Contrôler et filtrer : les camps au service des politiques migratoires de l’Europe.

(Article publié dans M-C Caloz-Tshopp et V. Chetail (dir), Mondialisation, Migrations, Droits de l’homme, Bruylant, Bruxelles, 2007)

article de Claire Rodier et Isabelle Saint-Saëns*

Peut-on parler d’une « Europe des camps » ?

Réunis à la fin du mois de janvier 2005, les vingt-cinq ministres de l’Intérieur et des Affaires Étrangères de l’Union européenne ont, si l’on en croit les dépêches officielles, « renoncé à créer des camps en Afrique du nord ou dans les zones de conflits aux portes de l’Europe pour y traiter les demandes d’asile ou de protection internationale ». Faut-il voir dans cette déclaration l’épilogue d’une discussion qui avait pris naissance deux ans plus tôt, lorsque le premier ministre britannique avait proposé à ses partenaires européens, à titre de procédure alternative pour le traitement des demandes d’asile présentées dans les États membres, la mise en place de « transit processing centers » dans des pays tiers pour y envoyer les requérants et y instruire leur demande ? Rien n’est moins sûr. Même si le terme de « camp » [1] n’est jamais utilisé dans les textes officiels, même si la politique mise en œuvre par l’Union européenne depuis la fin des années 90 en matière d’asile et d’immigration n’inclut pas explicitement cette donnée, tout porte à croire que l’enfermement des migrants est en train de devenir une pièce maîtresse de la gestion des flux migratoires, non seulement sur le territoire européen, mais aussi hors des frontières de l’Union européenne. Qu’il s’agisse de camps « sas » pour filtrer les étrangers à l’entrée d’un pays, de poches de rétention pour rassembler ceux qu’on veut expulser, de centres dits « d’accueil » où sont assignés et triés les demandeurs d’asile ou de vraies prisons pour sanctionner le séjour illégal, les camps d’étrangers, quels que soient leurs contours physiques, s’inscrivent dans une logique de mise à l’écart des indésirables dont l’exilé est aujourd’hui la figure emblématique.

Les camps ne sont pas le seul signe de cette mise à l’écart. Dans sa version européenne, la frontière virtuelle qui sépare les pays industrialisés des autres peut prendre bien des formes, notamment la politique des visas, destinée à fermer la porte aux étrangers présentant des « risques migratoires » [2] ou, plus visibles, les remparts construits autour des enclaves espagnoles au Maroc de Ceuta et Melilla pour empêcher que ces anachroniques confettis d’Europe en terre africaine ne soient assaillis par les exilés à la recherche de leur part de sécurité et de mieux-être [3]. A ces pratiques, un point commun : elles concrétisent la tendance de l’Union européenne à externaliser sa politique d’asile et d’immigration, c’est-à-dire à s’organiser pour que les procédures qui en découlent s’effectuent le moins possible sur son territoire, mais plutôt loin de ses frontières, dans des pays tiers auxquels cette collaboration est, bon gré mal gré, imposée.

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*Claire Rodier et Isabelle Saint-Saëns sont membres du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés, www.gisti.org), et du réseau euro-africain Migreurop (www.migreurop.org).


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