comptent 3 fois par jour.

Dès fois, on est 5 au lieu de 3 dans la chambre.

Ils ont ramené grave de monde ce week-end. Ca a chauffé parce qu’ils
voulaient nous mettre à 5 par chambre. Les flics ont sorti leur bâton, il
y en a même un qui est rentré avec son pétard. Le capitaine l’a même fait
sortir.

2 personnes étaient en train de fumer vendredi soir dans les couloirs. 2
flics sont passés leur ont dit de sortir. Ils ont dit OK. Une flic lui a
quand même arraché violemment la cigarette de la main. Le retenu a poussé
la flic, et tout de suite l’autre flic lui a mis une droite au visage.

Cette flic-là elle a particulièrement la haine. Elle passe toujours pour
créer des problèmes. Même le commandant nous a dit ce week-end qu’elle ne
remonterait plus. Ils ont du voir la vidéo où elle a voulu que le mec
écrase sa clope sur sa main.

Vendredi tout le monde a déchiré les cartes sauf les Hindous. On les a mis
dans un sac et on l’a balancé à la tête des flics à l’accueil. Ils ont mis
2 personnes à l’isolement. Ils les prennent pas au hasard. Ils prennent
ceux qui parlent bien français. Pour eux, c’est les meneurs. Par exemple,
moi ils ont dit que j’étais un meneur parce que je parlais avec eux au nom
de tout le monde. Ceux qui parlent français, c’est comme les haut-parleurs
des retenus.

Dès fois, ils les gardent longtemps en isolement, dès fois ils les sortent
rapidement. La dernière fois, ils ont relâché un mec parce que tout le
monde a refusé de rentrer.

Vendredi, tout le monde a refusé de manger et le lendemain, certains n’ont
pas continué donc on a arrêté ça servait à rien.

L’autre jour ils nous ont tous rassemblé dans le réfectoire pour nous
compter. il y avait pleins de flics et des chiens. On dirait qu’ils
cherchaient quelqu’un qui s’était barré, mais ils nous disent rien, car
sinon ça serait la porte ouverte pour nous. Ils le savent.

Pour la première fois, samedi, j’ai entendu l’alarme qui venait du CRA 1.
J’ai vu une quinzaine de flics courir par là bas. On sait rien de ce qui s’y
passe.

En ce moment ils mettent que des coups de pression. Ils nous traitent
comme des chiens, comme si on était là parce qu’on avait fait des
conneries. Ils passent dans les chambres la nuit soit disant pour chercher
des gens, mais en fait c’est que des coups de pression et de provocations.
Au lieu d’aller direct dans la chambre du mec qu’ils cherchent, ils font
toutes les chambres, une à une.

Par exemple, ils sont entrés dans ma chambre ; comme j’ai les cheveux longs
ils se sont foutus de ma gueule. Quand je leur ai dit que le type qu’il
cherchait n’était pas là ; ils ont répondu « fermez vos gueules et montrez
vos cartes ». Ici, il y a des flics ils ont la haine. Je sais pas si c’est
des fachos ou quoi, mais en tout cas, ils ont vraiment la haine contre les
immigrés. Il y en a des gentils et les pires je sais pas pourquoi c’est
ceux qui sont d’origine étrangère.

Ici c’est impossible de dormir. Ils passent dans les chambres pendant la
nuit, claquent les portes. Il y a la brigade canine, c’est des aboiement
des chiens à partir de 4- 5h du matin. Il est situé du côté du CRA1. Eux,
ils ne doivent pas dormir de la nuit. Le matin c’est le micro.

Dans les chambres, il y a des odeurs incroyables ; dans les chiottes tu
peux attraper n’importe quelle maladie. Tu verrais la douche, les
couloirs, le réfectoire tu n’en croirais pas tes yeux.

Voilà ici c’est comme le pénitencier.

Dimanche 6 avril 2008

CRA 1
Message reçu du CRA de Vincennes dans la nuit de samedi à dimanche

Bonjour,
Je vous informe qu’à partir de demain matin il y aura une grève de la faim au
CRA de Vincennes, pour revendiquer le fait que leur dossier soit mieux traité
par l’administration, etc., et ceci pour une durée illlimitée dans les deux CRA.
Cette décision est issue d’une AG qui a eu lieu ce soir.

Cette AG a dû se tenir à la suite du rassemblement devant le CRA, à l’issue de
la manif UCIJ/RESF, de quelques 250 personnes qui sont ensuite parties en manif
jusqu’au pont de Joinville - juste de l’autre côté du RER - d’où aurait « sauté » un
sans papier poursuivi par la BAC de Nogent.

nouvelles du CRA 1 dimanche matin (Contact avec un retenu du CRA 1)

effectivement il me confirme la décision collective de commencer une grève de la
faim mais son sentiment personnel est que ça ne va pas prendre et que ce n’est
pas un bon moyen parce que les flics s’en foutent et les laisseront mourir, selon
ses propres mots ! Il m’a cité pour exemple comme quoi leur vie ne vaut rien,
un évènement d’hier ou d’avant hier matin : il a trouvé un
retenu inconscient dans la salle de bain, il a appelé les flics, les
flics ont dit que l’infirmerie était fermée et n’ont pas appelé de
medecin, et selon ses mots ils l’ont pris comme un « mouton » (j’imagine
qu’il voulait dire trainé) ils n’ont pratiqué aucun geste de secourisme
malgré l’insistance des retenus, puis ils l’ont mis en cellule et
expulsé quelques heures après...

Ils ont essayé ce matin de s’opposer aux expulsions d’aujourd’hui (une
dizaine) en manifestant et notamment en déchirant leur carte mais il y a
eu une réaction très forte de la part de la police, les flics ont
sortis matraque et gazeuse et ils n’ont rien pu faire.

Nouvelles du CRA 2 dimanche après-midi (communiqué du 9ème collectif)

Encore des violences policières au Centre de rétention de Vincennes
Une fois de plus. Une fois de trop

Au moment même où, à Joinville-le-Pont, se rendait l’hommage à Monsieur
Baba Traoré, sans-papiers mort en tentant d’échapper à la police, nous
apprenions qu’à quelques mètres de là, au CRA de Vincennes, soixante
personnes en grève de la faim depuis hier, subissaient une répression
incroyablement brutale.

Ce soir, la police a décidé de faire cesser la grève de la faim de force.
Les grévistes ont été sortis de force de leurs chambres, pour être
conduits au réfectoire, et empêchés de sortir dans la cour, et de regagner
leurs chambres. Comme il protestaient, les policiers les ont copieusement
matraqués. Deux personnes d’origine egyptienne ont été menottées et
reconduites ailleurs. Une personne qui se trouvait encore par terre -
apparemment victime d’une crise cardiaque - a été transportée à l’hôpital.
Trois ont été envoyées à l’infirmerie. L’un aurait le bras cassé. Nombreux
ont des bleus, y compris des cocards aux yeux. Etc.

De nouveaux renforts policiers, CRS ou garde-mobiles, casqués, sont
arrivés sur les lieux, afin de poursuivre la répression.

Nous dénonçons cette répression et appelons à la solidarité avec les
détenus dans les camps de rétention.

