Cap Anamur - appels, chronologie, presse

- appels et communiqués Porto Empedocle 11/7/04 ©MeltingPot
- chronologie
- presse

Le 20 juin 2004, dans les eaux internationales entre les côtes lybiennes et l’île de Lampedusa, le Cap Anamur, bateau de l’ONG allemande du même nom basée à Cologne, secourt les 37 passagers d’un bateau pneumatique. Durant 10 jours, du 1er au 11 juillet, la capitainerie de Porto-Empedocle (Sicile) refuse l’accès aux eaux territoriales italiennes, sur ordres du ministère de l’Intérieur.
Entre temps jeu de « patate chaude » sordide entre l’Italie, l’Allemagne et Malte, qui tous ignorent leurs obligations internationales. Le HCR n’y trouve rien à redire, mais fait valoir l’urgence humanitaire.
Le 12 juillet les 37 réfugiés demandent l’asile politique à l’Italie (refusé par la Commission centrale de l’asile), et sont transférés d’abord au CPT d’Agrigente puis à celui de Caltanissetta. Le capitaine, son second et le président de l’ONG sont arrêtés pour avoir « favorisé l’immigration clandestine » ; ils seront libérés 5 jours plus tard.
Pendant ce temps le ministre allemand de l’Intérieur, Otto Schily, réactive le projet anglais d’externalisation de l’asile, en préconisant que l’UE ouvre des centres pour demandeurs d’asile en Afrique du Nord.
Tous, sauf un à qui a été accordé un permis de séjour, ont été expulsés vers le Ghana.

Cette affaire illustre l’attitude des autorités européennes à l’égard des demandeurs d’asile, et le climat général de guerre aux migrants : l’Allemagne, l’Italie et Malte (les premiers concernés), nient le droit international, et ceux qui demandent qu’un geste soit fait (HCR, ONU, Vatican) ne font valoir que des motifs humanitaires. Sans la mobilisation pressante d’ONG italiennes et allemandes et de la société civile italienne (militants et parlementaires), ces 37 Soudanais auraient probablement été contraints à continuer leur errance en Méditerranée sans pouvoir trouver de terre d’accueil.
Au-delà de l’Italie, la mobilisation a été quasi inexistante : seules une diziane d’associations françaises ont dénoncé une politique européenne d’asile de la patate chaude, faite pour dissuader les réfugiés, et la criminalisation du « délit de solidarité »

Pour suivre les infos au jour le jour (en italien) :
- Melting Pot
- Indymedia Italie

Le site de Cap Anamur (en allemand et anglais)


Appels et communiqués

- 22/7/04 Les droits des réfugiés ont été violés Communiqué du Conseil italien pour les réfugiés

- 20/7/04 Document de l’ASGI
analyses, exigences : pas de mesures d’expulsion contre les déboutés, non-exécution des mesures de refoulement, autorisation pour les avocats et les associations de s’entretenir avec les réfugiés pour les informer de leurs droits, leur permettre à tous le droit au recours, libération de tous les réfugiés.

- 19/7/04 Ne les laissons pas seuls appel des élus locaux et des parlementaires

- 19/7/04 Pour le Cap Anamur appel de l’association « Migro-diritti senza confini »

- 16/7/04 Cap Anamur, cap au pire - L’Europe contre l’asile se fait sous nos yeux - communiqué de 10 associations françaises. Version italienne

- Manifestation le jeudi 15 juillet devant le CPT d’Agrigente et dans toute l’Italie, à l’appel de Rete siciliana antirazzista, Tavolo Migranti dei Social Forum, Dipartimento immigrazione Prc, Ics, CGIL... Texte en italien, français, anglais.

- 13/7/04 Communiqué de l’ASGI

- 13/7/04 Accueil derrière les barreaux appel de Rete siciliana antirazzista, Forum sociale Palermo, Osservatorio regionale sull’immigrazione CGIL, CISS-CEPIRE, ICS (Consorzio italiano solidarietà), Attac-Catania, commissione regionale immigrazione-PRC

- 7/7/04 Fils d’un dieu mineur appel de l’ICS (Consorzio italiano di solidarietà) et de Carta

- 7/7/04 Construisons un comité italien Cap Anamur appel de Fulvio Vassallo Paleologo (ICS)

- 4/7/04 Appel à la société civile européenne - Elias Bierdel, président de l’ONG Cap Anamur

- 4/7/04 Cap Anamur - A bras ouverts appel de l’ANCI (Associazione nazionale dei comuni - Association des maires des communes italiennes)


Chronologie inverse, du 1er août au 20 juin 2004

1/8/04
- Fatwul Lasisi, le dernier des réfugiés du Cap Anamur présent en Italie (à l’exception de Benjamin, le nigérian hospitalisé dans un centre d’accueil en Sicile) est sorti du CPT de Ponte Galeria (Rome), muni d’un permis de séjour. Durant l’expulsion du 26 juillet, il avait été descendu de l’avion à l’escale de Milan (sans aucune explication) et incarcéré dans le CPT de via Corelli, puis transféré à Rome.

