guerre aux migrants - chronologie Ceuta-Melilla automne 2005

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Dans la nuit du 28 au 29 septembre 2005, 500 migrants, pour la plupart sub-sahariens, ont tenté de pénétrer dans l’enclave espagnole de Ceuta, sur le territoire marocain. Au moins cinq ont été tués, les blessés sont très nombreux. Le gouvernement Zapatero envoie l’armée (au moins 500 hommes), le gouvernement marocain la police, pour faire face à la « violence » des « clandestins » : qui peut continuer d’affirmer que la « guerre aux migrants » est une figure de style pour militants radicalisés ?
Le jeudi 6 octobre 6 migrants sont tués en tentant d’entrer dans Melilla.
Les ONG et les activistes espagnols se mobilisent, les gouvernements espagnol et marocains se renvoient la balle sur la responsabilité des morts et promettent une commission d’enquête.
La Commission européenne décide d’envoyer une mission de contrôle à Ceuta et Melilla - 40 millions € sont débloqués pour la protection des frontières. Cela ira « vite », a assuré Franco Frattini le 4 octobre à Bruxelles, en précisant
que « cette mission comprendra des représentants de l’Agence des frontières et de la Commission européenne ». Bref, de nouveaux moyens pour la militarisation et les expulsions.

Les autorités marocaines n’ont jamais accueilli la presse avec autant d’enthousiasme : une façon, en assurant la visibilité d’une situation jusque là plutôt cachée, de faire monter les enchères sur les instances de l’UE, via une pression sur l’opinion publique. De la même façon que Khadafi ouvre de temps en temps le robinet de migrants qu’il envoie sur Lampedusa quand il veut obtenir quelque chose, le Maroc instrumentalise de façon trash ses problèmes de gestion des frontières.
Que veut le Maroc ? De l’argent, un rôle clef dans les discussions UE/Maghreb, et accessoirement une remise sur le tapis de la polémique autour des reliquats de la présence espagnole au Maroc (Ceuta/Melilla). Pas seulement : il y a aussi, en arrière-plan, l’idée que l’UE doit repousser encore les limites de l’externalisation, dont l’Afrique du nord est appelée à n’être à terme que la façade propre (avec des camps bien ordonnés, voir ci-dessous), en organisant la fixation des migrants dans les pays de départ par le biais de l’injection de fric dans les programmes de protection régionaux (cf la communication de la Commission du 1er septembre sur les programmes de protection régionaux).
Ca a déjà commencé du côté libyen : dans son programme de coopération avec la Libye (décidé par le Conseil de l’UE en juin) sur les questions migratoires l’UE inclut aussi des solutions à long terme qui impliquent la coopération des pays à la frontière sud de la Libye.

Dans toute cette agitation on n’entend plus du tout parler de « camps ». Or il y a bien des chances que la sortie de crise marocaine se traduise par la mise en place de ce qu’on va probablement appeler des « centres d’accueil » pour prendre en charge les sub-sahariens, on peut s’attendre aux bons offices d’organismes internationaux style OIM, HCR ou Croix Rouge pour faire passer la pilule. Il y a fort à parier que c’est de cela que s’occupe la Commission européenne en ce moment.

Les autorités marocaines procèdent à la déportation de centaines de personnes dans le désert du Sahara, autant à la frontière algérienne qu’à la mauritanienne. On estime qu’ont été déportés dans cette zone entre 800 et 1000 africains de diverses nationalités, abandonnés sans eau ni aliments. De la même façon, bien que dans une moindre mesure, on a pu constater des déportations dans la zone d’Oujda, à la frontière algérienne.
L’Apdha et Chabacka ont eu connaissance de la disparition et de la mort de 12 à 16 personnes, résultat de conditions de vie inhumaines après trois nouvelles semaines passées dans les forets aux alentours de Ceuta et Melilla. On a appris la mort d’une jeune nigériane durant son expulsion.

Témoignages

  • 30/9/05 Helena (Frontera Sur) in italiano
  • 28/9/05

Voir aussi Spain/Morocco : Migrants shot dead at the border fence, Spain deploys army Statewatch

Le contexte

José Luis Rodriguez Zapatero et Driss Jettou, chefs de gouvernement espagnol et marocain, réunis en sommet du 27 au 29 septembre à Séville, ont célébré leur coopération en matière judiciaire et de sécurité, via des patrouilles conjointes et des équipes de liaison pour enquêter sur les mafias du trafic d’humains, et ont conjointement appelé l’Union européenne à se joindre à leurs efforts. Tout en faisant montre de la plus grande discrétion sur ce qui se passait à Ceuta.

Un « modeste » contre-sommet a été organisé par une plate-forme d’associations : APDH-A (Association pour les droits de l’homme - Andalousie), Indymedia Estrecho, Red Dos Orillas, CGT-Andalucía, Association des amis du peuple sahraoui, Forum social de Séville, Mujeres de Negro, Plataforma Pro-Palestina, Casa de la Paz, Izquierda Unida... sur les sujets suivants :
- contrôle des frontières, externalisation, militarisation, dans le contexte des événements de Melilla et Ceuta
- migrations
- politique économique
- droits humains, sociaux et politiques
- auto-détermination du Sahara Occidental


28 août 2005

Déjà, dans la nuit du dimanche 28 août 2005, près de 300 migrants subsahariens avaient tenté de pénétrer dans l’enclave espagnole de Melilla (sur le territoire marocain), à l’aide d’une cinquantaine d’échelles de fortune. Ils venaient du campement (auto-organisé) de Gourougou, situé dans la forêt non loin de la frontière. Plus de 70 ont réussi à passer avant l’arrivée de la Guardia Civil espagnole et de la police marocaine. Après 45 minutes de, on dénombrait de nombreux blessés et au moins un mort (camerounais).

Le compte-rendu de Indymedia Estrecho in english


Les « campements de la forêt » marocains

- le rapport de la Cimade (nov 2004)
- la vidéo du collectif Frontera Sur
témoignages des migrants du camp de Benyounes, principalement en français, sous-titres espagnols - juillet 2005


- article sur le SIVE