Lundi 7 avril 2008 au soir

Cra 1 Vincennes

Nous téléphonons à un retenu dans le contexte
des évènements particuliers qui ont eu lieu ces deux derniers jours dans
les deux centres, résistance collective prenant diverses formes : grève
de la faim, affrontements avec les flics, tentatives collectives
d’empêcher des expulsions...

Tout le monde est fatigué.
On reste dans nos chambres. On sort juste pour aller chercher de l’eau,
pour fumer ou pour aller à la Cimade.
Certains d’entre nous sont en grève de la faim. D’autres mangent.
Moi je continue la grève de la faim. On ne sait pas qui continuent et qui
a arrêté.
Les gens restent dans leur chambre.

On sait qu’il y a eu des blessés dans le Cra 2 hier suite aux
affrontements.
Hier après, des égyptiens ont parler à des égyptiens de l’autre centre. _ On
a escaladé un muret. On leur a demandé ce qu’il s’était passé. On leur a
dit qu’on avait entendu des cris.
Les flics avaient utilisé leur matraque et des gaz lacrymogènes.
Dans notre centre, les flics nous disent qu’il ne s’est rien passé à côté.
Qu’il n’y a pas eu de blessés et que ça ne servait à rien de faire la
grève de la faim, que de toutes façons personne ne nous entend dehors et
ne saura ce qu’il se passe,de toutes façons, ils s’en foutent.

On leur lit la dépêche sortie dans le 20 minutes du jour même suite aux
affrontements

Ça c’est passé dans notre centre.

on leur lit aussi l’article sorti dans Le Parisien

Ca, ça s’est passé
dans l’autre bloc.
Le comportement des flics a changé depuis deux jours.
Maintenant, quand on leur demande du feu pour allumer une cigarette, ils
ne nous en donnent pas.
Depuis hier matin, ceux qui ont déchiré leur carte sont interdits de visites.
Avant, les flics disaient que ceux qui n’avaient pas de cartes ne
pouvaient pas manger au réfectoire. Maintenant qu’on fait la grève de la
faim, ils nous interdisent les visites.
Depuis deux jours, les flics sont plus tendus. La situation s’est aggravée.

On continue de se réunir. On se parle régulièrement.
On a décidé de se révolter en discutant entre nous. On ne supporte plus la
nourriture qu’il nous donne. Elle est dégueulasse.
Le centre est plein en ce moment.

Mercredi 9 avril 2008

Vincennes Centre de rétention n° 1

On revient un peu plus tranquillement sur les évènements de ce week-end
avec nos contacts au téléphone. Pas si tranquillement finalement parce que
la rage contenue est très perceptible cette fois-ci, dans la voix parfois
nouée de nos interlocuteurs, dans leurs récits par moment de leur
impuissance... Du dedans et au dehors, on tourne en rond, on se cogne contre
les murs, on cherche...
On les a informés de la manif de samedi prochain vers le centre de Vincennes...

La grève de la faim s’est terminée des deux côtés.
Des groupes mangeaient. Les gens ont commencé à en avoir marre. Tout le
monde prépare son audience ou sa sortie. Chacun regarde son cas. Ce
n’était plus collectif.
Tout s’est fini avec rien au bout

Néanmoins, on continue de se réunir même si on n’a plus revu les gens qui
avaient organisé la première lutte : les flics ont pris les fortes têtes
pour les mettre dans un autre bloc.
Un matin à 4 h, les gens qui savaient qui allait être expulsé nous ont
réveillés en passant dans les chambres. Les flics les ont vus avec leur
caméra.
Ils ont pris 2 personnes et les ont mises en isolement.
J’en ai revu un au tribunal de Cité quand j’y suis allé pour mon audience.
Quand ils l’ont emmené ce matin-là, ils étaient 5 sur lui.
Ils l’ont mis dans une cellule où il n’y avait que des toilettes. Il a
tout cassé dedans. Il a aussi cassé la caméra. Les flics ont flippé.
Ils sont venus frapper à la porte mais lui n’a pas répondu. Ils ont cru
qu’il était entrain de se suicider.
Lui a eu peur que les flics le frappent. Il s’est fabriqué un couteau et
il a attendu qu’ils ouvrent la porte. Le commandant est intervenu. Il est
venu lui parler. Il l’a mis dans une cellule avec 3 autres personnes.

Il faut penser la lutte autrement.
Les gens et les flics se foutent de la grève de la faim. Ils s’en foutent
des sans-papiers. Ils s’en foutent si on crève. Les gens bouffent des
lames de rasoir tous les jours, et on n’entend pas parler d’eux.
Les petits trucs qu’on fait ne valent pas le coup. Il faut vraiment foutre
le bordel pour avoir les moyens de leur mettre une vraie pression.
Quand j’étais dehors, je travaillais. Je cherchais juste un moyen
d’enlever mon stress. J’allais boire des verres après le travail. Je
sortais avec mes amis. Je me foutais du reste.Quand j’ouvrais un journal,
je ne m’intéressais qu’aux gros titres. Pour les gens c’est pareil.
Il faut que ça pète pour qu’ils s’y intéressent.

Depuis hier, les flics sont plus normaux avec nous mais ils continuent de
nous compter. Ils nous comptent à 12h et à 20h.
Ils ont une liste. On doit présenter notre carte à l’appel pour pouvoir
aller manger. On doit se représenter devant eux après avoir pris notre
plateau.

Les gens qui entrent ici n’ont aucune chance. Moi, j’ai 2 avocats, j’écris
des lettres, j’essaye de prendre en main mon cas. Mais de toutes manières
les juges s’en foutent. Ils ont des objectifs à atteindre. Ils ne
cherchent pas à comprendre.
Même si tu n’es pas expulsé, tu restes ici 32 jours alors qu’avant c’était
une semaine. Quand tu sors, tu as déjà tout perdu. Les gens n’ont plus
d’appartement parce qu’ils n’ont pas pu payer les loyers. Les gens n’ont
plus de travail parce qu’ils n’y sont pas allés.

Certains parmi nous ne savent ni lire ni écrire le français. Quand ils
vont chez le médecin pour un mal de tête ou parce qu’ils ont mal à la
jambe, le médecin leur donne un cachet pour les fous qui endormirait un
éléphant. Un homme, après en avoir pris, a dormi 24h.
Ils font ça pour nous endormir. Pour qu’on ne réfléchisse plus.
J’ai dit aux gens de ne pas prendre de cachets sans avoir vu la boîte. Il
faut que le médecin fasse une ordonnance aux gens pour qu’il existe une
trace de ce qu’il a donné. Mais les gens ne savent pas.

Beaucoup de flics ici sont des fils d’immigrés. Ils essayent de nous
amadouer pour qu’on reste tranquilles. Quand ils viennent me parler en
arabe, je leur réponds d’aller se faire foutre.
S’ils n’ont trouvé rien d’autre comme métier, qu’ils aillent se faire
foutre.
Aujourd’hui je me suis pris la tête ave un flic à propos de la télé. Je
lui ai demandé de changer de chaîne. La télé est en hauteur.Elle est
entourée de grillage et de plexiglas. On n’y a pas accès.
Lui m’a répondu : « Mais pourquoi tu veux changé de chaîne ? Tu ne peux
pas regarder qu’une seule chaîne ? »

La Cimade travaille avec les flics. Pour moi c’est la même chose. Quand
les nouveaux arrivent, ils demandent s’ils ont un avocat, s’ils ont fait
une demande d’asile etc ... Mais ils bougent tous dans le même système.
Ils ne peuvent rien faire pour nous.
Ils ne sont pas là pour nous défendre ni nous aider à sortir.

