Communiqué de presse

L’APDHA manifeste sa plus profonde indignation, condamne cette tragédie et réclame au Gouvernement espagnol qu’il sollicite une investigation sur l’action de la Marine du Maroc.

Une fois de plus, les témoignages des survivants rendent compte du fait que, dans la lutte contre l’immigration dite clandestine au Maroc, tous les moyens paraissent justifiés. A l’aube du 28 avril dernier, une embarcation pneumatique a quitté la zone d’Al Houceima avec 70 migrants à bord, en route pour l’Espagne. Interceptés par la Marine marocaine, la façon de les arrêter a été de perforer l’embarcation. Le nombre effectif de morts ne sera probablement jamais connu, mais ils sont plus d’une trentaine, parmi eux au moins quatre enfants et deux femmes.

L’expulsion immédiate de tous les survivants à la frontière avec l’Algérie, la procédure quotidienne des militaires et des services civils de sécurité marocains, constitue en soi une nouvelle violation des droits des migrants, abandonnés et dépouillés de tous biens, et pris entre deux feux, ceux des forces marocaines qui les menacent pour qu’ils entrent en territoire algérien, et ceux des forces algériennes qui leur en interdit l’entrée (cette frontière est officiellement fermée depuis 1995). Les migrants se trouvent souvent entre deux feux croisés, terrorisés et sans savoir où se diriger.

Le manque total de respect de la vie humaine, démontrée lors de cette nouvelle action répressive contre des PERSONNES en migration, condamnées à une sédentarisation aléatoire et cruelle dans un pays qui viole chaque jour leurs droits les plus fondamentaux au nom de la protection des frontières européennes, provoque notre indignation et notre rejet les plus profonds.

Nous souhaitons manifester notre solidarité aux victimes de ce fait aberrant, ainsi qu’à leurs familles, et pointer les responsabilités suivantes :

- Sur les forces militaires marocaines retombe la responsabilité directe de cet acte délictueux. La brutalité et l’impunité de la répression exercée par les services de sécurité marocains, militaires et civils, donnent lieu à d’innombrables témoignages en ce sens de migrants en transit au Maroc

- Le Gouvernement espagnol, en mettant au premier plan le contrôle de l’immigration dite clandestine à n’importe quel prix, sous-traite la répression des pays voisins auprès desquels il exerce un véritable chantage à la coopération au développement, est tout autant responsable de faits comme celui-ci, qui sont la conséquence des politiques qu’il développe.

- L’Union Européenne possède le même degré de responsabilité que le Maroc pour tant de décès provoqués, bien que de manière plus « indirecte », étant donné que par le biais de sa politique d’externalisation des frontières, elle sous-traite la répression des pays frontaliers comme le Maroc envers les migrants, sans se soucier des moyens employés ni de conditionner l’importante aide économique au contrôle des frontières, sans aucun accord sur le respect des Droits de l’Homme.

Cette ignominie ne doit pas rester impunie. Pour cela, nous exigeons du Gouvernement de l’Espagne qu’il sollicite, au moyen de tous mécanismes pertinents, une enquête sur l’action de la Marine marocaine.
Nous ne pourrions comprendre le silence du Gouvernement espagnol sur cette affaire grave, autrement que comme un déni de justice, une négligence et/ou son consentement.

APDHA, Andalousie, 8 Mai 2008