guerre aux migrants

Le Livre noir de Ceuta et Melilla

La politique européenne d’asile et d’immigration tue !

[Il y a un an, plus de quinze personnes sont mortes par balles, matraquage ou piétinement pour avoir voulu franchir la seule frontière terrestre qui sépare l’Afrique de l’Europe. Pendant quelques jours, les projecteurs ont été braqués sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, au nord du Maroc, où des Africains tentaient un franchissement désespéré des murailles militarisées édifiées par l’Europe pour se protéger des migrants. Les semaines suivantes ont été marquées par une répression violente - rafles, déportations dans le désert, expulsions collectives - à l’encontre d’exilés, demandeurs d’asile et réfugiés, qu’ils soient en transit ou installés au Maroc.

C’est l’histoire et la parole de ces victimes anonymes que souhaite restituer le Livre noir de Ceuta et Melilla. Ces exilés, dont beaucoup luttent aujourd’hui pour la reconnaissance de leurs droits quotidiennement bafoués au Maroc, comme dans d’autres pays de l’espace euro-méditerranéen, sont en effet retombés dans l’oubli. Les promesses de « plan Marshall pour l’Afrique » n’ont eu aucune retombée sur les politiques dites d’aide et de développement. La seule conséquence concrète des nouvelles coopérations euro-africaines consiste en un renforcement des murs et moyens militaires destinés à barricader une Europe qui veut choisir et trier ses immigrés quitte à nier les droits et besoins des candidats au départ.

Les migrants sont aujourd’hui contraints à des voyages toujours plus longs et dangereux, et, ces derniers mois, les centaines de boat-people qui meurent en chemin vers les îles Canaries se sont ajoutés à ceux qui n’ont jamais pu franchir les déserts. Les témoignages présentés dans le Livre noir mettent ainsi en évidence que les exilés que l’Europe s’empresse de refouler quand ils abordent ces rivages sont avant tout des rescapés qu’elle devrait protéger. Les seules initiatives prises par les États européens concernent pourtant la sécurisation des frontières, notamment maritimes, et la négociation d’accords de réadmission pour faciliter les renvois d’étrangers en situation irrégulière. La Commission européenne vient ainsi de proposer d’affecter 2.152 millions € au contrôle des frontières extérieures de l’UE pour la période 2007-2013. Alors qu’il y un an, les déclarations officielles laissaient entendre que la question des déplacements entre le Sud et le Nord ne pouvait être réduite à sa dimension sécuritaire, ces mesures s’inscrivent dans la continuité de la politique européenne d’externalisation du contrôle de ses frontières, et de deni des droits à la circulation des ressortissants des pays pauvres, dont le bilan est brossé par le réseau Migreurop. Parce qu’elle génère la violence et met en péril les droits fondamentaux, cette politique ne peut pourtant que contribuer à déstabiliser des régions entières, nourrissant ainsi le flux des départs qu’elle était censée endiguer.

En lien avec la journée transnationale d’action sur les migrations du samedi 7 octobre 2006, Le livre noir de Ceuta et Melilla veut contribuer à démontrer que, en refusant de prendre en compte des interdépendances et de respecter les valeurs qu’elle s’est elle-même donnée, l’UE applique, en matière d’asile et d’immigration, une politique mortelle pour les migrants et mortifère pour les démocraties européennes.


Documents

Le Livre noir de Ceuta et Melilla

(PDF – 1.5 Mo)