Aujourd’hui trois personnes du consulat algérien sont venus pour nous
reconnaître. On est le seul pays à envoyer trois consuls.
Ils m’ont parlé en arabe mais je leur ai dit que je ne comprenais pas.
Ils ont insisté mais je leur ai répondu que je ne comprenais pas leur
charabia.
De toute façon, ils font ce qu’ils veulent, ils ne font que des conneries.
Ils ont délivré des laissez-passer pour des marocains et des tunisiens.

Un mec pour refuser d’embarquer a eu une idée incroyable.
Il s’est chié dessus. Il s’est tout étalé sur lui-même.
Ils n’ont pas pu l’expulser. Ils l’ont ramené au centre. Le lendemain, ils
sont venus le rechercher. Ils l’ont attaché avec du Scotch et ils l’ont
enroulé dans du film plastique.
Ils l’ont pris et ils l’ont expulsé comme ça.
S’ils m’expulsent, je ferai tout pour revenir.

Ce week-end, quelqu’un s’est fait frapper à l’infirmerie.
Il avait subi une opération à la jambe. Il devait suivre un traitement.
Mais l’infirmière ne l’a pas cru. Elle n’était pas d’accord. Elle a appelé
les policiers à l’aide d’un bouton sous le bureau. Ils sont arrivés à une
douzaine. J’étais avec le monsieur dans l’infirmerie pour traduire.
J’ai essayé d’expliquer à la police que le monsieur n’avait rien fait mais
il m’ont attrapé et malmené.
Ils ont pris le monsieur. Ils l’ont isolé comme dans une garde-à-vue. Il
est sorti trois heures plus tard.
Une brigade est venue relever la première.
Il s’est plaint auprès d’eux que la précédente brigade l’avait frappé.
Ils l’ont jeté. Ils lui ont dit d’aller se plaindre à la Cimade. Un autre
gars traduisait à ce moment au monsieur.
Finalement ils sont partis et je me suis endormi.
Je me réveille à 4h30 du matin. Je me lève. Je regarde par la fenêtre.
Je vois des policiers qui prennent le traducteur et qui l’emmènent. Ils
l’ont transféré dans l’autre centre. On a essayé de s’interposer mais ils
ont appelé les CRS.
Quand à 5h30 on a voulu faire notre prière dans un des couloirs du CRA 1,
les CRS sont entrés en force. On leur a dit que s’ils ne voulaient pas
qu’on fasse la prière ici, on pouvait changer de place. Ils ont lancé des
bombes lacrymogènes.
Ceux qui dans les chambres dormaient encore ont presque étouffé.

Face à ça, des gars ont allumé un feu dans le centre mais ce ne sont pas
les pompiers qui sont intervenus. Ils nous ont envoyé des CRS.

Au CRA 2, des gens sont encore en grève de la faim. J’ai fait la grève de
la faim il y a une vingtaine de jours. On était 94 personnes. On a tous
arrêté. Parmi nous, une personne est restée 14 jours sans manger. Les
flics l’ont frappé. Il a porté plainte auprès de la Cimade.
On reste en contact avec l’autre centre. Quand ils transfèrent l’un
d’entre nous, on peut se téléphoner.
Il y a aussi un coin auquel on a accès où on peut se voir et se parler.

Après avoir déchiré leur carte, certains n’ont pas pu laver leurs vêtements.
Ils n’ont pas pu avoir de savon. Ils font ce qu’ils veulent de nous.

Il n’y a pas de problème entre nous. Même si on ne parle pas la même
langue, on est tous unis. On décide ensemble.

Nous avons manifesté samedi vers 17 h., pendant que vous étiez dehors.
On s’est rassemblés, on a crié L-I-B-E-R-T-É.
On a aussi crié des choses contre Sarkozy.
Mais on ne pouvait pas vous voir. Ils ont mis une bâche verte depuis une
vingtaine de jours pour qu’on ne puisse plus voir à l’extérieur.

Jeudi 24 avril

Témoignage d’un retenu du CRA1 de Vincennes

Il décrit d’une part comment les deux centres sont utilisés pour isoler
les personnes qui ont subi des violences et pour casser les solidarités
entre retenus. D’autre part, il témoigne du seul traitement administré
dans le centre de rétention : du doliprane.

Il raconte qu’un retenu s’est fait frapper par une vingtaine de flics

Il mange que hallal, la cuisinière l’a insulté, il a envoyé le plat qui
ne l’a pas touchée : il ne pouvait pas l’atteindre, il y a un grillage
entre les deux. La cuisinière a dit qu’il lui avait craché dessus ; vingt
policiers l’ont tabassé en dehors des caméras, il fait 1m50, il
était bien amoché, rangers sur le visage, ils ont essayé de lui casser
le poignet. Après, ils l’ont mis une heure en isolement. Ils lui ont mis
les menottes, beaucoup trop serrées : il est sorti avec les poignets
enflés. On lui a dit de porter plainte mais tout est en dehors des
caméras. Il nous a fait de la peine alors on s’est manifestés. Les flics
nous ont poussés, ont fermé le sas de protection pour l’administration,
ils nous ont dispersés. Après ils l’ont mis dans l’autre bloc (CRA2), on
était ensemble solidaires, là-bas il est tout seul avec de nouveaux
gens. La chef [de la police] disait que c’était lui qui remontait les
gens contre la police, mais c’est pas vrai. A chaque fois que quelqu’un
réagit, ils le mettent de l’autre côté.

Après, il raconte le travail de l’infirmière

A chaque affichage
[dates des expulsions], c’est la panique, le désespoir. Les gens tombent
malades et ils ne veulent pas appeler le Samu. Ils ne donnent que du
Doliprane. Pour un Egyptien, il souffrait, avait mal au ventre.
L’infirmière a donné un doliprane et a dit qu’il faisait semblant, qu’il
avait seulement une crise d’angoisse. Il continuait à avoir mal dans sa
chambre, alors on a insisté pour qu’ils appellent le Samu, ils voulaient
toujours pas. On a dit qu’il fallait pas qu’il meure, les flics ont
répondu qu’il avait vu l’infirmière et qu’elle prendra sur elle si il
meurt. On ne voulait pas qu’il meure et finalement ils ont appelé le
Samu. Il avait un rein bloqué, qui marchait plus(...). Il y en a un qui
est sorti au procès pour dossier médical.

Ils ne veulent pas qu’on rigole, qu’on parle entre nous. Il y a des
flics qui nous insultent. Ils cherchaient quelqu’un et ont demandé : « 
où est-ce qu’il est cet animal ? ».

Aujourd’hui y’a eu un vol pour le Maroc, ils ont scotché le gars comme
une chenille. Le commandant de bord a refusé de l’embarquer. Ce soir,
ils ont affiché son nom pour le premier vol de demain. Ils étaient une
vingtaine pour le prendre. Il fait 60 kilos, deux personnes, ça suffit.
Ils l’ont ficelé à 5h du matin, il pouvait pas aller aux toilettes, ni
avoir une cigarette, rien.

