Non au rideau de silence sur les lieux d’enfermement pour étrangers

communiqué presse (Migreurop-CIRÉ-LDH belge)

Dans le cadre de la campagne lancée par le réseau Migreurop pour un Droit de regard dans les lieux d’enfermement d’étrangers, des parlementaires, nationaux et européens, et des associations de défense des droits des étrangers effectueront des visites dans ces centres en Italie, en Espagne, au Portugal, en Belgique, en France entre le 30 janvier et le 7 février 2009. En Mauritanie, où fonctionne un centre fermé financé par l’Europe, une journée de sensibilisation sera organisée. Pour ce qui est de la Belgique, une visite du centre 127 bis aura lieu ce vendredi 30 janvier.

Dans notre pays, l’année 2008 a été ponctuée par de nombreux mouvements de protestation dans les centres fermés, à commencer par des grèves de la faim. La dernière en date, la semaine passée au centre 127 bis, a duré plus d’une semaine. En 2008, 3 personnes sont décédées en centres fermés, dont deux en se suicidant. Les étrangers vivent toujours très mal leur détention qui dure parfois très longtemps, dans un environnement carcéral au sein duquel il est difficile de savoir exactement qui s’y passe.

C’est dans ce contexte de criminalisation des étrangers que le CIRÉ et la Ligue des droits de l’Homme réclament la suppression des centres fermés. Dans l’attente de cette suppression qui, dans le contexte actuel, risque de se faire attendre, il nous semble primordial de favoriser la transparence sur ce qu’il se passe dans les centres fermés.

C’est pourquoi le CIRÉ et la Ligue des droits de l’homme demandent un renforcement du droit d’accès des ONG dans les centres fermés, aujourd’hui trop flou et soumis au pouvoir discrétionnaire de la ministre de la politique d’asile et de migration. Ce droit d’accès doit être assorti d’une liberté absolue de témoignage. Vu l’arrêt récent du Conseil d’État annulant certaines dispositions de l’arrêté royal du 2 août 2002 relatif aux centres fermés qui va contraindre le gouvernement à modifier ce texte, les deux associations demandent que le gouvernement saisisse cette opportunité pour modifier (entre autres) l’article relatif aux visites des ONG dans les centres fermés afin de leur garantir un véritable droit d’accès.

Au nom de la lutte contre l’immigration irrégulière, et sous prétexte de répondre aux attentes de l’opinion publique, la détention des migrants en Europe est en train d’être érigée en système, dans le cadre d’une redoutable harmonisation européenne de l’enfermement des migrants.

A peine la directive « retour » adoptée par l’Union européenne - cette directive officialise l’enfermement généralisé des étrangers, les autorités italiennes ont décidé de prolonger jusqu’à 18 mois la durée de l’enfermement des migrants en attente d’expulsion. A la mi-janvier, le ministre italien de l’Intérieur annonçait qu’il voulait transformer l’île de Lampedusa en un immense centre fermé où seraient gardés les boat-people échouées sur les côtes de cet extrême-sud de l’Italie, avant d’être refoulés massivement à l’issue de procédures expéditives.

En France, où des menaces pèsent sur les conditions d’accès des associations dans les centres fermés - dans lesquels se multiplie les tensions, les incendies, les tentatives de suicides, etc. -, réduisant de fait l’exercice effectif des droits des migrants, la presse a révélé les conditions indignes dans lesquelles les étrangers sont traités à Mayotte.

C’est dans ce contexte que le Parlement européen s’inquiète de la multiplication du nombre de centres fermés pour étrangers dans les États membres et à leurs frontières au cours des dernières années, et des fréquentes violations des droits humains qui sont régulièrement dénoncées dans ces lieux. Le Parlement demande que l’accès des ONG spécialisées dans la protection des droits fondamentaux des migrants et des demandeurs d’asile soit garantis dans ces centres, qu’un organe de contrôle indépendant supervise, au niveau européen, leur fonctionnement, et qu’un rapport analysant la situation des personnes placées dans les centres fermés qui se trouvent sous l’autorité des États membres, à l’intérieur ou à l’extérieur de leurs frontières, soit présenté chaque année.

Les camps d’étrangers sont l’épicentre de multiples atteintes aux droits humains. Ne laissons pas tirer sur eux un rideau de silence. Les associations et la société civile ont le droit de savoir ce qui s’y passe.


Contact presse :

Cédric Vallet, CIRÉ : 0495 17 33 04

Pierre-Arnaud Perrouty, LDH : 0484 18 35 35

Toutes les informations sur la campagne pour un Droit de regard dans les lieux d’enfermement d’étrangers sont sur le site de Migreurop, pays par pays http://www.migreurop.org/rubrique268.html