30/7/04
- le tribunal de Rome accepte le recours des 14 du CPT de Ponte Galeria : leur demande d’asile doit être réexaminée. Trop tard une fois de plus...

26/7/04
- expulsion des 6 derniers réfugiés présents à Ponte Galeria, vers le Ghana, encadrés chacun par 2 policiers.

22/7/04
- La CEDH demande des éclaircissements à l’Italie, et de surseoir à toute expulsion avant la prochaine réunion de la Chambre de la Cour le 2 septembre
Trop tard...

dans la nuit du 21 au 22 juillet expulsion de 25 réfugiés vers Accra (Ghana) ; 6, qui ont refusé d’embarquer, sont en attente d’expulsion
- récit et témoignages audio
- article de L’Unita du 22/7/04

21/7/04
- dans la nuit 5 des 14 réfugiés du CPT de Ponte Galeria (nigériens) sont expulsés vers le Nigéria
- à 7h du matin les 22 réfugiés de Caltanissetta sont transférés du CPT à l’aéroport, puis à Ponte Galeria (Rome) en fin de matinée. Détails et reportages audio
- 15h : les parlementaires (de droite et de gauche) qui souhaitaient interpeller le ministre de l’Intérieur pendant la séance des questions au gouvernement sont interdits de parole (leur motion n’a pas été présentée en termes « légaux »).
- cependant que, toujours à la Chambre, Pisanu déclare : il n’y a aucun réfugié parmi les passagers ; le capitaine du Cap Anamur n’a pas arrêté de mentir ; cette affaire est l’exemple-type d’une effervescence médiatique visant à créer un retour publicitaire.
Et il ajoute, en marge de son intervention : « Il y a en Lybie 2 millions de malheureux qui attendent de partir, et quelques centaines de criminels parfaitement organisés pour les embarquer. Ces entreprises criminelles encaissent des clandestins 2,5 miliards d’euros »

20/7/04
- dans la matinée les avocats des 14 de Ponte Galeria déposent un recours d’urgence pour demander que leur soit accordé un permis de séjour provisoire et qu’ils soient libérés.
- Alfredo Mantovano, sous-secrétaire d’Etat à l’Intérieur, déclare : « tandis que pour les 22 toujours en Sicile il existe la possibilité d’un permis de séjour provisoire, pour les 14 de Ponte Galeria il n’y a que l’expulsion ».
- un pool d’associations (Arci, Cir, Ics et Asgi) prépare un recours devant la CEDH
- des parlementaires demandent que le Parlement soit saisi de l’affaire
voir L’Unita
- un effet de bord : lors d’une réunion à Bruxelles, Otto Schily relance, un an plus tard, le projet anglais de « zones de protection » ; d’abord opposé au projet, il vient de s’y rallier sous l’effet des « événements récents ».
Selon Schily, cela empêcherait des affaires similaires, en « traitant » les cas avant l’embarquement pour l’Europe. « Les pays d’Afrique du Nord doivent participer » a-t-il ajouté, en précisant que Malte engageait des discussions sur la question des réfugiés en Méditerranée avec la Lybie, et qu’il serait bon que l’Espagne fasse de même avec le Maroc.

depuis le 17 juillet mobilisation permanente à Caltanissetta : Jour et nuit devant le « Centre d’accueil » La Sicilia on line

17/7/04 des sorts divers pour les réfugiés
sur MeltingPot récits de la journée avec des reportages audio
- une délégation des missionnaires comboniani (très actifs pour les réfugiés) devant le CPT de Caltanissetta
- répondant à un appel lancé par la ville de Venise, la région du Frioul et des maires de nombreuses villes italiennes ont proposé d’accueillir les 37 réfugiés et de leur accorder la citoyenneté honoraire
- des représentants des régions et des municipalités qui offrent l’hospitalité aux réfugiés sont entrés dans le CPT de Caltanissetta, où la Commission centrale pour l’asile examinait la demande des 22, en proposant de leur fournir une aide juridique ; lire la déclaration de Beppe Caccia, adjoint aux Affaires sociales de la ville de Venise. Beppe Caccia et Alfonso Metz sont violemment refoulés du CPT.
- l’un des réfugiés a été transféré au Centre d’accueil de Racalmuto (Agrigente) après avoir admis n’être pas soudanais
- 14 (des nigériens) ont été transférés à l’aube à Rome au Centre de Ponte Galeria, en attente d’expulsion.
- pour les 22 autres, la Commission de l’asile a décidé de refuser la demande d’asile, par manque des conditions requises. Le ministère de l’Intérieur a fait savoir que leur cas n’entrait pas dans ceux jugés inconstitutionnels par la Cour Constitutionnelle (qui le 15 juillet a jugées inconstitutionnelles plusieurs dispositions de la Bossi-Fini)

16/7/04
- les 2 marins et le directeur de l’ONG sont libérés. Le capitaine et le président de l’ONG sont interdits de séjour en Sicile, en Calabre et dans les Pouilles. Ils quittent l’Italie, ainsi que l’équipage ; le bateau reste sous séquestre.