Hier à la visite, y’a une femme qui venait voir son mari. Ils ont
essayé de se suicider, ils ont pris des cachets. Il a été emmené à
l’infirmerie puis à l’isolement. On sait pas comment il va maintenant,
ils l’ont emmené à l’autre bloc ( CRA2).

mercredi 30 avril
deux sans-papiers retenus à Vincennes ont empêché leur expulsion vers Oran

De la famille et des amis sont venus informer les passagers de
l’expulsion de deux personnes sur le vol de Aigle Azur vers Oran
(compagnie française qui effectue de nombreux vols sur le Maghreb avec
des expulsés à son bord). De nombreux passagers se sont montrés révoltés
et choqués par la politique actuelle d’expulsion des étrangers, dès lors
pour nombreux d’entre eux la solidarité semblait aller de soi. Une
fois dans l’avion, avec les deux expulsés à bord, des passagers ont
donc manifesté leur mécontentement refusant de voyager dans ces
conditions, auprès de l’équipage et du commandant de bord, visiblement
énervé et difficile à convaincre, afin de faire redescendre les
expulsés. Au bout d’un certain temps sous la pression, le commandant a
accepté de les débarquer. Un passager à l’avant a raconté qu’il n’a pas
vu la scène mais qu’il a compris que c’était bon quand les passagers à
l’arrière ont applaudi. Les retenus ont été ramenés au centre de
rétention sans passer par la case prison. A partir du moment où le
débarquement est demandé par le commandant de bord et que les sans
papiers assurent qu’ils n’ont pas refusé l’expulsion, la garde à vue et
le procès sont évités. Mais il leur reste encore du temps en
rétention...

Encore une fois, la présence à l’aéroport a été efficace : elle a permis
de parler aux passagers à l’avance de ce qui les attendaient, de leur
dire la possibilité de refuser de voyager avec une expulsion en
protestant auprès de l’équipage et du pilote, et aussi de leur permettre
d’anticiper de façon plus collective sachant qu’ils étaient quasi tous
informés. Elle a aussi permis d’exercer une pression sur les comptoirs
de la compagnie aérienne en exigeant que le commandant de bord aille
parler aux expulsés au fond de l’avion. Elle nous permet à nous de nous
rendre compte que nous ne sommes pas seuls à « penser ce qu’on pense » !
Cette pratique qui enraye concrètement la machine à expulser peut être
faite par n’importe qui de façon simple... A nous de la diffuser...

jeudi 1er mai
100 personnes en grève de la faim à Vincennes

Une centaine de sans-papiers, détenus dans le camp pour étrangers de
Vincennes, ont entamé une grève de la faim, aujourd’hui 1er mai à 15h.

Leurs revendications :
- libération de tous les détenus ;
- arrêt de toutes les procédures juridiques et administratives ;
- dédommagement de tous pour le préjudice subi.

Ils expliquent ce troisième point. Leur arrestation suivie de leur
détention provoque de nombreux dommages : ils perdent leur travail ; ils
sont arrachés à leur famille ; perdant leur travail et leurs revenus, ils
peuvent perdre leur logement, etc.

- Ils revendiquent également l’accès aux médias pour pouvoir expliquer
leur situation et le sens de leur combat.
- Ils demandent aussi une assistance médicale pour le suivi de leur grève
de la faim.

Centre de rétention de Vincennes n° 2, communications téléphoniques du 15 et du 16 mai 2008

Ce témoignage revient notamment sur le mouvement de grève de la faim de début mai.
Nous tenons à rappeler que ces témoignages issus de longues conversations téléphoniques ne sont retravaillés que dans la forme, pour une meilleure lecture. A aucun moment nous n’interprétons la pensée des retenus. Ce qu’ils racontent traduit leurs regards sur comment ils vivent et ressentent concrètement le système et l’endroit d’où ils parlent, il ne nous appartient pas de savoir si c’est « la vérité », dans tous les cas c’est la leur...

jeudi 15 mai 2008

On s’est d’abord retrouvés entre africains de l’Ouest, aux alentours du 27 Avril après mon passage devant le juge des libertés. On s’est rassemblés par rapport à la situation au cra et à la politique mené contre les immigrés en général, pour informer les associations. On a discuté.
Le 1er mai on a tenu une assemblée générale pour un mouvement de grève de la faim illimité. On a parlé à toutes les communautés.

Moi et un autre, un congolais, on a rédigé une pétition avec nos revendications. Elles demandaient la libération de tous, l’arrêt de toutes les procédures, la demande de dédommagements, demande d’assistance médicale pour la grève de la faim, accès aux médias...
Contre la politique de Sarkozy-Hortefeux, contre la chasse aux sorcières, contre la privation de liberté.
Pour moi les centres de rétention sont des camps de concentration, je ne vois pas la différence, on nous enferme parce qu’on est étrangers comme dans des camps de concentration.

Ceux qui signaient la pétition commençaient la grève de la faim. 120 personnes l’ont signée, mais on a décidé que 20 personnes ne feraient pas la grève car ils étaient malades.

Nos slogans restent donc : la liberté, la fermeture des centres de rétention, contre l’immigration choisie, pour une France des droits de l’homme, avec du cœur.

Pendant la manifestation du 4 Mai on est sortis dans le jardin avec des tissus blancs, on a crié des slogans.

Vers le 6 mai on a arrêté la grève de la faim, on s’est rendu compte des limites.

On déplore notre condition au centre : les pressions, les humiliations, la longueur du temps de rétention...

Ce qui poussent certains détenus à des actes de désespoir tel que des suicides par lame de rasoir, des gens qui s’entaillent les bras etc.
Ces actes de désespoir surviennent souvent lorsque les détenus craignent d’être expulsés.
Parfois cela leur évite vraiment d’être expulsés. Mais ce n’est pas une méthode, vous vous rendez compte jusqu’où certains sont obligés d’aller pour tenter d’éviter l’expulsion ? Le pire est qu’on ne leur laisse que cela. Tout le monde se raconte les trucs qui marchent et ne marchent pas et donc le fait que certaines personnes qui se soit « fait mal » ne soient pas expulsées, encourage d’autres personnes à faire la même chose. C’est un cercle infernal de désespoir. Moi je ne suis pas d’accord, je pense qu’on ne peut pas mettre notre vie en danger. On doit trouver d’autres moyens.

En tout, depuis que je suis au centre, il y a eu au moins une dizaine de personnes qui se sont soit coupées les veines, soit entaillées les bras, soit qui ont avalé des lames de rasoirs ou des clous, se sont entaillées les jambes, un mec avec préparé une potion à base de savon...Des personnes de toutes les communautés confondues.

On est regroupé par communauté, par exemple la chambre 2 ce sont les indous. La chambre 3 les chinois - ce sont les plus timides en général - la 10 les africains, la 32 les arabes...

Le problème de division et renfermement entre les communautés est réel.
Les flics poussent à cela, ils sabotent les mouvements de solidarité. Les flics essayent d’être amis avec certains et leur demande d’être dociles, tranquilles ... ils pratiquent le chantage. Souvent les flics qui parlent arabes vont parler aux arabes en leur disant de ne pas nous écouter nous les africains. Il y a parfois des bagarres encouragées par les flics.

