A travers l’Europe, les sans papiers luttent dans les centres de rétention à Vincennes, à Vottem en Belgique, à Kumkapi-Istanbul en Turquie, à Malte, en Grèce, en Italie...etc. Les révoltes dans les camps fermés d’Europe sont l’illustration du « ras le bol » des migrants d’être enfermés et maltraités du simple fait d’une entrée ou d’un séjour irrégulier sur le territoire. Le 22 juin 2008, le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes, en France, a pris feu alors qu’une révolte avait éclaté en son sein à la suite du décès, la veille, d’un des détenus. Le 25 janvier 2010, s’ouvrait devant la 31ème chambre du Tribunal correctionnel de Paris le procès des dix personnes mises en examen pour l’incendie du centre de rétention de Vincennes du 22 juin 2008.
Migreurop, dans le cadre de sa campagne pour un droit de regard [1
Pourquoi une observation judiciaire ? Pour la première fois l’occasion était donnée d’un débat détaillé, public et contradictoire sur les conditions qui régnaient dans ce qui était, en juin 2008, le plus grand centre de rétention de France. Des conditions dénoncées depuis longtemps par tous ceux qui connaissaient le CRA de Vincennes, et qui sont à l’origine d’un double drame. Le premier, le plus grave, c’est la mort de Salem Souli dans sa cellule. Le second drame, c’est cet enchaînement d’événements qui, sur fond d’exaspération et de révolte, et après le départ en fumée, en quelques minutes, d’un bâtiment qui n’était manifestement pas aux normes requises, a conduit onze personnes en détention pour de longs mois avant que dix d’entre elles ne soient présentées devant le tribunal, accusées d’avoir mis le feu au CRA. Mais le débat attendu n’a pas pu avoir lieu.
Avertissement : un procès à charge Le compte-rendu de l’observation judiciaire réalisée par Migreurop, présent pendant toute la durée du procès, donne l’impression d’un procès qui s’est déroulé entièrement à la charge de prévenus. De fait, à partir du quatrième jour, la défense a décidé de quitter le prétoire, estimant, après le refus de la présidente du tribunal d’accéder à ses demandes d’information complémentaire et de renvoi de l’audience, que les conditions d’un procès équitable n’étaient pas réunies. C’est donc en l’absence des prévenus, de leurs avocats et des témoins cités par la défense qu’a continué le procès. Migreurop a cependant continué son observation, dont la chronique quotidienne tout au long des huit jours d’audience reflète une implacable construction. Une construction qui, à partir de l’interprétation de bandes vidéos pour l’essentiel illisibles, de dépositions recueillies dans des conditions contestables et de témoignages provenant tous de source policière, a abouti à un réquisitoire de plomb que n’étaye aucune preuve formelle de culpabilité.
Revenons sur l’incendie... [ la suite ]
| janvier 2010 |