15/7/04 manifestations devant le CPT d’Agrigente et dans toute l’Italie, et appels à manifester dans toute l’Europe devant les ambassades, les consulats, les lieux d’enfermement des étrangers (Rete siciliana antirazzista, Tavolo Migranti dei Social Forum, Dipartimento immigrazione Prc, Ics, CGIL...).
Texte en italien, français, anglais.

14/7/04
- Beppe Pisanu juge les demandes d’asile « irrecevables sur le fond », mais en toute magnamité « préfère qu’elles soient examinées par la Commission pour les réfugiés » (d’où il tient que ce serait à lui de statuer ?).
- La Commission centrale de l’asile (représentants de la Présidence du Conseil, des ministères de l’Intérieur et de la Justice et du HCR) examine les demandes d’asile à Caltanissetta, où sont transférés les réfugiés.
- premier article conséquent dans la presse française : L’Italie sanctionne le sauvetage humanitaire en mer (Libération)

13/7/04
- Les 37 réfugiés demandent l’asile politique à l’Italie. La police fait courir le bruit qu’ils ne sont pas soudanais, mais ghanéens et nigérians (combien d’années d’espérance de vie en plus ? combien de droit à décider de sa vie en moins ?), ce qui est immédiatement démenti par un prêtre présent à bord, et non moins immédiatement repris par plusieurs médias européens (dont Le Figaro), jusque là indifférents à l’affaire.
- Le procureur d’Agrigente signifie le décret d’expulsion contre les 37 réfugiés

12/7/04
- Roberto Castelli, ministre italien de la Justice, déclare que « notre pays n’a aucun moyen de contrôler ses frontières ...) Il y a de fortes présomptions que toute cette opération ait été scientifiquement préparée pour tester la capacité de ’résistance’ des pays européens. D’autres nations auraient rejetté le bateau, tandis que l’Italie s’est montrée le ventre mou de l’Europe. »
- Rainer Lingenthal, porte-parole du ministre de l’Intérieur allemand, annonce que l’Allemagne se retire du jeu : « La responsabilité incombe au gouvernement italien », ajoutant que pour déposer une demande d’asile les réfugiés devaient être sur le territoire allemand, et qu’une demande déposée auprès du capitaine du bateau n’avait aucun statut légal. Il n’y a plus aucun besoin de tractations supplémentaires entre l’Allemagne et l’Italie, puisqu’il s’agit de gens qui cherchent à entrer en Italie. Voir en anglais la dépêche d’Expatica et en italien Il Corriere della Sera.
- Les 37 réfugiés ont été

transférés au Centre d’accueil pour réfugiés

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CPT d’Agrigente ©MeltingPot

d’Agrigente

, pour procédure d’identification et de détermination de la demande d’asile. Centre « d’accueil » ou CPT ? Les réfugiés sont considérés comme des clandestins
- Le bateau est mis sous séquestre ; le capitaine Stefan Schmidt, le premier officier Vladimir Dhchkevitch et Elias Bierdel, président de l’ONG, ont été incarcérés dans la prison d’Agrigente pour avoir « favorisé l’immigration clandestine » (art.12 de la Bossi-Fini : ils risquent 12 années de prison et une amende de 15.000€ pour chaque immigrant qu’ils auront convoyé). Voir (L’Unita du 12/7/04) . On sait que dans la logomachie européenne immigration clandestine = crime organisé.
- Ce qui n’empêche pas la représentante du HCR en Italie de se féliciter (et de féliciter le gouvernement italien) de cette « heureuse » issue.