Mais le plus gros problème en fait avec la question des communautés c’est le barrage de la langue, notamment avec les chinois et les hindous. En fait dans le mouvement on a fait une erreur, on aurait dû nommer un ambassadeur par communautés afin de mieux communiquer entre nous.

Il faut qu’il y ait un maximum de relais entre les gens autant à l’intérieur qu’a l’extérieur et entre les différents centres de rétention.

Le 6 Mai deux députés européens sont venus au CRA voir nos conditions de vies déplorables mais qu’ont t’ils fait ?

L’administration du centre est restée sourde et muette face à nos revendications.

Le commandant a menacé de porter plainte contre moi si je continue à organiser des assemblées et du bordel, je lui ai dit que je m’en fous, je n’ai pas peur des tribunaux. Je reste déterminé. On doit prévenir, anticiper, lutter pacifiquement.

Parfois on essaye de s’opposer à des expulsions, souvent c’est quand les gars nous ont vraiment ému sur leur histoire, par exemple il y a eu un pakistanais, il nous a dit que sa vie était gravement menacé la bas, donc on a essayé d’empêcher l’expulsion mais les flics ont appelé des renforts et après on n’a pu rien faire.

Vers le 4 Mai en 3 jours, il y a eu 15 libérations. Je me demande si c’était pour libérer des places ou grâce aux actions collectives et à leurs médiatisations.

Au CRA les personnes sont souvent renouvelées, bien sûr la police n’est jamais en rupture de stock de sans-papiers raflés...Le cra est constamment plein.

Les gens sont fatigués. Leurs conditions ne les aident pas pour un mouvement. Ils peuvent se décourager vite.
Les conditions alimentaires sont exécrables. Parfois périmés. Depuis 48 heures on a plus d’eau chaude
Tout est sale et abîmé. A l’infirmerie on leur donne n’importe quel médicament. L’infirmerie est ouverte une fois tous les deux jours.

Les flics nous questionnent souvent, nous gênent. Ils tournent régulièrement dans les chambres, ne nous laissent jamais tranquille. Parfois il y a des gars qui viennent que quelques jours, ils tournent dans les chambres et posent pleins de questions et ils sont libérés sans qu’on sache comment, je pense que ce sont des flics.

Quant à la Cimade, la première chose que te disent les autres détenus est qu’on ne peut pas leur faire confiance. Et c’est vrai car, ils ne font rien pour t’aider et dissuadent de faire quelconque mouvement de protestation.
C’est à cause d’eux que plusieurs personnes ont été expulsées car ils ont donné leur passeport, notamment récemment un jeune tunisien qui était en France depuis 15 ans.

J’ai demandé des contacts de médias à la Cimade, ils ont dit qu’ils n’en avaient pas. Ils ne m’ont pas donné non plus les articles de presse sur le mouvement comme je leur avais demandé, ils veulent toujours calmer les choses et forcement les articles de presse donnent du courage aux retenus pour continuer...Parfois, ils ont un discours pire que la police.

vendredi 16 mai 2008

Le règlement intérieur n’est pas respecté. Quand on demande une carte, ils vont jusqu’à aller contre le règlement.
Selon le règlement intérieur, ils doivent nous remplacer notre carte de retenu quand elle est abîmée ou déchirée. Mais parfois ils ne veulent pas nous la remplacer. Ils utilisent le règlement que lorsque ça les arrange.

Nos droits ne sont pas respectés. Quand il s’agit de respecter nos droits dans le centre comme aller chez le médecin, pour une visite ou aller à un rendez-vous à la cimade, c’est tout juste s’ils nous appellent, parfois on n’entend même pas notre nom. Alors que lorsque c’est pour passer devant le juge ou pour nous expulser, ils n’hésitent pas à venir nous chercher partout deux heures avant. Ils vont jusqu’à ouvrir toutes les portes des chambres alors qu’ils savent pertinemment où nous nous trouvons.

Les gens sont mal informés. Quand la Cimade est fermée (elle ouvre à 9h du matin jusqu’à 13h30, et de 14h à 17h et est fermée le week-end), la procédure de recours au jugement est entachée. Nous n’avons que 24h pour faire appel de la décision de justice qui nous maintient en rétention. Moi je sais faire les appels mais si nous ne pouvons pas accéder au fax, les recours ne peuvent pas être envoyés à temps. Quand le groupe de l’après midi revient du tribunal, la Cimade est fermée, donc pas de fax.

De plus, L’appel n’est pas suspensif. Alors que dans certains cas, la décision de justice est la remise en liberté et les gens sont quand même maintenus en rétention.

La pression psychologique et physique est énorme et permanente. Quand on ne présente pas notre carte de retenu, on peut être violenté.
Un jeune homme faisait du sport dehors à 6h du matin. Un policier vient lui demander sa carte. Il lui répond qu’il l’a laissé dans sa chambre. Le policier l’attrape par la nuque et le pousse au sol en lui réclamant sa carte et en l’insultant.

Ils ne sont pas polis avec nous. Ils nous insultent. Ils nous disent qu’on n’a rien à faire en France. Et que si on vient ici on doit se plier aux règles du jeu. On leur répond qu’on ne se plie pas aux rancœurs et à la haine.

Pour moi, on est une sorte d’expérimentation pour l’école de police. Ils font des expériences sur nous.
Et puis il y a les chiens d’un côté du centre, ils aboient toute la nuit avec le même cri de chien comme si c’était un disque, c’est insupportable.

Ce soir on va organiser une assemblée avec les gens qui viennent d’arriver. On va les informer du règlement, des conditions de vies dans le centre et du mouvement.

mardi 20 mai 2008 Vincennes CRA 1

J’essaye de parler avec les gens pour qu’ils refusent le vol, pour
qu’il y ait un cumul de refus de vols chez les sans papiers expulsables.
Il y trop de bruit, ils nous réveillent a 2h du matin, pour expulser
les gens à 4h.

Les expulsions, convocations au tribunal, et les audiences avec les
consuls sont affichées sur un tableau.

C’est le même produit qui fait bain de bouche et qui désinfecte les
plaies. C’est interdit de ramener des médicaments dans le centre, donc
ceux qui sont malades ne peuvent pas le faire. Un diabétique a été
amené menotté à l’hôpital. Tout le monde a des boutons sur le corps,
des allergies à cause de la nourriture. Les haricots sont
déconditionnés de leur boites de conserve et reconditionnés dans des
barquettes plastique pour falsifier la date de péremption.
Les appels au haut parleur commencent à 6h du matin pour appeler les
gens, ce qui réveille tout le monde.

Ces derniers jours il n’y a pas eu de réunions entre les détenus.
C’est difficile de se rassembler, car il y a plusieurs nationalités,
âges, mentalités, il y a des gens qui ne parlent pas français.
Il y a des gens qui se blessent avec des couteaux ou autre chose parce
qu’ils ne veulent pas prendre l’avion. Un mec s’est gavé de
médicaments, il était inconscient, il s’est déshabillé devant tout le
monde, et avec un couteau il s’est blessé sur tout le corps.

[Concernant l’attitude des consulats] : Le consul égyptien ne délivre
pas de laissez passer à ceux qui n’ont pas de passeport. Pour les
Algériens c’est le contraire : je suis algérien j’avais pas de
passeport, j’ai donné toute mes références (nom, âge...) et la
consulat a donné le laissez passer.

Le consul vient dans une salle spéciale qui lui est réservée dans le
centre. Pendant l’entrevue entre le détenu et le consul, le consul
essaye de piéger les gens, il demande au détenu s’il a un avocat, si
non il donne un contact qui se fait payer par exemple 2000 euros. Et
l’avocat et le consul se partagent le fric entre eux, et en échange le
consul ne donne pas de laissez passer [ce qui fait que le détenu sans
passeport ne peut pas être expulsé
]

Quand le détenu n’a pas de passeport, le consul devrait chercher des
info dans son pays d’origine pour vérifier son identité, ce qui prend
plusieurs jours. Mais en fait, il donne les laissez passer très
rapidement, donc il ne prend jamais le temps de faire ces recherches.
Un marocain qui ne veut pas rentrer au Maroc dit qu’il est algérien,
le consulat algérien le reconnaît comme ressortissant algérien. Une
fois en Algérie, il se fait emmerder par les flics algériens puis au
bout d’un certain temps il est renvoyé en France.

vendredi 23 mai 2008 Vincennes CRA 2

Mardi dernier je reçois un appel d’un leader associatif malien
représentant de la jeunesse malienne expatriée en France. Il a suivi
la grève de la faim, et la marche et il a demandé à me visiter. Il est
solidaire du mouvement. J’ai demandé une visite confidentielle selon
l’article 24 du règlement intérieur du centre qui stipule que tout
résident a droit à une visite confidentielle si les locaux le
permettent. J’ai fait la demande 72 h avant. J’ai aussi demandé selon
l’article 20 de rencontrer un responsable du centre pour faire le
point sur mon dossier. Les deux demandes ont eu une fin de non recevoir.
J’ai réitéré la demande auprès de l’agent qui me conduisait au poste
de visite, et une fois au poste j’ai demandé à nouveau. On m’a répondu
avec un ton sec, discourtois et déplacé que je dois faire comme les
autres. Elle était ignorante totalement du règlement. Elle a crié
elle était sortie d’elle même, elle a tout de suite pris la
responsabilité d’annuler la visite. Une dizaine d’agents m’ont emmené
en bas en sortant les muscles et en criant. Ils m’ont conduit de
force à l’accueil. 4 policiers gantés m’ont assis de force. Ils ont
mis leur gants juste avant. Ils m’ont insulté, menacé « tu vas voir
si tu te rebelles on va te faire voir, tu es à la base de
l’instigation du mouvement ». Toutes sortes d’insultes. J’ai été mis
en isolement pendant 30 minutes pour non respect du règlement
intérieur. Quand je suis sorti vers 18h j’ai réitéré ma demande et je
n’ai toujours pas de réponse à cette date [vendredi].

Brigade canine toute la nuit, les chiens aboient tout le temps, ils
empêchent ceux qui ont les chambres de ce coté de dormir. Les
projecteurs sont braqués sur les gens en permanence, dans le
réfectoire et les chambres. Ils sont tellement puissants qu’ils
traversent les vitres teintées. La lumière est trop forte pour
regarder la télé.

Les lits superposés craquent à chaque mouvement. Ça pousse à la crise
de nerf, la perte de contrôle, les gens s’en prennent à leur
cohabitants. Ma chambre est contigüe aux toilettes. Quand on touche au
robinet du lavabo ça fait du bruit, comme un gros boum boum qui dure.
Les douches sont bouchées, les toilettes n’ont jamais été
désinfectées, depuis un mois que je suis là. Elles sont pleines à
craquer, à tel point qu’il faut parfois les vider dehors.
Si on mange un repas équilibré à midi il faut attendre le lendemain
soir pour avoir un autre repas complet. Certains ne mangent que du
pain et du lait et du fromage. Il y a eu du riz blanc et du couscous
sans sauce. Les musulmans sont obligés de renvoyer leur barquette et
de se contenter de pain et de yaourt.

Quand je suis arrivé je pesais 70kg, maintenant 55kg. Un ami est passé
de 80kg à 60. La plupart perdent un tiers de leur poids.
Les chiens sont comme un CD qui tourne. Cris de chiens ininterrompus
toute la journée mais je les vois jamais en face. Les être humains
sont utilisés comme des sujets d’expérimentation par l’école de police
qui est contigüe au centre.

Un retenu se fait trainer jusqu’à sa chambre pour vérifier sa carte
alors que ça fait 20 jours qu’il est là, qu’il donne son nom matin et
soir, et les agents ne sont pas capables de le reconnaître.
Aujourd’hui il n’y a pas de passage devant le Juge des libertés et de
la détention. Il y a des rafles, il y a pas de place dans les centres,
dans les vols. Les centres sont engorgés. Le « machine » judiciaire
est enrayée. La politique d’expulsion est grippée. Il faut en
profiter pour intensifier les mobilisations à l’intérieur et à
l’extérieur.

concernant les visites des associations de soutien : certains
retenus sont membres de ces associations, ils cotisent, et cherchent
donc à recevoir leur visite pour visiter, les associatifs doivent
faire une demande officielle
. Pour avoir des associatifs en visite,
le détenu n’est pas soutenu par la Cimade qui crée des empêchements.
La Cimade ne fait pas la place aux autres associations. Par exemple
avec la coordination des sans papiers du 8eme, pour un jeune malien,
ils n’ont pas facilité. Idem avec Droit Devant, ils ne leur ont pas
permis. La Cimade a le pouvoir de manière subtile d’empêcher les
policiers d’accepter la visite. On s’en rend compte par les comptes
rendus téléphoniques des membres des associations.
Mais ces derniers peuvent se faire passer pour de simples visiteurs.
Ils se présentent comme n’importe quel autre visiteur mais ensuite la
police leur dit que c’est pas possible : Ils avaient rendu visite
d’abord à la Cimade qui a informé ensuite la police qui ne se serait
pas rendu compte sans la Cimade que ce n’était pas de simples visiteurs.

En ce moment il y a des travaux, suite à la visite de deux eurodéputés
(dont Harlem Désir) puis de 5 médecins de la préfecture, ils sont en
train de remplacer les installations des extincteurs qui auraient pu
servir à se pendre. Avant la visite, ils ont fait un grand nettoyage
notamment le jardin. Les médecins de la préfecture ne nous ont pas
adressé la parole, on leur a quand même dit ce qu’il se passait ici et
ils ne nous ont pas écouté.

Il y a aussi la commercialisation des produits. On arrête des gens qui
sont déjà pauvres et on les dépouille de leur sous : les cigarettes
sont vendues à 5E50, la boisson coûte 1E50, et le café 50c. Tout un
commerce est organisé autour des retenus.
Un malien a « perdu » 60 euros entre sa garde à vue lundi au
commissariat de la Gaité et son arrivée au centre de rétention : on lui
a pas transféré son argent. Il l’a signalé à la police et à la Cimade,
à la date d’aujourd’hui il a toujours pas récupéré son argent.