11/7/04
- Ultimatum du capitaine, devant l’urgence à bord (plusieurs réfugiés ont tenté de se jetter à la mer) : sans réponse des autorités italiennes à 14h, le bateau entrera dans les eaux territoriales.
- A 13h55 les autorités italiennes accordent l’autorisation d’accoster à Porto Empedocle. Salvatore Cuffaro, président de la Région Sicile sur place pour accueillir les réfugiés, déclare que « le droit à la vie, le droit d’exister, priment sur le droit international ».
- Selon un communiqué du ministère de l’Intérieur italien, il s’agit exclusivement de préoccupations humanitaires, et la plus grande vigilance s’exercera pour vérifier que des organisations criminelles ne dévoient pas une juste émotion.
- Interdiction de débarquer avant clarification de la position de l’Allemagne, auprès de laquelle les 37 réfugiés ont présenté des demandes d’asile via le capitaine du bateau. Le procureur d’Agrigente a lancé une enquête pour « aide à l’immigration clandestine ».
- Conseil de l’Europe : Le Congrès se félicite de la décision de laisser accoster le « Cap Anamur »

10/7/04
- L’ARCI annonce qu’elle va présenter un recours devant la CEDH. Les avocats de l’association, Carmen Cordaro et Fulvio Vassallo Paleologo, ont proposé la création d’une commission spéciale, et que les réfugiés puissent préparer leurs demandes d’asile.
- Margherita Boniver, sous-secrétaire italienne aux Affaires Etrangères, se dit d’accord avec le HCR pour accueillir temporairement les réfugiés, tout en avertissant du « précédent » que cela pourrait créer. Cet accueil ne serait qu’humanitaire (alors qu’il relève directement du droit international).

9/7/04
- Ron Redmond, porte-parole du Haut Comissaire des Nations Unies pour les réfugiés, presse l’Italie d’autoriser le bateau à accoster en Sicile. Le communiqué du HCR en français, en anglais, en italien
- Amnesty International-Italie dénonce les atteintes au droit international (des réfugiés et de la mer)

7/7/04 : Un article du journal électronique maltais di-ve news rapporte un bien intéressant CP de Tonio Borg, ministre maltais de la Justice et des Affaires intérieures : le bateau a accosté à Malte pour des réparations, mais n’a à aucun moment demandé l’aide des autorités maltaises, ni ne les a informées qu’il y avait des immigrants clandestins à bord, ni même qu’ils avaient sauvé des gens en mer ; le lieu du sauvetage est difficile à déterminer, il semblerait d’ailleurs plus proche de Lampedusa que de Malte. Comme de plus le bateau a maintenant quitté les eaux maltaises, il est faux d’affirmer que ces personnes relèvent de la responsabilité de Malte.

6/7/04 : En marge de la rencontre du G5 à Sheffield, les ministres de l’Intérieur italien et allemand Giuseppe Pisanu et Otto Schily se concertent : il faut respecter la norme européenne (laquelle ? une interprétation bien particulière de Dublin) sous peine de créer de dangereux précédents. C’est donc à Malte de les accueillir. Voir le communiqué du 6/7/04 sur le site du Ministère de l’Intérieur italien.

1/7/04 : la capitainerie de Porto-Empedocle (Sicile) refuse l’accès aux eaux territoriales italiennes, au motif que le comportement des membres de l’ONG serait « peu clair » (ils ont attendu 11 jours avant de demander l’accès). Les ordres viennent du ministère de l’Intérieur (avec d’admirables arguments du genre : ils n’ont pas besoin de soins puisqu’il y a une infirmière à bord, ils ont été repêchés plus près de Malte que de l’Italie).
Le bateau est encerclé par des bâtiments de la marine italienne. L’ONG fait appel au HCR et au gouvernement allemand.
Mobilisation à Porto Empedocle : Emergency, Cir, Osservatorio permanente sull’immigrazione di Agrigento, MSF-Italie, Tavolo migranti.

20/6/04 : le Cap Anamur, bateau de l’ONG allemande du même nom basée à Cologne, sauve, dans les eaux internationales entre les côtes lybiennes et l’île de Lampedusa, les 37 passagers (originaires du Darfour) d’un bateau pneumatique.


Presse

Bien entendu seuls les titres des articles de la presse italienne (et un peu anglaise) sont traduits ; les liens vous amèneront sur les textes dans la langue d’origine. La presse française s’intéresse très peu à l’affaire.

- 22/7/04

- 18/7/04

- 17/7/04 toujours à la pointe de l’info, Libération titre un encadré « Cap Anamur » : fin de l’odyssée  : il s’agit de la reproduction d’une dépêche AFP relatant la mise en liberté des 2 marins et du président de l’ONG. Quant au sort des 37 réfugiés...

- 16/7/04

- 14/7/04

- 13/7/04

- 10/7/04

- 9/7/04

- 8/7/04

- 7/7/04

  • Pisanu se décharge des réfugiés Il Manifesto
    Le ministre refuse l’entrée aux 37 soudanais du Cap Anamur bloqué au large d’Agrigente. Axe Italie-Allemagne. Pour le ministre de l’Intérieur et son homologue allemand Schily c’est à Malte d’accorder l’asile. Protestations d’Amnesty-Italie et de la gauche.
  • Comment l’Italie viole le droit d’asile
    Fulvio Vassallo Paleologo - Il Manifesto

- 3/7/04

- 2/7/04