Hier en début d’après midi un retenu a avalé deux lames de rasoir, il
est entre la vie et la mort. Il a été emmené à l’hôpital Hôtel Dieu,
on ne sait pas ce qu’il est devenu.
Il y a une complicité entre les médecins de l’Hôtel Dieu et
l’administration du centre. Ils donnent des somnifères pour endormir
les gens qui vont être expulsés.
Un Haïtien a d’abord refusé un vol, de retour au centre on lui a
proposé de prendre des médicaments alors qu’il ne l’avait pas demandé.
Depuis il ne mange plus à la cantine, il ne mange que du pain et la
nourriture des distributeurs. Il ne fait confiance ni à la
restauration ni à la médecine. Sa rétention est jusqu’au 24, il attend
sa libération.

On a fait des assemblées d’information. 80 % du personnel a été
renouvelé depuis un mois. Il y a maintenant une majorité de chinois et
arabes, il faut passer par ceux qui parlent français dans les
communautés.

On passe dans les chambres, dans le jardin et le réfectoire et on
propose une heure de réunion. A l’heure des repas on sensibilise mais
il a des difficultés . On se retrouve dans le réfectoire, on
communique sur l’actualité, sur les actions à entreprendre et sur les
droits. Quand on se réunit il y a des policiers qui rodent autour.
Là, deux agents sont en train de m’écouter vous parler, ils disent
qu’ils contrôlent les ouvriers qui font les travaux.

Ces derniers temps ils avaient infiltré certains prisonniers à qui ils
donnent des rations supplémentaires. Il y a un policier en civil qui
se fait passer pour un prisonnier. On s’en rend compte parce qu’il
rédige tous les soirs un rapport, il sort et rentre comme il veut, il
a exceptionnellement un stylo ; il se permet d’acheter quotidiennement
les journaux à l’accueil. Le jour de la manif du 4 mai, il faisait
diversion avec les policiers à côté du grillage où on s’était rassemblé.

Celui qui faisait le lien avec le deuxième centre CRA 1 a été
libéré, donc en ce moment on a pas de contact avec eux. C’est pendant
les audiences devant le juge ou les consulats, qu’on peut se voir mais
comme dernièrement je ne suis pas sorti, je n ai pas de nouveau
contact.

lundi 16 juin 2008

CRA 2

Quand je suis arrivé il y a une semaine et demi, on a essayé de faire
une grève pour essayer de faire connaître les conditions de vie ici.
Quand on veut faire un mouvement on arrive pas à faire bloc, les
différences de nationalité posent problème, par exemple les russes et
puis quelques arabes disent qu’ils suivent pas. C’est même pas par
rapport à la communication, on essaye de prendre un représentant de
chaque pays pour faire savoir ce qu’on veut faire.
Ils m’ont arrêté à la gare du Nord, c’était un contrôle d’identité, les
policiers étaient 4, ils arrêtaient que les gens de couleur, arabes,
noirs. Ils étaient en civil. Je les ai remarqués, ils étaient avec une
fourgonnette marquée police, les gens autour se rendaient pas
compte, donc ils réagissaient pas. J’ai passé une journée à Cité en
garde à vue. J’ai demandé à voir un médecin, la policière m’a répondu
« vous n’avez pas besoin de médecin, vous êtes sportif ». C’était la
première fois que j’étais arrêté donc je savais pas que c’était illégal,
c’est après le procès verbal que j’ai eu un avocat et je me suis rendu
compte.
Ici c’est invivable, on voit de tout, il y a des mecs qui ont rien à
faire là. Par exemple il y a un mec qui a été opéré du cerveau, il avait
des cicatrices, il a été arrêté en pleine convalescence deux jours après
être sorti de l’hôpital où il était resté un mois et demi, il doit se
faire encore opérer le 20 juin. Sa tête continue à enfler ici. Ça fait
cinq jours qu’il est dans le CRA. Il y a plein de cas comme ça, il y a
un gars qui a mal aux dents, son visage est enflé, il dort pas la nuit,
il a vu un dentiste il y a une semaine, qui lui a dit que pour le moment
il pouvait pas lui arracher ses dents et après il est revenu au centre,
ils lui donnent des calmants mais c’est vraiment le minimum parce que
depuis ça désenfle pas.
On a pas le droit de faire entrer de la bouffe, comme quoi ça pourrait
nous empoisonner alors qu’ils nous donnent des rasoirs bic, c’est quand
même beaucoup plus dangereux ! Ils nous foutent des distributeurs : c’est
un gros marché, un business. Il n’y a à vendre que des choses pour le
goûter, chocolat, coca, c’est que de la confiserie. Même en prison les
mecs ont le droit qu’on leur ramène des paquets de clopes. Ils vendent
ici les clopes et la nourriture au même prix qu’à l’extérieur.
Je pense que GEPSA , qui s’occupe ici de la bouffe de la cantine,
s’occupe aussi de ces machines.
L’OMI (Office des Migrations Internationales) dit qu’on peut leur faire
acheter des choses, du tabac, cartes téléphoniques, ça marche mais on
peut pas commander de la nourriture.
C’est l’enfer la nuit il y a plein de moustiques, les murs sont couverts
de sang des moustiques écrasés.
Il y a des tentatives de suicide tous les jours, peut être trois par
jour. Un mec qui devait prendre son vol a avalé une lame, il s’est
coupé sur le ventre. C’est d’abord les policiers qui sont venu le voir,
je les ai vu lui mettre des baffes [la communication a coupé]

CRA1

Il y a des tentatives de suicide très souvent, presque tous les jours.
Quand quelqu’un s’évanouit, ils viennent le prendre et l’emmènent à
l’hôpital, et puis très souvent on entend que la personne a été
expulsée, elle s’en va sans s’en rendre compte. Vendredi dernier c’est
arrivé à un jeune malien, le lendemain un frère nous a appelé et nous a
dit qu’il était dans son pays d’origine, il est arrivé là bas sans
chaussures.
Quand quelqu’un fait une tentative de suicide, les policiers le mettent
dans un drap ou sur un brancard, ils minimisent l’acte, ils disent qu’il
a bus seulement du shampoing, « c’est rien ».
Tout le monde est pas pareil dans le centre, on arrive pas à faire un
mouvement parce que bon nombre de gens sont pas motivés, ils ont peur
des représailles, moi je leur dit qu’on peut pas sanctionner un groupe
si il y a pas de chef. Il y en a qui peuvent pas bien parler le français et
pour faire une grève et écrire des revendications c’est difficile. On
est obligé de fermer les yeux et la bouche, je trouve ça aberrant. On
discute tout le temps entre noirs africains, on sait que derrière il y a
des gens qui nous soutiennent et on en est très contents mais il faut
aussi se battre soi même. On voudrait que nos pays d’origine sachent nos
conditions de détention, et pas rétention (parce qu’avec ce mot ils
masquent nos conditions de prisonniers), et se mobilisent devant les
ambassades françaises.
La manifestation de samedi a été très bien, on a entendu leurs voix. Les
retenus ont crié et secoué la grille qui se trouve près de l’accueil et
d’où on entend à l’extérieur. Un responsable a essayé de nous faire
taire, il en a attrapé deux, les meneurs, mais ils se sont dégagés.
Les mobilisations à l’extérieur sont nécessaires, ça nous incite
beaucoup à faire des actions, à dénoncer les choses. Et vouloir la
fermeture.
J’ai entendu pendant une visite les policiers parler entre eux de 17
travestis arrivés au CRA 2.
Ici c’est l’angoisse totale, quand on a son voisin de chambre qui se
fait réveiller à 4h du matin emmené sans chaussures, attaché, bâillonné.
On nous envoie à la justice comme si on était de très grands criminels,
menottés, dans un fourgon avec des cages à l’intérieur, on nous enferme
dedans. Je suis rentré 3 fois dans ce fourgon pour aller au tribunal, à
chaque fois que j’y rentre je dis au policier « Nous sommes traités
comme du bétail », le policier rigole. En cas d’accident, on peut pas
être sauvé.
Le combat doit continuer !

samedi 21 juin 2008, un retenu est mort au centre de rétention de Vincennes n°2

témoignage d’un retenu recueilli par téléphone le 22 juin 2008

Le monsieur qui est mort hier dans le centre n’était pas cardiaque.
Avant de rentrer au centre il prenait déjà des médicaments tous les
jours, il avait une ordonnance du médecin. Il était dans un état
psychiatrique, il disait qu’il voulait à l’hôpital psychiatrique.
Il demandait des médicaments et on voulait pas lui en donner,
l’infirmière lui donnait pas sa dose, il demandait à d’autres retenus
d’aller à l’infirmerie pour demander sa dose. Si le médecin lui avait
donné sa dose il serait encore parmi nous aujourd’hui.
La veille du jour où il est mort, il tremblait beaucoup, il savait pas
pourquoi, il se sentait malade. Peu de temps avant de mourir, il a
décidé de faire une sieste et a demandé à son copain russe de le
réveiller pour qu’il puisse aller à l’infirmerie qui ouvre à 15h. Son
copain est venu une première fois, il a essayé de le réveiller, son
visage était tourné vers le mur, on voyait pas très bien. Il a cru
qu’il dormait profondément et il a préféré le laisser dormir. Dix
minutes après il est revenu, ça s’est passé pareil. Du coup il est
allé cherché un autre retenu, et tous les deux ils ont essayé de le
réveiller, ils lui ont tourné la tête, il avait du sang sur le nez et
la bouche, il était bleu turquoise, il était tout dur, tout raide,
froid.
Ils ont crié au secours, tout le monde est venu. La police a essayé
d’évacuer le lieu, les retenus exigeaient de savoir ce qui se passait.
Panique totale. Les policiers ont demandé des renforts, ils sont venus
avec des boucliers, ils ont tapé les gens dans le couloir, nous on a
pas pas répondu (de toute façon ya pas de pierres dans le couloir avec
lesquelles on aurait pu répondre), on a quand même été gazé. J’étais
devant la porte, j’ai pris le gaz dans les yeux. Le chef de permanence
a aussi pris le gaz en plein visage. Il était tout rouge.
Alors la police a bloqué toutes les allées pour empêcher d’accéder aux
chambres. Ils ont bloqué les portes coupe feu, ils ont essayé de faire
une barricade. Les CRS étaient dans la cour. J’ai demandé à parler au
chef avec des camarades Ils ont autorisé 4 personnes à aller voir le
chef. On lui a dit « On veut en savoir un peu plus sur l’état du
retenu pour pouvoir calmer la population ». Le chef nous emmené dans
le réfectoire pour discuter, il nous a dit « la priorité c’est de
s’occuper du retenu qui va pas bien » Il a promis de nous informer.
Deux heures après, toujours rien. Les gens se sont alors agités près
de la porte n°1, un retenu s’agitait plus que les autres, les
policiers nous ont chargé mais ils avaient une cible, ils ont pris le
retenu agité et ils sont rentrés avec lui.
J’ai encore parlé au chef : « vous envenimez la situation au lieu de
la calmer, il faut relâcher le retenu pour calmer la situation » le
chef a dit que comme il était agité on allait le mettre en isolement
et si possible on le relâchera sain et sauf, il a promis de rien lui
faire. J’ai promis au chef de calmer les autres. J’ai dit aux autres
qu’il fallait pas tomber dans la provocation qu’il fallait se calmer.
Celui en isolement a été relâché 2h après.
On a voulu avoir le nom du policier qui nous a gazé pour porter
plainte contre lui mais ils n’ont pas voulu nous le donner.
Au va et viens des policiers et des pompiers on a compris qu’ils
n’avaient pas pu le sauver. J’ai demandé au chef permanent, il m’a dit
que le monsieur était dans un état critique, mais qu’il était en vie.
Il n’a pas voulu nous dire qu’il était mort pour ne pas avoir des
représailles.
Le chef de rétention (il était en civil) essayait de téléphoner mais
comme il y a un problème de réseau dans le bâtiment, il est sorti dans
la cour pour téléphoner. Je suis allé le voir, je lui demandé de
m’accorder 2mn, il a dit oui. On voulait savoir l’état de santé du
retenu, il m’a sorti le même refrain comme quoi son état était
critique, mais qu’il était en vie. Je suis resté sceptique.
Les deux camarades du mort ont été appelés pour faire un témoignage
comme quoi quand il l’ont vu dans son lit il était déjà mort, raide.
Les policiers préparaient déjà leur défense. C’est contradictoire
parce que les policiers disaient toujours qu’il était vivant. Ils ont
fait signer un procès verbal aux retenu comme quoi quand ils sont
arrivés il était déjà mort.
De l’autre côté, du côté de la porte 3, la population s’est agitée,
les policiers ont pris un retenu qui était très agité, la population
s’est alors encore plus énervée, du coup la police a relâché le retenu.
Quand ils ont sorti le retenu mort avec le samu et les pompiers, j’ai
encore parlé avec le chef qui me disait encore qu’il était vivant. Et
puis on nous a dit qu’il était mort à l’hôpital.
Un des deux retenus qui a découvert sont camarade mort a parlé avec un
policier, même lui a reconnu qu’il était mort dans la chambre.
Pourtant, depuis 16h, où on l’a retrouvé mort, jusqu’à 21h il est
resté ici. Pendant tout ce temps en fait ils étaient en train de
prendre des photos, de discuter avec le commissaire....
Et puis le centre a pris feu dans une chambre. C’est une chambre qui
est près de la salle qu’on nous a réservée pour faire nos prières.
C’était quand on savait que c’était fini pour lui. Les policiers ont
éteint avec des extincteurs, les pompiers sont venus. Tout a brulé
dans la chambre, les chinois qui dormaient dedans ont perdu tous leurs
effets personnels.
Les chambres 1 à 11 étaient bloquées, ça a brulé du coté de la chambre
20. Je ne sais pas s’il y a eu des représailles ou si on sait pas qui
a mis le feu, moi j’étais de l’autre côté.
Aujourd’hui les policiers veulent pas parler de ce sujet, ce n’est pas
les mêmes qui étaient là hier soir, ils ont changé d’équipe.
J’ai parlé hier par téléphone avec un retenu du CRA1, ils ont
manifesté aussi là bas leur mécontentement.